Viol à Nantes : « les abords de la Manufacture sont un guet-apens » [Photos]

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Le viol d’une jeune femme, près de la rue de Maryland, derrière l’ancienne Manufacture des Tabacs, le 29 mai à 1h45, n’étonne guère les riverains. Ils dénoncent un quartier laissé à l’abandon, en proie aux marginaux qui y traînent la nuit, en dépit de la présence du siège de la Police Municipale et de la Maison de la Tranquilité. Reportage.

Les riverains pointent en particulier l’allée du Bourg Fumé, qui relie la rue d’Allonville à la rue de Maryland, et, par là, au tramway ligne 1. C’est une rue tortueuse, flanquée de buissons au début, de murs et de grilles ensuite. Malgré la présence de lampadaires, elle n’est pas éclairée la nuit – il y a pourtant des lampadaires côté rue d’Allonville, mais rien dans le coude devant l’entrée de l’école. « C’est un vrai guet-apens », résume une riveraine.

L’allée du Bourg Fumé donne sur la rue de Maryland, flanquée d’un côté des bâtiments de la Manufacture – avec un petit jardin au milieu, arboré et pas éclairé – de l’autre de l’école primaire Stalingrad. Elle est encadrée de grilles, puis de murs. Au début, dans une cour, il y a un hangar qui dépend de la Ville. « On s’est déjà fait tirer sur nos fenêtres avec des billes de paintball », explique un employé. « Et on s’est fait voler des choses aussi, en plein midi. Un PC l’année dernière, un vélo électrique aussi, on était à cinq mètres, mais trop tard ».

D’un côté, une école, de l’autre une crèche. Le jour, il y a du passage, mais dès que la nuit tombe, « il n’y a personne, à part des gens très louches », confie une jeune fille qui habite le quartier. « J’évite de passer par là. Y en a, ils se planquent derrière les buissons ou la cabane, et ils attendent on ne sait quoi ».

A l’école primaire, le viol n’étonne personne. « C’est terrible », confie une employée, « mais je ne suis pas étonnée. Combien de fois ici on a vu des marginaux, des gens louches qui traînent, voire qui font leurs besoins sous le porche de l’école ». Ses collègues confirment : « quand je vais au travail, le matin tôt s’il fait encore nuit, j’ai la boule au ventre ».

Tout près, une riveraine affirme s’être fait insultée à plusieurs reprises. « Il y a des gens qui traînent. Quand je sors la nuit avec le chien, ça m’est arrivé de me faire traiter de sale pute ; j’ai du répondant, mais ce n’est pas agréable tout de même ». Une voisine abonde : « il y a des gens, ils traînent, on se demande ce qu’ils attendent. Un matin, c’étaient deux noirs, ils attendaient on ne sait quoi. Puis je les ai vus casser et voler la voiture d’une voisine. Elle a porté plainte avec le descriptif qu’on lui a donné – eh bien deux jours plus tard, j’en ai vu un qui traînait à l’auberge de jeunesse ! ».

Un riverain se confie : « je suis là depuis plus de 30 ans, je fais partie des premiers locataires de la Manufacture », juste après sa rénovation et sa transformation partielle en logements. « Depuis deux à trois ans il y a un vrai laisser-aller, des jeunes qui squattent et fument de la moquette tard le soir, ce n’est pas rassurant. Cette année, les espaces verts ne sont pas fauchés depuis trois mois, il y a des tags partout, c’est laissé à l’abandon », explique-t-il en montrant le jardin près de la rue de Maryland, avec ses herbes folles. Côté rue du Bourg Fumé, pas mieux. Des cannettes sous les buissons, des herbes folles face aux bâtiments.

Sous les buissons, des détritus divers. Au fond de la cour arborée, très sombre le soir, une porte rouge, condamnée. « Elle donne sur les locaux des A.S.V.P », confie le riverain. « Avant, ils venaient faire leur pause dans le square, sous  les arbres. Mais ils ont fermé la porte, car chez eux ils ont eu des vols ( !). A Noël 2017 encore, ils se sont fait voler de la nourriture qu’ils avaient mis de côté pour le repas de Noël, et malgré les cadenas. Donc ils ont condamné cette porte ». C’est dire…

Les nombreuses arcades de la Manufacture ne sont pas plus sécurisées : « il y a des gens qui squattent, qui dorment dessous. La nuit ça fait peur », confie une mère de famille. A quelques mètres du siège de la police municipale de Nantes pourtant. « Mais ils ne font pas de patrouilles à pied, ils ne font que passer de loin en véhicule ! », s’exclame un voisin. « Cela fait des années que je suis là, et depuis qu’ils sont installés ici, ça ne fait que se dégrader. Ils ne viennent pas ici et tout le monde se renvoie la balle – mais quand la police nationale vient ici, ils disent que ça craint ici, à cause des gens qui traînent notamment. Ils disent que c’est sensible ici ».

Reste à savoir combien d’autres jeunes filles violées faudra-t-il pour que Madame Rolland se décide à rétablir l’ordre – ou tout au moins d’éclairer l’allée du Bourg Fumé et d’y mettre des caméras de surveillance, à quelques mètres d’une décidément très mal nommée « Maison de la Tranquillité ».

Louis Moulin

Crédit photos : Breizh-info.com
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