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Les négociations sur le Brexit, le départ du Royaume-Uni de l’Union européenne, s’éternisent et progressivement quittent la Une des journaux. Pourtant, pour l’Irlande, pour la Bretagne comme pour les différentes nations continentales, les conséquences risquent d’être lourdes.
Celui qui suit quotidiennement les négociations, ou plutôt l’absence de réelles négociations, reste perplexe en lisant la presse britannique qui reflète le plus souvent l’ignorance partagée des politiciens et des journalistes. Les uns comme les autres sont incapables de faire la distinction entre le marché unique et l’union douanière et méconnaissent totalement les liens juridiques entre l’Union européenne et l’Espace économique européen ou encore l’Association européenne de libre-échange (AELE) dont font partie la Norvège, la Suisse et l’Islande.
Les politiques londoniens gèrent d’autant plus mal les négociations avec Michel Barnier, leur interlocuteur au sein de la Commission européenne depuis octobre 2016, qu’ils ne maîtrisent toujours pas la vraie nature de leurs échanges.
Les Britanniques sont entrés en lice en pensant avoir en face d’eux des confrères, capables de marchander et d’aboutir au moins mauvais accord pour les deux camps.
Grave erreur, les brexiters ont de l’autre côté de la table des fonctionnaires qui agissent dans le cadre de la réglementation européenne (plus les normes de l’Organisation mondiale du commerce, OMC) et qui ne peuvent pas en sortir. Par analogie, on ne négocie pas avec un notaire, on peut tout au plus trouver le moyen de s’accommoder avec la loi.
Prenons l’exemple de la séparation entre les comtés du nord et du sud de l’Irlande. Le 7 juin, le gouvernement britannique a fait de nouvelles propositions afin d’éviter que le Brexit ne conduise à la mise en place d’une vraie frontière interdisant le libre passage des marchandises. Dès le lendemain Michel Barnier a repoussé ces propositions car elles ne répondent pas aux exigences minimales de la Commission.
À trois semaines d’un Conseil européen qui doit se prononcer sur l’avancement des négociations, cet échec est révélateur de l’impasse dans laquelle se trouve le premier ministre Theresa May qui a déclaré refuser toute séparation entre les deux parties de l’Irlande tout comme entre l’Irlande du Nord et la Grande-Bretagne.
Or, il n’existe pas trente-six solutions pour éviter l’apparition de guérites et des gabelous entre Belfast et Dublin. Le simple fait de vouloir quitter l’Union européenne conduit mécaniquement à la transformation de la limite entre les deux Irlande en une frontière « dure » car elle acquiert le statut de frontière extérieure de l’Union européenne à l’instar de celle entre la Bulgarie et la Turquie.
Il n’existe que deux moyens pour s’en sortir. Soit on maintient Belfast dans le marché unique et on place une barrière entre l’Irlande du Nord et la Grande-Bretagne, soit on maintient le Royaume-Uni dans le marché unique.
Cruel dilemme qui divise le cabinet britannique qui n’arrive pas à trouver un consensus pour adopter une politique qui puisse éviter la catastrophe de devenir un pays tiers répondant aux seules règles de l’Organisation mondiale du commerce.
Des conséquences terrifiantes
Les entreprises britanniques commencent, très lentement, à prendre connaissance des quarante-trois notes publiées à ce jour par la Commission européenne et qui expliquent, secteur par secteur, le prix à payer pour la transformation du Royaume-Uni en pays tiers.
Pour des métiers comme l’aviation, l’automobile, l’industrie mécanique ou l’alimentation, les conséquences sont si terrifiantes que règne un véritable état de sidération parmi les entrepreneurs.
Nul n’avait, par exemple, prévenu les producteurs britanniques de pièces détachées que leurs produits allaient devoir être comptabilisés à part dans les voitures produites en Europe afin que la partie fabriquée dans l’Union soit toujours égale à au moins 55 % du véhicule selon les règles de l’OMC.
Tout semble indiquer que le gouvernement britannique va tenter jusqu’au dernier moment de proposer des solutions qui soient compatibles avec ses équilibres politiques internes tout en sachant qu’elles sont inacceptables pour Bruxelles. Au pied du mur, la crise arrivant à son paroxysme, Theresa May sera en mesure de faire un virage à 180 degrés et abandonner les positions conduisant à un Brexit dur pour finalement accepter une des propositions de la Commission, soit adhérer à l’Association européenne de libre-échange, soit signer un traité de libre-échange qui maintienne l’Irlande du Nord dans le marché unique.
Pour les défenseurs d’une vigoureuse réinformation, il est rafraîchissant de constater que les mieux informés des méandres de la négociation et qui connaissent à fond les dossiers, mieux que le gouvernement, sont les animateurs de la Leave alliance, Richard North et son fils Peter, qui prouvent à eux deux l’utilité d’une information alternative. Boudés par la grande presse (à l’exception, une fois de plus de Russia Today), ces défenseurs d’un Brexit raisonnable plaident pour une entrée du Royaume-Uni dans l’espace économique européen via l’Association européenne de libre-échange.
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