Arrestations de dix membre de l’AFO : manipulation, intox politico-médiatique ou vrai projet d’attentat ?

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Les arrestations qui ont visé des membres d’un groupuscule « d’ultradroite » le week-end dernier sont-elles destinées à faire un coup d’intox politique et médiatique ? Sont-elles le fruit d’une manipulation ? Ou bien d’un vrai projet d’attentat ? Retour sur les faits.

Le week-end dernier, dix personnes, âgées de 32 à 69 ans, sont arrêtées en Corse, en Charente-Maritime, dans la Vienne et en région parisienne. Elles sont suspectées d’appartenir à un groupuscule totalement inconnu jusqu’ici et nommé AFO (Action des Forces opérationnelles).

Immédiatement, on peut lire dans la presse des titres comme « Terrorisme : 10 hommes d’ultra-droite interpellés pour avoir planifié un attentat contre des musulmans.» repris en boucle. « Des repérages ont eu lieu. Parmi les cibles : des imams radicaux, des ex-détenus pour terrorisme, des femmes voilées choisies au hasard dans la rue ou des supermarchés halal » écrit Le Monde. Autre version différente, selon une source policière,  l’AFO envisageait non pas de frapper « les musulmans » mais des « musulmans radicalisées» – notamment des imams sulfureux.

Durant la garde à vue des individus, des informations sont diffusées au grand public, alors même que les suspects étaient encore interrogées et qu’il était impossible (il l’est toujours à cette heure) de dire ce qu’il en était d’éventuels projets d’attentats.

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Par ailleurs, le groupuscule communique rapidement en déclarant que « Tout est faux dans ces accusations portées à l’encontre de nos camarades. Notre mouvement ne prône en aucun cas les attaques ou provocations violentes, qui sont contre-productives ».

L’ AFO serait composé notamment d’anciens policiers et militaires. Ils chercheraient à se former et à former des gens autour d’eux pour se préparer si une guerre civile ou si des troubles communautaires venaient à survenir en France. D’ailleurs, de nombreux politiciens ou observateurs de la vie publique pressentent fortement ce danger. La série d’attentats islamistes qu’a connue la France et la hausse des violences sont un avertissement . Formation encadrée au tir, sports de combat, survivalisme, entraide communautaire, voici l’essentiel des actions menées entre les membres.

Les armes de catégorie C et D ne sont pas soumises à autorisation

Sur le site Internet du mouvement – qui laisse entrevoir un très fort amateurisme, au moins en matière d’Internet, – on trouve des fiches techniques et pratiques, qui évoquent le matériel à posséder en cas de crise, comment se défendre et protéger sa famille, comment se comporter face aux autorités, etc…

Première interrogation : si des terroristes prévoyaient un attentat choc, est-ce qu’ils seraient suffisamment naïfs pour avoir un site Internet et presque pignon sur rue (via les pages Facebook) ?

La presse rapporte par ailleurs qu’au cours des perquisitions, 39 armes à feu et des milliers de munitions ont été retrouvées lors de perquisitions. Pour la presse mainstream, il s’agit d’une importante saisie d’armes. Pourtant, l’avocat d’un des mis en examen explique que les armes de son client étaient ou déclarées (les armes de catégorie C et D n’exigent aucune autorisation mais une simple déclaration) ou autorisées (pour les catégories B).

On peut lire sur le site du Monde : « Des réunions se sont tenues, au cours desquelles les participants ont pu« s’attacher à définir des objectifs et des actions à mettre en œuvre pour les atteindre », a notamment indiqué le parquet de Paris dans un communiqué, mercredi soir. Des repérages ont eu lieu. (..) Les contours de ces projets étaient imprécis, mais la recherche active d’armes à feu a fait redouter un passage à l’acte à la DGSI. En témoigne l’important stock saisi lors des perquisitions : dix-sept armes de poing, vingt-deux armes d’épaule, plusieurs milliers de cartouches et des grenades à plâtre. La plupart détenues sans autorisation.»

« Des milliers de munitions » auraient été retrouvées. Chaque tireur sportif ou chasseur peut avoir chez lui 1000 munitions par arme déclarée ou autorisée. Des milliers de chasseurs et de tireurs sportifs en France possèdent donc des milliers de munitions chez eux. Restent les grenades à plâtre, en vente libre sur Internet et utilisées aussi fréquemment pour de l’Airsoft, discipline peu suspectée d’être une discipline terroriste.

Chez l’un d’entre eux « des éléments entrant dans la composition d’explosifs de type TATP.» ont été retrouvés (triperoxyde de triacétone) . Découvert à la fin du XIXe siècle en Allemagne, le peroxyde d’acétone (en anglais TATP: triacetone triperoxide) s’obtient en mélangeant, dans des proportions précises, de l’acétone, de l’eau oxygénée et un acide (sulfurique, chlorhydrique ou nitrique). Si une personne possède l’un de ces composants dans sa maison – ce qui doit être le cas de millions de français – on pourrait lui reprocher de posséder « des éléments entrant dans la composition d’explosifs de type TATP ».

Les dix mis en cause, qui niaient tout projet de quelconque passage à l’acte avant leur présentation devant le juge, sont mis en examen : 4 sont désormais en détention provisoire, 4 sous contrôle judiciaire et 2 en détention pour avoir un délai avant le débat devant le juge des libertés et de la détention.

Alors, intox politique ou médiatique, manipulation d’individus ou vrai projet d’attentat ? Pour l’heure, les deux premières pistes semblent toutes aussi plausibles que la troisième.

On se souvient de l’affaire Dermouche, en 2004 à Nantes. Classée sans suite en 2006, elle avait à l’époque déclenché pourtant  une vague d’interpellations dans les milieux de la droite nationaliste bretonne et nantaise.

Le 18 janvier 2004, un premier attentat avait détruit la voiture de fonction d’Aïssa Dermouche, directeur de l’école Audencia à Nantes et nommé préfet du Jura quatre jours plus tôt. Une deuxième charge avait explosé le 25 janvier à l’entrée d’Audencia, avant qu’une troisième, plus petite, n’explose le 29 janvier dans la boîte aux lettres du lycée nantais fréquenté par l’un des fils d’Aïssa Dermouche.

« L’instruction que j’ai menée a permis de mettre hors de cause les personnes qui pouvaient être soupçonnées », précisait deux ans plus tard, en 2006 Jacky Coulon, juge d’instruction chargé du dossier. 

En plein débat sur l’immigration en Europe, alors que la situation se tend et que les opinions se crispent, « le terrorisme d’extrême droite » constitue du pain béni pour la presse mainstream. De même, certains responsables politiques ont sauté sur l’occasion pour y aller de leur condamnation et de leur interprétation d’un dossier qu’ils ne connaissent pourtant pas. Des responsables du culte musulman ont aussi dès lundi communiqué et appelé « tous les responsables politiques à dénoncer avec la plus grande fermeté les actions violentes dirigées contre les musulmans de France».

Dans cette affaire, apparemment, le « pas d’amalgame », de rigueur dans les attentats islamistes, n’était pas de mise.

L’instruction devrait permettre, dans les semaines à venir, d’y voir un peu plus clair …

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2018, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

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