Rencontre avec Marie-Françoise Kerroc’h, consul honoraire de Hongrie pour la Bretagne [Interview]

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Marie-Françoise Rialland-Kerroc’h a officiellement été installée lundi 11 juin 2018, à Rennes, par l’ambassadeur de Hongrie en France. Elle occupe désormais la fonction de consul honoraire de Hongrie pour la Bretagne, après toute une vie professionnelle dans la coopération internationale.

hongrie

M. Karolyi ambassadeur et mf Rialland-kerroc’h nouvelle consule honoraire de Hongrie.

« Je suis ravie de pouvoir mettre mon expérience au service du développement des relations entre la Bretagne et la Hongrie. » nous confie-t-elle, dans un entretien qu’elle nous a accordé, où nous avons évoqué son parcours, la Hongrie bien entendu et le dénigrement dont ce pays fait l’objet au sein de l’oligarchie française, mais aussi les relations entre la Bretagne et la Hongrie aujourd’hui.

Breizh-info.com : Madame Kerroc’h, pourquoi ce changement de cap pour devenir consul de Hongrie en Bretagne ?

Marie-Françoise Rialland-Kerroc’h : Ayant travaillé sur les programmes de pré-adhésion des pays que l’on nommait alors les PECO, étant intervenue à Budapest dans des conférences sur les problématiques de coopération, j’étais naturellement  partante devant ce nouveau challenge qui allait me permettre de développer une collaboration avec la Hongrie.

Le poste est basé à Rennes, ville dont je suis originaire et où j’ai toujours vécu, mais la fonction s’étend à toute la Bretagne.

Breizh-info.com : En quoi consiste le rôle de consul honoraire de Hongrie ?

Marie-Françoise Rialland-Kerroc’h : Ma mission est d’initier, d’encourager, de promouvoir les initiatives et projets qui concourent à resserrer les liens entre institutions, entreprises, associations et citoyens bretons et hongrois et de faire connaitre le pays. Elle consiste également à aider les citoyens hongrois de passage, ou désireux de s’établir dans la région, dans leurs démarches, et de leur apporter assistance en cas de difficulté. Enfin il s’agit aussi de représenter la Hongrie dans les manifestations officielles.

Cette mission est  bénévole. Un consul honoraire est un consul sans aucun «  honoraire » ! Les consuls honoraires ne sont pas des diplomates de carrière mais des bénévoles qui offrent leur temps et leur énergie au service  d’une meilleure connaissance mutuelle des cultures, des civilisations, des enjeux sur la scène internationale. Ils (elles) apportent donc leurs connaissances et leur bonne volonté sans  aucune contrepartie financière et sans aucun budget.

La décision de la part de la Hongrie d’établir un poste consulaire en Bretagne montre tout l’intérêt porté à notre région et affirme une reconnaissance du potentiel breton.

Des coopérations institutionnelles et citoyennes entre la Bretagne et la Hongrie existaient déjà par le passé, mais certaines ont disparu. Le maintien de liens repose souvent sur la bonne volonté de quelques personnes et il arrive que ceux-ci disparaissent avec elles… certains perdurent heureusement comme par exemple les relations entre la commune de Thorigné-Fouillard (35) et  GyorujBarat, jumelage très actif. Quelques entreprises ont aussi des filiales en Hongrie  ou bien exportent. L’arrivée du consulat honoraire a déjà suscité des prises de contact qui devraient  se concrétiser dans les mois à venir.

La Bretagne et la Hongrie présentent beaucoup de similitudes et de part et d’autre, il existe une réelle volonté d’établir  des partenariats : dans le secteur agricole et agronomique (contacts tout récents entre l’INRA et l’Institut de recherche agro de Budapest), les  secteurs de haute technologie (la France travaille avec les hongrois sur des secteurs de pointe : recherche sur le cerveau,le super laser européen ELI installé en Hongrie…) pour lesquels les centres de recherche breton et nos nombreuses start up ont beaucoup à proposer.

Si j’en juge par l’accueil fait à l’ouverture du consulat et à la qualité des entretiens que l’ambassadeur de Hongrie a eus aussi bien au Conseil Régional, à la Ville de Rennes, à la Maison de l’Europe, et à la préfecture où plusieurs grands acteurs avaient été réunis pour un premier contact, on peut se rendre compte que  la volonté de coopérer, d’initier des projets concrets, dans un intérêt réciproque, est  bien réel. Un mois après de nouveaux dossiers sont déjà ouverts.

Breizh-info.com : Que représente la population hongroise dans l’Ouest de la France et notamment en Bretagne ? Y’a t »il un secteur associatif dynamique ?

Marie-Françoise Rialland-Kerroc’h : Il est quasiment impossible de savoir combien de hongrois sont installés dans notre région, aucun recensement n’existe puisqu’il n’y a aucune obligation légale d’enregistrement. L’Europe a créé cette souplesse : il ne reste que le bouche à oreille pour apprendre que telle école a à sa tête une directrice d’origine hongroise, qu’un écrivain hongrois s’est installé à Dinan, qu’une étudiante est restée après ses études et se consacre à la musique… L’inventaire prend corps mais la méthode est empirique et par conséquent nécessite beaucoup de temps ! Le but à terme étant une mise en synergie de tous les acteurs qui le souhaiteront.

Breizh-info.com : La Hongrie, parlons en justement. Pouvez vous nous parler un peu de ce pays ? Quels conseils donneriez vous à des Bretons qui veulent la visiter ?

Marie-Françoise Rialland-Kerroc’h : La Hongrie en quelques mots ? Un petit pays de par sa population puisque à peine 10 millions d’habitants, mais un grand pays notamment par la richesse de sa culture (musique, littérature, gastronomie) et de son patrimoine, la complexité de son histoire, sa situation économique (4 % de croissance du PIB par an).

Notre image de ce pays reste assez floue en fait, bien que le nombre de visiteurs ait été grandement multiplié ces récentes années.

Des conseils pour visiter le pays ? Bien évidemment passer quelques jours dans l’incontournable Budapest, profiter de son magnifique patrimoine et de ses thermes, mais aussi sillonner le reste du pays : les alentours du lac Balaton (les Bretons qui aiment le vélo y trouveront leur bonheur : une piste cyclable va être inaugurée entre la capitale et le lac, la plus longue d’Europe), la région de Tokaj pour sa beauté et ses vins à déguster (avec modération !), Pecs et son patrimoine…

Breizh-info.com : Il y’a une hystérie médiatique quasi anti hongroise en France, en raison notamment des positions fortes de M. Orban sur les migrants et l’identité de l’Europe. Comment expliquez-vous cette désinformation visant la Hongrie et les Hongrois ?

Marie-Françoise Rialland-Kerroc’h : Les problèmes migratoires actuels ont cristallisé les discours, les attitudes, et entraîné des stigmatisations, toujours néfastes. L’Europe a déjà traversé plusieurs crises mais celle-ci touche aux valeurs humanitaires, à la corde la plus sensible. Sur le fond, aucun peuple, aucun dirigeant ne peut rester insensible aux drames que traversent ceux que l’on nomme « les migrants » mais l’on réagit différemment selon l’histoire de son pays, sa situation démographique et économique.

En arrière-plan rampe une certaine angoisse identitaire et une crainte de perte de souveraineté. Mais nul doute que les valeurs humanistes qui ont donné naissance à l’Union demeureront, dans le respect des populations fragilisées par les guerres et les drames, et aussi du droit à la différence qui est une si grande richesse.

Breizh-info.com : Quel regard portez-vous sur le groupe de Visegrad, qui semble petit à petit devenir le fer de lance d’une autre Europe, que bon nombre de Français également appellent de leurs voeux ?

Marie-Françoise Rialland-Kerroc’h : Le groupe de Visegrad, constitué il y a 25 ans pour que l’intégration de ses membres soit une réussite, a grandement rempli son objectif. Le groupe pèse aujourd’hui un poids certain et joue son rôle dans une Europe en  réflexion et en plein débat.

Breizh-info.com : Que pensez vous du limogeage express de l’ambassadeur de France en Hongrie ?

Vous m’interrogez sur le limogeage de l’ambassadeur de France en Hongrie, mais clairement il ne me revient pas de commenter  les décisions prises par le Quai d’Orsay.

Breizh-info.com : Nous vous laissons le mot de la fin pour nos lecteurs, parmi lesquels des Hongrois…

Marie-Françoise Rialland-Kerroc’h :  Un dernier propos ? Quand un grand chantier s’ouvre devant nous – celui d’une belle coopération entre la Bretagne et la Hongrie, qui participerait  à éviter  les pièges de la mésinformation et de la désinformation – il n’y a pas de mot de la fin !

Propos recueillis par Yann Vallerie

Crédit photos: DR
[cc] Breizh-info.com, 2018, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

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