Johanna Rolland, de plus en plus Macron – compatible ? (1)

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Toujours plus grand. Voilà résumé le raisonnement des puissants qui nous gouvernent. La politique d’aménagement du territoire prend donc la forme d’une concentration toujours plus accentuée. La dernière lubie d’Emmanuel Macron : des métropoles qui avaleraient leur département. En Bretagne, Nantes métropole absorberait donc la Loire-Atlantique.

Mercredi 30 janvier 2018. Alors qu’il recevait une quarantaine de parlementaires de la commission développement durable de l’Assemblée nationale, le chef de l’État  a évoqué le projet de fusionner cinq métropoles et cinq départements en 2021, parmi lesquels Nantes métropole et la Loire-Atlantique.

Aujourd’hui le projet d’Emmanuel Macron reste flou et ne dit rien du périmètre éventuellement retenu pour cette fusion aven le département : s’agit-il de Nantes Métropole ou du pôle métropolitain Nantes – Saint-Nazaire ?

Si la métropole nantaise concentre 45 à 50% de la population du département, elle représente moins d’un dixième du territoire départemental (53 389 hectares sur 699 356). Qu’adviendrait-il alors des 90% restants ? (Presse Océan, samedi 3 mars 2018).

Jeudi 2 août 2018. Le président de la République reçoit à l’Élysée des personnalités politiques d’importance : les trois maires LR de Toulouse, Bordeaux et Nice – Jean-Luc Moudenc, Alain Juppé et Christian Estrosi -, le président sans étiquette de la métropole européenne de Lille, Damien Castelain, et le maire socialiste de Nantes, Johanna Rolland. Tous patrons de métropoles de plus de 500 000 habitants et tous Macron – compatibles…

La suprématie de la structure urbaine sur le monde rural ?

Au menu des discussions, l’avenir des grandes métropoles et le renforcement de leurs pouvoirs, au détriment des départements concernés, qui disparaîtraient. Un peu sur le modèle de Lyon, cher à Collomb, qui a absorbé une majeure partie du Rhône (Le Canard enchaîné, 8 août 2018).

On comprend l’inquiétude de Philippe Grosvalet (PS), président du conseil départemental de Loire-Atlantique. Pour lui, la fusion du département et de la métropole nantaise, « ce serait une fausse bonne idée, un très mauvais choix ». Son argument : « Les métropoles sont des collectivités d’investissement, pas de gestion. L’aide à l’enfance, aux personnes âgées : ces fonctions sont extrêmement utiles, mais elles ne sont pas stratégiques. Les métropoles doivent pouvoir se concentrer sur l’économie, l’enseignement supérieur, la recherche, l’emploi… » (Presse Océan, lundi 13 août 2018).

Johanna Rolland pourrait revendiquer le titre de « duchesse de Bretagne » – elle possède déjà le château !

Si cette réforme devenait réalité, on pourrait y voir une nouvelle consolidation de la suprématie de la structure urbaine sur le monde rural. Même si les « projets de fusion » concernaient seulement « l’aire métropolitaine », comme on l’indique dans l’entourage d’Alain Juppé, l’hégémonie de Nantes métropole s’étendrait sur toute la Bretagne. L’éléphant nantais écraserait aussi bien Rennes que Brest. Sans parler des villes moyennes (Saint-Brieuc, Lorient), des petites villes (Pontivy, Vitré, Carhaix…) et des communes rurales. Ainsi le déséquilibre existant déjà entre haute et basse Bretagne s’en trouverait renforcé. Avec pour bénéficiaire Johanna Rolland qui pourrait revendiquer le titre de « duchesse de Bretagne » – elle possède déjà le château !

D’un côté Paris et cinq grandes métropoles possédant la « dimension européenne », de l’autre des territoires à la traîne

On peut donc contester cette vision politique de l’aménagement du territoire qui repose sur la « densification », disent ses partisans mais tout autant sur l’« entassement » des populations et  des activités en quelques lieux, ainsi que le prétendront ses opposants. D’un côté Paris et cinq grandes métropoles possédant la « dimension européenne », de l’autre des territoires à la traîne. « Les grandes villes ne peuvent pas irriguer les espaces ruraux ou les villes autour d’elles. Il y a un risque de créer des métropoles séparées par de grands vides comme l’ont montré certains modèles d’aménagement du territoire autour des mégapoles, américains ou chinois. Ce n’est pas un exemple pour la France », soutient Dominique Bussereau, président du conseil départemental de Charente-Maritime et président de l’Assemblée des départements de France (Le Figaro, lundi 13 août 2018). Les premiers se trouvent prioritaires dans l’allocation des crédits, tandis que les seconds se contenteraient de ce qui reste.

On est donc très éloigné du « programme d’action stratégique » qu’avait lancé en 2004 Jean-Yves Le Drian (PS), alors président du conseil régional de Bretagne. Il s’agissait de redynamiser la région en s’appuyant sur les 21 « pays » qui quadrillent la Bretagne (4) ; pour cela on ambitionnait de relancer un modèle de développement fondé sur « l’économie de l’intelligence et de la connaissance », et non plus sur la production de masse agroalimentaire, la fabrication d’appareils de télécommunications, le tourisme, la pêche – cueillette et la toute puissance de la Marine nationale (Le Monde, jeudi 2 décembre 2004).

Priorité au gigantisme

Le rêve de Macron ?
MexicoCity, photo Nicolas Vollmer/Wikimedia (cc)

Ce projet de fusion de Nantes métropole avec la Loire-Atlantique ne peut germer que dans les cerveaux de hauts fonctionnaires parisiens possédant une vision essentiellement urbaine de l’aménagement du territoire : c’est-à-dire priorité au gigantisme. Pour autant il n’est pas certain que ce choix soit politiquement pertinent. C’est ce que révèle un sondage Ifop commandé par le groupe Union centriste du Sénat et réalisé auprès d’un échantillon représentatif de 1003 personnes. Pour plus de six personnes sur dix (62%), les pouvoirs publics doivent concentrer leur action sur la « France des campagnes ». Et 36% le placent d’ailleurs en première position des territoires à soutenir. Plus surprenant, en revanche : les banlieues. Pourtant remise dans la lumière avec l’abandon du plan Borloo, elles n’arrivent que troisièmes (40%) dans la hiérarchie des territoires qui ont le plus besoin d’attention, derrière les petites et moyennes villes de province (46%). « Il y a sûrement une sorte de saturation vis-à-vis du discours sur les banlieues, décrypte Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’Ifop. On a beaucoup investi et on a le sentiment que la situation ne s’améliore pas, alors que dans les campagnes elle se dégrade » (Le Figaro, jeudi 12 juillet 2018).

Reste le cas du « rural profond » pour qui Jérôme Fourquet, directeur du pôle opinion à l’Ifop, fait une proposition révolutionnaire. Pour ces « endroits très excentrés, loin des grands axes routiers ou des gares, le déclin continue. Ils constituent des espaces fragiles, sociologiquement et économiquement. Il faudrait que l’État adopte des mesures spécifiques pour ces territoires. La dotation globale de fonctionnement par habitant devrait être supérieure à celle des villes », affirme-t-il (Le Figaro, jeudi 1er mars 2018). On imagine mal des états-majors de Macron et de Philippe reprendre à leur compte cette idée qui va à l’encontre de leur choix en faveur des métropoles.

Ce déséquilibre apporté par le pouvoir à l’Hexagone se fait encore davantage sentir dans la partie occidentale de la presqu’île  qu’est la Bretagne – des secousses y sont à prévoir, tôt ou tard ? A coup sûr, Macron et Philippe auraient intérêt à se souvenir des Bonnets rouges. Le Drian pourrait leur donner un cours particulier sur le sujet…

Bernard Morvan

(à suivre)

Crédit photo : Jpjp12/Wikimedia (cc)
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