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Nantes, Angers, Bouchemaine et Rennes vont accueillir en novembre, dans quelques églises et à l’initiative de l’opéra de Rennes et de Nantes Angers Opéra, un oratorio d’Antonio Stradella intitulé San Giovanni Battista (1675). L’oratorio est une genre particulier, né en Italie à une époque où, l’opéra étant interdit sur les scènes théâtrales italiennes durant le carême, pour cause de distraction profane, il fut accueilli par les couvents de l’ordre de l’Oratoire de Philippe Neri, sous la réserve que les textes et les personnages en soient bibliques, c’est-à-dire instructifs. Pour le reste, l’écriture est très exactement la même.
Stradella n’a que trente-et-un ans, et seulement deux ans encore à vivre, lorsqu’il écrit son Saint Jean-Baptiste. Le thème des relations entre Salomé et le Baptiste promis à décollation est de longue date l’un des lieux communs de la peinture italienne, de Titien (1510) et Solari (1520) à Strozzi (1630) et Vaccaro (1650) en passant par Caravaggio (1610), et tant d’autres qui s’efforcèrent d’illustrer la mort du saint et les ambiguïtés des sensibilités vengeresses qui la justifient. Autour de ce topos pictural, Stradella a composé, sur un livret de l’abbé Anasaldi, une extraordinaire partition pour deux sopranos, alto, basse, chœur et orchestre à cordes, créée à Rome en l’église San Giovanni dei Fiorentini dédiée, sur la voie Giulia, aux Florentins habitant les États de la papauté, et dressée initialement, longtemps après quelques projets de Michel-Ange, sur des plans de Francesco Borromini (1660), le rival à cette époque du merveilleux Bernin.
La partition de Stradella transpose les secrets de Caravaggio dans les éclairages lumineux des scènes de genre. Tantôt le chœur burine des fonds chromatiques permettant aux solistes de laisser émerger leur peine, leur déception, leur volonté ou leur vengeance, tantôt des vocalises suppliantes se font entendre sur des orchestrations mimant le vent et la mer. Un grand air de Salomé (Sorde dive) s’épanouit aussi sur un fond d’orchestre divisé en deux parties concertantes, l’une empreinte de tendresse et l’autre de gaieté. Tous les moyens de la spatialisation des représentations sonores du sensible et de ses contrariétés sont ici mobilisés, au service de l’expression d’une émotivité baroque à nulle autre pareille. Jusqu’au délire final de Salomé, tournoyant en si bémol majeur sur une basse en folie avant de disparaître sous la repentance d’Hérode qui a autorisé la décollation du Baptiste.
Jamais un opéra baroque, en dehors sans doute du Jephté de Carissimi (1648), n’aura à ce point travaillé des moyens musicaux mis au service de l’expression de personnalités aussi diverses que l’assassin, l’amante déçue et le saint, trio infernal qui mettait en scène la difficile ou impossible assomption de quelque vérité que ce soit dans un monde baroque traversé d’incertitudes (lire Blaise Pascal). L’ouvrage, oublié dans les bibliothèques, n’en ressortit qu’en 1949 dans une version donnée à Pérouse et tenue par Maria Callas dans un rôle de Salomé dont aucun enregistrement, même pirate, n’est répertorié. La version bretonne patronnée par les opéras de Rennes et Nantes-Angers est dirigée par le remarquable contre-ténor baroque rennais Damien Guillon, placé à la tête de son ensemble Le Banquet Céleste. La résurrection de cet oratorio en terre bretonne vaut de n’être manquée sous aucun prétexte : la fatalité des destinées racontée par Stradella ressemble à s’y méprendre à celles qui engloutirent Lancelot, Guenièvre ou Pontcallec.
Dates de représentation (se dépêcher de réserver) : http://banquet-celeste.fr/programme/san-giovanni-battista/
Jean-François Gautier
Crédit photo : wikipedia (cc)
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Une réponse à “San giovanni Battista, exceptionnel oratorio de Stradella à Nantes, Rennes et Angers en Novembre”
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