Des événements récents m’ont conduit à revoir La Traversée de Paris, ce film du très maudit Autant-Lara. Mes habitudes et mon travail m’ont porté plutôt sur la rive d’en face, la France du petit nombre : celui des résistants.

Mais je ne déteste pas cette promenade nocturne dans le Paris de ma jeunesse où les flics sont encore des « zirondelles » à bicyclette, où la torpeur du couvre-feu mêle, dans un sinistre bistrot, à deux pas de la rue Poliveau (où Gabin vitupère l’impérissable Jambier), une jolie brochette de clients… où les patrouilles allemandes font sonner le pavé tandis que hurlent les loups excités par le cochon porté par ces deux héros de la majorité silencieuse : le peintre Grandgil et Martin, le taximan au chômage.

Je ne sais pas pourquoi, la promenade de notre Jupiter le long des quais, depuis le « Monde arabe », dans le jour finissant du mardi 16 octobre, m’a rappelé l’ambiance de ce film. Il serait intéressant de « faire une analyse » [Aragon disait, à son entourage, aux Lettres françaises : « On fait caca ! N’utilisez jamais ce verbe sordide ! »] Je ne vois pas bien comment la vue du contenu humain du bistrot (les « salauds de pauvres ») résonne dans ma tête et se conjugue à celle du public audiotisé devant un président crépusculaire. Si vous avez des idées, n’hésitez pas…

Dans la semaine, j’ai reçu un tas de livres parmi lesquels cette « infographie » de la Seconde Guerre mondiale dont Jean Heurtin (c’est mon ami) a rendu compte ici même, sur Breizh-info. Je dois dire que j’ai tout de suite ressenti la distance qui existe désormais entre un passé vécu (et bombardé) en France et l’Histoire racontée par des auteurs un peu trop enclins à « faire » la part belle aux gens de Londres. Réduire ces six années de mon enfance à des cartes (remarquables) et des schémas (difficiles à lire) m’a fichu le blues

Ainsi, si je prends les pages consacrées à la Résistance, on ne raconte rien, mais rien du tout, en se contentant de donner le nombre (puisé où ?) d’hommes et de femmes de l’ombre… et en effaçant le très réel rôle des maquisards combattants lors du recul des forces nazies. Que dire de l’absence, par exemple, d’une évocation des massacres de Tulle et d’Oradour au passage très ralenti, précisément par la Résistance, de la division SS « Das Reich » ? Qu’en est-il des maquis bretons (qui libérèrent la Bretagne), du Limousin de Guingouin, des maquis du Languedoc… ? Quel sort attend les républicains espagnols qui furent envoyés « reconquérir » leur patrie – non sans, de la part des Alliés, avoir prévenu Franco de leur visite dans ce piège sans issue du Val d’Aran. La Seconde Guerre mondiale, c’est aussi « ça » ! Passons… la nostalgie, qui « n’est plus ce qu’elle était », attendra.

Il n’y a pas eu que de la déception en cette semaine morose. Imaginez mon frétillement en découvrant un Pavageau, sellier à Saint-Fulgent, chef tambour dans l’armée du Centre lorsque, le 19 mars 1793, les insurgés de Sapinaud la Verrie et de Royrand Bras-Coupé fichèrent une râclée aux troupes de ce pauvre Marcé au pont de Gravereau (et pas au pont Charrault). Pavageau ? Serait-ce un « ancêtre » du démissionnaire que, le matin encore de ce fichu mardi, j’entendais brailler à France Inter ? Si vous savez quelque chose…

MORASSE

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