Les 29 et 30 octobre derniers, une partie de la  bibliothèque de François Mitterrand, ancien président de la République (1981 – 1995), a été vendue aux enchères à Paris par la maison Piasa. Cet ensemble appartenait à son fils cadet Gilbert. Il s’agissait d’environ un millier d’ouvrages de littérature du XXe siècle, et de quelques manuscrits et autographes, tous en édition originale et reliés pour certains par sa femme Danielle Mitterrand ou par les meilleurs artisans français. Chaque volume était orné d’une petite vignette autocollante où il notait minutieusement toutes les références (éditeur, prix, provenance, etc.) et parfois même de son ex-libris, figurant un chêne et un olivier.

Le fil de l’épée, dédicacé par de Gaulle à Pétain…

Une partie, près de 900 volumes (dont Le fil de l’épée, dédicacé par de Gaulle à Pétain – par quelle ironie de l’Histoire le possédait-il ? -), avait rejoint de son vivant la médiathèque de  Nevers. Une autre avait été déposée à la Bibliothèque nationale.

100% des lots furent adjugés pour un montant d’un million cinq cent mille euros, triplant l’estimation initiale. Les enchérisseurs se sont disputés pour acquérir les titres les plus emblématiques.

On savait Mitterrand ami de la littérature et des écrivains, grand lecteur de Pascal ou de Chateaubriand, et plus près de nous, de Gide ou de Mauriac. Certains glosaient sur son goût pour les écrivains de droite – Barrès, Chardonne, Drieu La Rochelle – sa complicité avec Sagan ou Duras, mais on connaissait peu le bibliophile, collectionneur insatiable  d’éditions rares et chères, une passion constante et coûteuse depuis sa jeunesse étudiante jusqu’à sa mort. Si la lecture est un vice impuni, la bibliophilie en est  un autre  qui suppose des  moyens conséquents. En ce domaine comme dans d’autres les rapports de François Mitterrand avec l’argent auront été mystérieux.

Un intérêt certain pour les écrivains de droite, d’extrême droite ou de plus loin encore…

La lecture du catalogue donne la confirmation de l’intérêt du socialiste (?) Mitterrand pour les écrivains et essayistes de droite, d’extrême droite ou de plus loin encore. Leur liste est longue et ô combien révélatrice.  Citons : Abellio, Anouilh, Bardèche, Barrès (15 titres ), Benoist-Méchin, Blondin, Brasillach, Chardonne (29 titres),  Alphonse de Châteaubriant, Déon (10 titres), Drieu La Rochelle, Dutourd, Cocteau, Genet, Giono, Philippe Henriot, Isorni, Jouhandeau, Jünger, Matzneff, Mishima, Montherlant, Morand, Nimier, Pauwels, Péguy, Pétain, Roger Peyrefitte, Rebatet, Jules Romains (40 titres), Tournier…

Bien sûr, il y avait plusieurs autres auteurs comme Aragon, Camus,  Gide, Mauriac, Duras…, Giscard d’Estaing ou Gorbatchev, mais aussi des envois de nombreux écrivains quelque peu courtisans.

Record de la vente : Comme le temps passe, de Robert Brasillach : 31 200 euros (frais compris)

Un exemplaire exceptionnel et dédicacé de Comme le temps passe, de Robert Brasillach, le poète et écrivain fusillé à la Libération, atteignit le  prix stratosphérique de  24 000 euros (plus 30 % de frais), le record de la vente, alors qu’il  était estimé entre 5 et 8000 euros.

Chardonne, le romancier préféré de François Mitterrand qui n’avait pas caché ses sentiments pour « l’Europe nouvelle » durant l’Occupation vit certains de ses titres monter jusqu’à 7000 euros. Une édition originale  des Décombres, le pamphlet antisémite et fuligineux de Lucien Rebatet, confié à Alix, le meilleur relieur parisien,  atteignit 5500 euros, comme La colline inspirée de Maurice Barrès.

Les écrivains de gauche ne s’en sont pas si mal tirés aussi : L’Amant de la Chine du nord avec un envoi de Marguerite Duras à « François » s’est envolé à  18 000 euros, Les Justes de Camus à 16 000, et même plusieurs  lettres quasi amoureuses  signées de Jean Daniel, le patron du Nouvel Observateur, ont atteint 5000 euros.

Beaucoup d’ouvrages avaient été reliés par Danièle Mitterrand. Quand on connait les idées très gauchistes de l’épouse du Président, qu’il  lui ait demandé d’exercer son talent sur des ouvrages de Jacques Chardonne, d’Alphonse de Châteaubriant ou sur le Journal 1939-1945 de Drieu La Rochelle ne manque pas de sel.

Anne Pingeot, la mère de Mazarine, et Jean-Christophe Mitterrand possèdent encore une autre partie de la bibliothèque du Président. Il s’y trouverait les romans et pamphlets de Louis Ferdinand  Céline. Voilà une future vente qui serait très attendue par les amateurs…

François Cravic

Crédit photos :DR
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