Amoureux de la France et défenseur de ses racines chrétiennes, Philippe de Villiers a consacré sa vie à promouvoir ses idées en s’investissant successivement dans trois domaines différents : le spectacle, la politique et, dernièrement, l’écriture de romans historiques. Sa dernière œuvre est ainsi consacrée à Clovis, premier roi chrétien du royaume de France. Il en profite pour nous éclairer sur l’époque actuelle.

La plus grande réussite de Philippe de Villiers reste la création en Vendée, en 1978, du fascinant spectacle nocturne La Cinéscénie, exaltant l’esprit de résistance des vendéens lors de la guerre de Vendée. Il y ajoute en 1989 le Puy du Fou, devenu sans doute aujourd’hui le meilleur parc d’attractions à thème historique au monde. Dans la plupart des attractions, les héros auxquels s’identifie le public défendent leur village, leur royaume ou leur religion face à des ennemis venus de l’extérieur (romains, vikings, anglais, révolutionnaires…).

Mais sur le plan politique, il ne parvient pas à porter au pouvoir les idées de la droite conservatrice. Il commence par démissionner de la sous-préfecture à la suite de l’élection de François Mitterrand (1981), puis il exerce la fonction de secrétaire d’État à la Culture de 1986 à 1987, dans le gouvernement Chirac. Il est ensuite député et président du conseil général de la Vendée. Fondateur et président du Mouvement pour la France (MPF), parti politique souverainiste souffrant de la concurrence du Front National, il échoue aux élections présidentielles de 1995 (4,74 %) et de 2007 (2,23 %).  Il connaît son heure de gloire lors des élections européennes de 1999, la liste souverainiste De Villiers-Pasqua obtenant 13,06 des voix et devançant même la liste du RPR menée par le futur président Sarkozy.

Récemment, souhaitant « troquer les électeurs contre des lecteurs », il a entamé une carrière de romancier, qui lui permet avec réussite de promouvoir les personnages historiques qu’il affectionne. A côté d’ouvrages davantage politisés (Les turqueries du Grand Mamamouchi en 2005, Les Mosquées de Roissy en 2006, Une France qui gagne en 2007, Le moment est venu de dire ce que j’ai vu en 2015, Les cloches sonneront-elles encore demain ? en 2016, Philippe de Villiers a ainsi publié des romans historiques : Le roman de Charette (2012), Le roman de Saint Louis (2013) et Le Roman de Jeanne d’Arc (2014).

Avec son nouveau roman historique, il conte la vie de Clovis comme si celui-ci s’exprimait à la première personne. Son style épique, voire lyrique, lui permet de présenter avec passion la naissance de la France en insistant sur sa vocation chrétienne.

Le contexte est fidèlement reproduit, notamment la description du peuple des Francs. On découvre ainsi, à la fin du Vème siècle, l’importance de la religion nordique chez les peuples germaniques et le développement du christianisme chez ceux déjà romanisés.

« Je laisserai aux Bretons leur indépendance et leurs chefs nationaux, à condition qu’ils s’en tiennent à leurs titres de comte et non de rex »

Bien sûr, on revit la naissance de Clovis (vers 466), le début de son règne dans le nord de la Gaule à la suite de la mort de son père Childéric Ier, roi des Francs saliens (vers 481), ses efforts pour agrandir le territoire de son royaume vers le sud, l’épisode du vase de Soissons, la conquête de Nantes en 490. Philippe de Villiers explique selon lui pourquoi Clovis n’envahit pas la Bretagne : « Je laisserai aux Bretons leur indépendance et leurs chefs nationaux, à condition qu’ils s’en tiennent à leurs titres de comte et non de rex » (p. 141-142). Puis il met l’accent sur les discussions de Clovis avec l’évêque de Reims (futur saint Remi) qui recherche la protection d’une autorité forte, son mariage avec la chrétienne Clotilde, fille du roi des Burgondes, qui tente de le convertir… Ainsi, en 496, à la bataille de Tolbiac, alors qu’il est encerclé, Clovis demande l’aide du dieu chrétien et obtient la victoire. Il demande alors le baptême… A la fin de son ouvrage, Philippe de Villiers explique pourquoi il considère que le baptême de Clovis n’a pas eu lieu en 496 à Tolbiac, environ vingt ans après la chute de l’Empire romain (476), mais le 25 décembre 508 à Tours, sur le tombeau de Saint Martin. C’est pour lui le signe que Clovis n’implore par un dieu guerrier mais un dieu d’amour.

Certes, comme tout romancier, Philippe de Villiers invente des dialogues qui pour la plupart n’ont jamais eu lieu. Il prête également à Clovis une pensée empathique, par exemple lorsqu’il accorde la liberté aux Alamans vaincus. Il imagine sa colère lorsque meurt, sitôt baptisé, le premier enfant que lui donne Clotilde. Pour Philippe de Villiers, Clovis ne s’adresse pas au Christ, mais au « Dieu de Clotilde », montrant ainsi l’importance de celle-ci dans la christianisation de la France. Mais la démarche du romancier, toujours vraisemblable, s’avère indispensable afin de combler les silences de l’Histoire.

Un éclairage sur l’époque actuelle

Dans son dernier roman historique, Philippe de Villiers apporte également un éclairage sur l’époque actuelle.

Il dénonce les causes du déclin de la civilisation européenne en dévoilant les similitudes avec la chute de l’Empire romain, qui a précédé l’arrivée au pouvoir de Clovis. Il explique que les Romains en pleine décadence, ne pensant plus qu’au bonheur matériel, ont abandonné leur frontière et fait entrer les barbares dans leurs terres sans se rendre compte qu’ils abandonnaient aussi leur identité. Dans ce roman, Rémi s’exprime  ainsi : « je crois, à l’expérience, que toutes les sociétés obéissent à la même loi. Quand elles ont cessé de vivre de leur raison d’être… elles se démolissent de leurs propres mains. Le signe avant-coureur, c’est quand elles s’excusent d’avoir existé, d’avoir été brillantes et convoitées. La haine de soi… L’effondrement des naissances, l’infanticide, l’avortement, jusqu’au refus de la vie… le délitement des mœurs : les hommes se déhanchent mieux que les femmes et parfois, à ce qu’on me dit, se couvrent en public la tête de voiles et de rubans de filles… La noblesse sénatoriale n’affiche plus d’autre souci que d’accroître son luxe… On ne vit que des souvenirs des fêtes passées et de l’espoir des fêtes prochaines…» (p. 114-115).

Philippe de Villiers suggère des remèdes en montrant comment une civilisation peut éviter la disparition. En effet, à la fin du IVème siècle, le risque d’une barbarisation de la romanité était très élevé. C’est alors qu’un miracle est survenu : un homme a compris la grandeur de la romanité et la beauté du christianisme et, ainsi, a perpétré la civilisation. Clovis, le  » continuateur de Rome », a ainsi pu unifier la presque totalité de la Gaule, à l’exclusion de la Bretagne, dans le cadre d’une monarchie chrétienne. Car pour Philippe de Villiers, la civilisation européenne ne peut subsister que si elle reste chrétienne. C’est pourquoi, il affirme que notre choix, aujourd’hui, « c’est Clovis ou le Coran ».

Kristol Séhec

Philippe de Villiers, Le mystère Clovis, 432 pages, 22 euros. Éditions Albin Michel.

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