Déjà sur le pont pour préparer les prochaines élections municipales (mars 2020), Gilles Pennelle, le patron du RN-FN en Ille-et-Vilaine, annonce la couleur : « Nous serons présents à Rennes, à Saint-Malo, à Fougères, à Vitré, à Redon et aussi dans de nombreuses petites communes où les maires sont découragés et abandonnés par le pouvoir politique. » (Ouest-France, Ille-et-Vilaine, lundi 22 octobre 2018).

Monter une liste à Rennes (61 candidats), à Saint-Malo (43 candidats) ou à Fougères (33 candidats) relève du possible ; ce fut le cas en mars 2014. En revanche, même en raclant les fonds de tiroir, trouver 33 volontaires à Vitré et 29 à Redon s’appelle mission impossible. C’est le problème que connaît tout parti pauvre en cadres et en militants. Car un adhérent ne fait pas un militant. Et la poignée d’adhérents qui pourrait exister à Vitré ou à Redon serait bien incapable de trouver les renforts nécessaires – en frappant à la porte de sympathisants – pour monter une liste.

Difficile de convaincre les maires de petites communes

Quant à songer à une présence « dans de nombreuses petites communes où les maires sont découragés et abandonnés par le pouvoir politique », c’est méconnaître la mentalité des élus. Si un maire sortant peut se révéler sympathisant et contester la politique de l’équipe Macron – Philippe, il ne se mouillera pas pour autant avec le RN-FN. D’une part parce que son conseil municipal ne le suivra pas, d’autre part parce qu’il ne veut pas se mettre à dos Jean-Luc Chenut (PS). Président du conseil départemental d’Ille-et-Vilaine, l’homme distribue les subventions aux communes. Il serait donc imprudent de se fâcher avec celui qui fait figure de grand manitou pour les municipalités. Un maire sortant ne prendra donc aucun risque. Il se contentera de quelques bonnes paroles : « Je suis avec vous, mais vous comprenez, j’attends la subvention du Département pour la nouvelle salle des fêtes… ».

Un adhérent n’est pas forcément un militant

Gilles Pennelle croit à une autre possibilité : « Nos amis doivent donc se lancer pour défendre le pouvoir communal et l’identité de nos communes ». Là encore, ça ne sera pas facile : un militant peut « se lancer », mais pas un adhérent qui ne songe qu’à dissimuler son appartenance au RN-FN, parti qui continue d’être marqué au fer rouge, car incarnant le « Mal ».

Bien entendu, ces observations ne présenteraient aucune valeur si, à des élections récentes, le vote FN était apparu majoritaire dans certaines communes d’Ille-et-Vilaine. Mais la Bretagne  n’est pas la Provence. Ainsi au second tour de la récente élection présidentielle (7 mai 2017), Marine Le Pen n’a dépassé la barre des 40% que dans 36 communes sur les 340 que compte le département et la barre des 45 % dans seulement 13 communes. Caractéristique de toutes ces communes : rural profond et faible population. Le meilleur score fut réalisé à Saint-Séglin (49,64% et 139 voix), suivi par Monthault (49,60% et 62 voix) et Chelun (48,73% et 77 voix). Notons qu’à Trévérien, la commune de François Pinault, Marine Le Pen avait dû se contenter d’un modeste 29,28% (130 voix). Reste à savoir si le RN-FN compte être présent à Saint-Seglin, à Monthault et à Chelun, localités qui pourraient entrer dans la catégorie des « petites communes découragées et abandonnées par le pouvoir politique », comme l’indique Gilles Pennelle.

Ce dernier a d’autres idées dans sa besace : « Nous allons tendre la main à des élus locaux qui appartiennent à des familles politiques proches de nous, et qui, compte tenu de la recomposition actuelle, veulent faire un bout de chemin avec nous ». À qui songe-t-il ? Peut-être à Debout la France, le parti de Nicolas Dupont Aignan. Mais celui-ci compte encore moins d’élus, de cadres et de militants que le RN-FN en Bretagne. SI DLF occupe le créneau droite radicale et souverainiste (petite bourgeoisie « patriote »), pour autant ses électeurs n’ont guère de points communs avec ceux du RN-FN (classes populaires), que ce soit sur le plan sociologique, social et politique. Difficile d’envisager le mariage de la carpe et du lapin. Dans ces conditions, on voit mal la « grande surprise des municipales », annoncée par Gilles Pennelle, survenir sur ce terrain.

À Fougères, le savoir-faire et le métier de Pennelle avaient payé

Qu’importe, le patron du RN-FN aura beaucoup de pain sur la planche avec Rennes, Saint-Malo et Fougères, trois villes où le FN était présent en 2014. Au premier tour de ces élections municipales, à Fougères, la liste « Rassemblement Bleu marine pour Fougères » conduite par Gilles Pennelle avait obtenu 1428 voix (16,94%). Qualifiée pour le second tour, elle y récoltait 1418 voix (16,53%), ce qui lui donnait deux élus (Gilles Pennelle et Virginie d’Orsanne). Le savoir-faire et le métier de Pennelle avaient payé. À Rennes, la liste « Rennes Bleu marine » (Gérard de Mellon) doit se contenter d’un seul tour de piste avec 4949 voix (8,37%). Même sort pour la liste « Saint-Malo Bleu marine » (Jean-Louis Robin) qui concourait dans la cité corsaire (2032 voix, 9,46%).

Au premier tour de l’élection présidentielle (23 avril 2017), Marine Le Pen enregistrait 1646 voix (15,22%) à Fougères, 3681 voix (12,81%) à Saint-Malo et 6121 voix (6,70%) à Rennes. Évidemment quand Gilles Pennelle affirme : « Nous sommes, depuis de nombreuses années, dans une forte dynamique de progression dans des territoires qui n’étaient pas, au départ, très favorables au Rassemblement national et nous allons donc continuer cette progression » (Ouest-France, Ille-et-Vilaine, lundi 22 octobre 2018), il ne doit pas songer à la capitale de la Bretagne, métropole où les « nouvelles classes moyennes urbaines » et la classe dominante sont surreprésentées,ce qui en fait la chasse gardée de la gauche libérale (Nathalie Appéré) et des marcheurs (Carole Gandon).

Bernard Morvan

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2018, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine