Les gens de l’UDB font des journalistes formidables. Effectivement, on ne peut pas dire que leur façon de présenter les choses corresponde à trois impératifs professionnels : précis, exact, complet. Un exemple récent est donné par un écho de quatorze lignes servant de compte rendu aux « évènements » d’Allaire (près de Redon).

Dans cette commune, le Département du Morbihan a l’intention d’installer une vingtaine de mineurs étrangers « non accompagnés » dans l’ancienne gendarmerie. Samedi 13 octobre, en après-midi, le RN-FN organise une manif pour protester contre ce projet de François Goulard (ex-LR, président du conseil départemental du Morbihan).

Mais les immigrationnistes se mobilisent également… Jean Boidron, militant UDB de Redon, relate la « bataille » d’Allaire de cette manière : « d’un point de vue très partisan, on est dans le devoir de constater que le peuple d’ici a gagné une bataille de plus : faire la nique aux fachos organisés et bassement financés ». Car, selon lui, il y avait « 300 manifestants d’un bord [les « pro »] et une petite centaine de l’autre [les « anti] qui « ont été séparés par un dispositif de gendarmerie impressionnant » (Le Peuple breton, novembre 2018).

Outre le fait que Jean Boidron oublie ce qu’il entend par « bassement financés » – en politique y aurait-il des partis « glorieusement financés » et les autres ? Dans le premier cas on pourrait trouver « Le Peuple breton » financé « avec le soutien du Parlement européen » -, sa relation des faits ne brille pas par la qualité. Mais, grâce à la presse locale, on y voit plus clair. Les gendarmes ont « compté au total 160 manifestants du côté du Rassemblement national contre 150 du côté des organisations de défense des droits de l’homme ». « « 85 gendarmes étaient mobilisés » pour séparer les « belligérants » ; il n’y eut donc ni affrontement physique, ni blessés, ni interpellations (Les Infos du Pays de Redon, 17 octobre 2018).

Pourquoi pas un référendum ?

Puisque Jean Boidron est un vaillant démocrate – dans l’UDB, on trouve l’adjectif démocratique -, on s’étonne de ne pas le voir organiser un référendum à l’intention des habitants de la commune : « Êtes-vous pour ou contre l’installation des migrants ? ». Le maire Jean-François Mary n’y verrait que des avantages.

Jean Boidron est également un vaillant militant breton – dans UDB, on trouve l’adjectif bretonne. A coup sûr, il va s’empresser d’organiser des cours de breton et de gallo à l’intention des « migrants ». Les médias applaudiraient cette mesure favorisant l’« intégration » des étrangers ; on aurait droit à de beaux reportages. Après une pareille réussite, on pourrait voir le « peuple d’ici » (sic) réclamer d’autres migrants ! Dans une très intéressante enquête consacrée à l’enseignement du breton, Le Peuple breton (novembre 2018) compte 18 337 élèves bilingues (Diwan, enseignement public, en seignement catholique) dans les cinq départements. Si Jean Boidron fait bien son boulot, on pourrait en compter vingt de plus !

L’arrivée de ces étrangers à Allaire ne correspond pas au sentiment populaire

Il n’est pas nécessaire d’être un grand politologue pour comprendre que l’arrivée de ces étrangers à Allaire ne correspond pas au sentiment populaire. C’est une commune bretonne qui ne ressemble ni à Marseille ni à la Seine-Saint-Denis. Cette installation aura-t-elle des conséquences à l’échelon local sur le résultat des élections européennes de mai 2019 ? A celles de 2014, à Allaire, la liste du FN était arrivée en tête avec 234 voix (20,63%), devant celle de la droite UMP (231 voix, 20,37%), suivie par celle du PS (163 voix, 14,37%). Quant à l’UDB (Christian Guyonvarc’h), elle prenait place au milieu du peloton (16 voix, 1,41%). Le « peuple d’ici » ne s’était guère montré réceptif aus thèses des amis de Jean Boidron ! Le sera-t-il d’avantage en 2019 ?

Bernard Morvan

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