La perspective d’un Brexit sans accord inquiète les économistes mais aussi de façon plus terre à terre, les populations notamment en Irlande du Nord, et les autorités. Ainsi, Ppès d’un millier d’officiers de police du Royaume-Uni auraient commencé à s’entraîner en vue de débarquer en Irlande du Nord en cas d’incidents si rétablissement d’une frontière en dur. Ce serait des policiers anglais et écossais qui interviendraient donc sur l’île et qui ont débuté une formation spécialisée, puisque le matériel employé en Irlande du Nord pour rétablir l’ordre n’est pas totalement le même que dans le Royaume-Uni.

C’est le journal The Guardian qui évoque les faits.

Un Brexit sans accord avec l’Union européenne pourrait en effet engendre un regain des tensions en Irlande et particulièrement en Irlande du nord, puisque le rétablissement d’une frontière en dure provoquerait nécessairement son lot de tensions et d’inquiétudes. A quelques mois de la reprise de la traditionnelle saison des marches (orangistes et républicaines), cela inquiète particulièrement tout comme au niveau économique : ainsi cet agriculteur de déclarer sur Euronews : 55 % de nos agneaux sont envoyés dans le sud. 35% de notre lait est aussi acheminé vers le sud pour y être transformé….avec le Brexit tout cela serait complètement détruit. Notre business et l’avenir de nos familles pourraient aussi être ruinés ».

Le Premier ministre irlandais, Leo Varadkar, a déclaré que l’Irlande se préparait « autant à l’idée d’un accord qu’à celle d’un non accord » ajoutant que lui et la chancelière allemande, Angela Merkel, avaient convenu que l’offre proposée par l’Union Européenne au Royaume-Uni ne pouvait être modifiée.

Pour rappel, l’accord de Brexit négocié par Theresa May avec l’Union européenne, initialement prévu en décembre mais reporté par crainte d’échec, sera présenté aux députés britanniques mi-janvier. Point principal de désaccord avec les députés anglais, le backstop, qui consiste à créer un « territoire douanier unique », englobant l’UE et le Royaume-Uni, au sein duquel il n’y aurait aucun quota ni droits de douane pour les biens industriels et agricoles. L’Irlande du Nord obtiendrait donc un statut spécial : elle restera alignée sur un nombre limité de règles du marché unique « essentielles pour éviter une frontière dure » en Irlande.

Une solution rejetée par le DUP (le parti unioniste Nord Irlandais, qui permet à Thérésa May de se maintenir au pouvoir au Royaume-Uni) et une partie des conservateurs. Les premiers ne veulent en effet aucun statut spécial pour l’Irlande du Nord, craignant que cela ouvre la porte à terme d’une réunification irlandaise, les seconds ont peur de rester trop raccroché à l’Union Européenne.

A l’inverse, un Brexit sans accord signifierait le rétablissement d’une frontière en dur entre les deux parties de l’Irlande, et forcément, des conséquences économiques, culturelles et sociales importantes, et cela alors que les choses vont à l’apaisement depuis les accords du Vendredi Saint.

Rappelons que le conflit nord-irlandais – dont l’héritage, les traces et les cicatrices se trouvent encore dans les familles et sur les murs des villes et des campagnes – s’est traduit par plus de 3500 morts et des dizaines de milliers de blessés. Les prochaines semaines et les prochains mois seront donc décisives, alors que de nombreux britanniques se ruent sur les passeports irlandais actuellement.

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