Dans les questions posées au moteur de recherche Google, les sous-entendus antisémites sont nettement inférieurs à la moyenne britannique en Écosse et nettement supérieurs au Pays de Galles.

C’est ce qui ressort d’une étude effectuée pour deux associations britanniques de lutte contre l’antisémitisme, par un grand spécialiste du Big Data, Seth Stephens-Davidowitz (1).

Déjà signalée par Breizh-info l’an dernier, la méthode de celui-ci est relativement simple. Elle repose sur le constat que les gens sont « remarquablement honnêtes » quand ils cherchent des informations en ligne. « Leurs recherches et leurs requêtes Google révèlent des intérêts, des préjugés et des haines qu’ils cachent peut-être à leurs amis, à leur famille, à leurs voisins, aux sondages, voire à eux-mêmes. » À la question : « détestez-vous les juifs ? », la plupart des Britanniques répondent « non ». Ce qui n’empêche pas certains d’entre eux de rechercher sur Google « Jews are evil » (les juifs sont mauvais).

En moyenne, 170.000 recherches à tonalité antisémites sont effectuées chaque année au Royaume-Uni. Faire le tri entre ce qui est ou non antisémite est évidemment difficile. Seth Stephens-Davidowitz considère ainsi que les recherches comportant le mot « Jew » (juif) sont en général antisémites alors que celles comportant l’adjectif « Jewish » (juif) ne le sont généralement pas.

Entre violence extrême et simples blagues

Inversement, il ratisse peut-être un peu large en rangeant sous la bannière de l’antisémisme les recherches portant sur des thèmes historiques, politiques ou sociologiques comme le sionisme, l’Holocauste ou la famille Rothschild. Il constate d’ailleurs que les recherches classées par lui comme antisémites sont plus nombreuses quand la presse s’intéresse à Israël, y compris sous un angle positif ; elles ont ainsi augmenté de 30 % dans les jours suivant la victoire d’Israël au Concours Eurovision de la chanson 2018. Reste que ces 170.000 recherches annuelles ne sont pas négligeables, d’autant que 10 % d’entre elles environ ont une tonalité violente. L’alcool pourrait y être pour quelque chose car elles sont à leur maximum entre 2 et 3 heures du matin – heure à laquelle culminent aussi les recherches à vocation suicidaire.

La violence est heureusement très minoritaire. En fait « parmi les recherches antisémites sur Google au Royaume-Uni, les plus fréquentes concernent les blagues sur les juifs ». Et, pour relativiser encore, les juifs ne sont que la quatrième cible de blagues la plus fréquente. Les Britanniques cherchent davantage de blagues sur les gros, les noirs et les homosexuels. En cinquième et sixième positions viennent les blondes et, on se demande pourquoi, les Mexicains.

Des différences d’origine historique ?

La méthode de Seth Stephens-Davidowitz a quand même ses limites. En particulier, elle n’apprend rien de la sociologie des auteurs de recherches antisémites. Les musulmans y sont-ils proportionnellement plus ou moins nombreux que dans la population générale ? Les chiffres de Google ne permettent pas de le dire. Et elle laisse inexpliqué ce contraste entre nations celtiques : la fréquence des recherches antisémites est inférieure de 6,7 % à la moyenne en Écosse et supérieure de 7,2 % au Pays de Galles. « Il est difficile de dire pourquoi la proportion est plus élevée au pays de Galles » estime un responsable des commanditaires du sondage. « Cela pourrait être parce que les communautés juives y sont plus petites, de sorte qu’il y a peut-être plus d’ignorance – le racisme repose en grande partie sur l’ignorance. »

Cette hypothèse est cependant fragile puisque, en proportion de la population, les juifs ne sont pas tellement plus nombreux en Écosse (5.900 pour 5,3 millions d’habitants au recensement de 2011) qu’au Pays de Galles (2.100 pour 3,1 millions). D’autre part, des communautés encore moins nombreuses localement (à commencer par les Français) ne suscitent pas les mêmes interrogations.

Peut-être faudrait-il chercher plutôt du côté de l’histoire locale. Comme le note Nathan Abrams, professeur à l’université de Bangor, si les juifs gallois contemporains habitent principalement Cardiff et Swansea, leurs ancêtres ont été nombreux autrefois dans les vallées minières et le long de la côte septentrionale, à Bangor, Colwyn Bay, Llandudno, Rhyl et Wrexham. Il semble que les relations n’aient pas toujours été harmonieuses ; un mini-progrom, heureusement sans pertes humaines, a même eu lieu à Tredegar en 1911. Rien de tel en Écosse, où l’antisémitisme semble être un phénomène récent.

E.F.

(1) Auteur de Tout le monde ment (et vous aussi), Paris, 2018, Alisio.

Crédit photo : la synagogue de Garnethill à Glasgow, photo Euan Nelson, [cc] BY-SA 2.0, geograph.org
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