Les cancers liés à l’obésité augmentent le plus rapidement chez les millennials selon une récente étude menée aux États-Unis. Un avertissement qui concerne également l’Europe.

L’obésité, un facteur de risque

À l’image de l’augmentation des taux d’obésité qui dure depuis des décennies aux États-Unis, les cancers que l’on croit être causés au moins en partie par un excès de poids sont également à la hausse chez les personnes de moins de 50 ans, selon une nouvelle étude publiée le 3 février.

Parmi les 12 cancers liés à l’obésité, les taux de six d’entre eux ont connu une hausse constante à travers les générations successives de jeunes adultes. Mais les augmentations les plus fortes ont été observées dans les groupes d’âge les plus jeunes, à savoir chez ceux que l’on nomme de manière générique les « millennials », la génération Y née entre le début des années 1980 et la fin des années 1990.

Compte tenu de ces observations, l’étude en question pourrait servir d’avertissement : si l’épidémie d’obésité se poursuit, il y aura une explosion de ces cancers liés au surpoids dans les années à venir. C’est ce qu’a notamment déclaré le Dr Ahmedin Jemal, membre de l’American Cancer Society, auteur principal de cette étude.

Les deux tiers de la population américaine

Ainsi, cette découverte devrait conduire à une véritable prise de conscience quant au fardeau que vont représenter ces cancers liés à l’obésité dans un futur proche. Pour parvenir à ces conclusions, les chercheurs ont analysé les informations d’une base de données centrale des registres du cancer des États, en se concentrant sur les nouveaux diagnostics de 30 types de cancer, dont 12 sont associés au surpoids, de 1995 à 2014. Ils disposaient de données complètes provenant de 25 États qui représentent approximativement les deux tiers de la population des États-Unis.

Au cours de cette période de 20 ans, il y a eu environ 14,7 millions de nouveaux cas sur les 30 cancers. Pour au moins huit cancers, y compris les cancers liés au tabagisme et les cancers associés au VIH, les taux d’incidence ont diminué. Mais pour six des 12 cancers liés à l’obésité – cancer colorectal, corps de l’utérus, vésicule biliaire, rein, pancréas et myélome multiple – l’incidence a augmenté régulièrement au fil des ans, avec des augmentations plus importantes chez les jeunes adultes.

Les millennials en première ligne

L’augmentation annuelle des nouveaux cas de cancer du rein, par exemple, était de 6,23 % chez les 25-29 ans, mais d’environ 3 % chez les 45-49 ans. De même, l’incidence du cancer du pancréas a augmenté de 4,3 % chaque année chez les 25 à 29 ans, mais de moins de 1 % par année chez les 45 à 49 ans.

Dans l’ensemble, les taux de cancers colorectaux, du corps de l’utérus, pancréatiques et de la vésicule biliaire chez les jeunes adultes nés vers 1985 étaient environ deux fois supérieurs aux taux observés chez les personnes du même âge nées dans les années 1950, selon les chercheurs. De plus, l’augmentation du nombre de cancers du rein a été particulièrement frappante chez les millennials puisque ils étaient presque cinq fois plus susceptibles que les baby-boomers de développer la maladie.

Par contre, en ce qui concerne les 18 autres cancers non liés à l’obésité, les taux se sont stabilisés (à l’exception de deux cancers) ou ont diminué dans les jeunes générations.

Obésité : quelles mesures ?

La question du cancer et du surpoids « est un sujet très important parce que nous traversons une crise d’obésité depuis plusieurs décennies », a déclaré John Jakicic, professeur et directeur du Healthy Lifestyle Institute de l’Université de Pittsburgh en Pennsylvanie. « À un moment donné, nous avons commencé à constater que le diabète découlait de l’obésité. Ce que nous observons aujourd’hui, c’est quelque chose de semblable en ce qui concerne certains cancers. »

Comment endiguer alors ce phénomène de l’obésité qui ne touche pas uniquement les jeunes Étasuniens mais également de nombreux Européens ? Selon l’un des auteurs de l’étude, les médecins généralistes doivent évaluer plus régulièrement l’indice de masse corporelle de leurs patients et inciter ces derniers à perdre du poids lorsque cela s’avère nécessaire.

Par ailleurs, des mesures de santé publique, telles que des restrictions sur la publicité d’aliments malsains riches en calories, pourraient également être utiles, de même qu’un plus grand nombre de campagnes visant à promouvoir des choix de mode de vie sains. Car même si les chercheurs ne savent pas encore exactement comment l’obésité peut faire augmenter les taux de certains cancer, le lien entre les deux semble désormais avéré.

Crédit photos : Wikimedia Commons (CC/FatGiVi)
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