Pays de Galles : Ebbw Vale, la ville la plus obèse du pays, symbole d’un monde malade de sa nourriture

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Dans le centre d’Ebbw Vale, une ancienne cité sidérurgique du sud du pays de Galles, les vitrines racontent mieux que les statistiques la décadence d’une époque.

Sur quelques centaines de mètres, on trouve trois kebabs, deux restaurants chinois, un “Cowgirls Burgers”, un “Food Point”, un “Southern Fried Chicken”, un “Fish & Chips”, un Greggs — chaîne industrielle de sandwichs et pâtisseries — et, bientôt peut-être, un nouveau fast-food à la place d’un salon de beauté fermé.

Beaucoup d’habitants redoutent qu’une énième enseigne de restauration rapide aggrave un mal bien connu : le surpoids endémique.

Ici, 78 % de la population est en surpoids37 % obèse, selon les chiffres du gouvernement gallois. En 2023, la ville a été officiellement désignée « ville la plus grosse du Royaume-Uni ».

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Une population dépendante des injections amaigrissantes

Jodie Hughes parle au Télégraph sans détour : “Tout le monde ici est sous Mounjaro.” Le Mounjaro est un médicament antidiabétique récemment utilisé pour la perte de poids.
Elle-même a perdu plus de 80 kilos après une opération gastrique.
“On buvait du cidre, on mangeait des kebabs et des frites, c’était notre routine d’adolescents.”

Sa confession illustre une réalité tragique : la dépendance à la malbouffe a remplacé la culture alimentaire. Les jeunes, les familles et même les classes moyennes survivent dans un océan de calories vides — un “food swamp”, comme le disent les nutritionnistes britanniques : une “mare alimentaire” où tout est comestible mais rien n’est nourrissant.

Un pays submergé par la malbouffe

Partout au Royaume-Uni, la situation s’aggrave.

On compte désormais 116 fast-foods pour 100 000 habitants, contre 98 il y a sept ans. Les zones les plus pauvres en concentrent deux fois plus que les quartiers aisés.

Les Britanniques tirent plus de la moitié de leurs calories d’aliments ultra-transformés — plats industriels riches en sel, sucre et graisses saturées.

Résultat : près de deux tiers des adultes anglais sont en surpoids, contre un peu plus de la moitié en 1993. Le taux d’obésité a presque doublé en trente ans.
Les coûts explosent : 6,5 milliards de livres pour le NHS en 2022, 126 milliards pour l’économie nationale, selon Frontier Economics.

Mais au-delà des chiffres, c’est une civilisation de la table et du goût qui s’est effondrée.

De la table familiale au micro-ondes : la révolution invisible

Comment en est-on arrivé là ?
Les experts britanniques remontent jusqu’à l’après-guerre.
L’État encourage alors la production massive, la rentabilité et la conservation longue.

Avec les années 1980 arrivent les micro-ondes, les surgelés et les premiers plats “prêts à réchauffer”. Les petits commerçants disparaissent : les bouchers, boulangers et primeurs sont remplacés par les supermarchés, puis par les chaînes de fast-food.

Le problème n’est plus seulement individuel.
Il est systémique.

Les aliments sains coûtent deux fois plus cher par calorie que les aliments transformés. Et dans les quartiers pauvres, les “déserts alimentaires” prolifèrent : pas de marché, pas de produits frais, seulement des frigos pleins de gras et de sucre.

Pendant ce temps, les multinationales de l’agroalimentaire dictent la loi. Publicités omniprésentes, lobbying incessant contre toute régulation, marketing ciblant les enfants : le Royaume-Uni est devenu, selon un chercheur de Cambridge, un laboratoire à ciel ouvert du capitalisme alimentaire mondialisé”.

Les marques ont réussi un coup de maître : associer les produits industriels à la mémoire collective.

Les biscuits de l’enfance, les céréales du matin, les chocolats des fêtes : tout est devenu “traditionnel”.

De quoi décourager tout changement.

Les gouvernements successifs, tétanisés par l’accusation de “nanny state” (État nounou), hésitent à légiférer. La taxe sur le sucre instaurée en 2018 a fait baisser la consommation, mais les projets de restriction publicitaire ont été repoussés sous la pression des lobbies.

Ebbw Vale, miroir d’une décadence collective

À Ebbw Vale, on se contente de survivre au milieu des enseignes lumineuses. Dans la rue principale, le dernier marchand de légumes tente de résister, entre un kebab et un magasin de glaces.

Mais tout le système joue contre lui : le temps, l’argent, les habitudes, la publicité.
L’Angleterre ne cuisine plus. Elle consomme.

Et dans ce pays autrefois rural et fier de ses traditions culinaires, la modernité a pris la forme d’un emballage en plastique.

Ce qui se joue à Ebbw Vale dépasse le simple drame sanitaire. C’est le naufrage culturel d’un peuple qui a troqué son autonomie contre la commodité.

L’Europe continentale n’est pas épargnée : la Bretagne, la France, l’Italie voient se multiplier les mêmes enseignes, les mêmes plats ultra-transformés, les mêmes corps malades.

Nous ne sommes pas devenus paresseux ou faibles. Nous vivons simplement dans un marécage alimentaire dont nous ne savons plus sortir.

Crédit photo : DR (photo d’illustration)
[cc] Article relu et corrigé par ChatGPT. Breizh-info.com, 2025, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

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2 réponses à “Pays de Galles : Ebbw Vale, la ville la plus obèse du pays, symbole d’un monde malade de sa nourriture”

  1. guillemot dit :

    « Bouffer « pour oublier et qu’on est mal dans sa peau , est le signe révélateur que l’on ne va pas bien.Et pour une société , c’est catastrophique

  2. moreau dit :

    Dans l’école primaire de mon village, une retraitée bénévole apprend à cuisiner aux enfants dès l’âge de 5 ans, un atelier hebdomadaire dans les locaux du réfectoire, ils adorent ça et en redemandent .

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