Guémené-sur-Scorff, l’exemple d’une commune presque abandonnée à son sort

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Quelles sont les perspectives d’avenir des petites communes rurales de Bretagne ? L’exemple de Guémené-sur-Scorff n’incite pas à l’optimisme. Plombée par son passé, la capitale du pays Pourlet (et de l’andouille) semble enfermée dans un cercle vicieux. Du moins est-ce le tableau dressé par la chambre régionale des comptes de Bretagne dans un rapport publié mercredi dernier.

À certains égards, Guémené-sur-Scorff évoque la situation de certaines régions d’Europe de l’Est – est-ce un hasard si elle a eu un maire communiste de 2001 à 2014 ? « Guémené-sur-Scorff se caractérise par une démographie déclinante », note la Chambre. Un tiers de la population a plus de 75 ans, seuls 53 % des habitants entre 15 et 64 ans occupent un emploi. Mais quel emploi ? Tandis que les jeunes s’en allaient rejoindre l’économie productive ailleurs, le secteur public a pris une place dominante. Plus des deux tiers des emplois locaux relèvent de la redistribution (administration, enseignement, santé)… mais il y a de moins en moins à redistribuer localement.

René Le Moullec, maire de la commune, a battu en 2014 le sortant communiste Christian Perron. Il a hérité d’une situation financière très dégradée, encore aggravée par le recul de la dotation globale de fonctionnement (DGF) versée par l’État. Celle-ci a « enregistré une baisse de près de 23 % depuis 2013 ». Or Guémené-sur-Scorff manque de ressources propres et n’en est que plus dépendante des dotations de l’État. Elle subit donc de plein fouet la baisse de la DGF.

L’argent manque malgré des impôts lourds

Comment s’en sortir ? Classiquement, en alourdissant les impôts : « les produits fiscaux ont progressé de 12 % depuis 2013 ». Cette solution n’est pas extensible. Déjà, l’« effort fiscal » demandé aux habitants est plus élevé que dans la moyenne des communes comparables. « La commune n’a plus aucune marge de manœuvre fiscale », note la Chambre.

Du côté des charges, la situation n’est pas brillante non plus. Quand René Le Moullec a été élu, le montant des charges de personnel – héritage d’une gestion communiste ? – était déjà supérieur de 60 % à celui de la moyenne des communes de même catégorie ! Mais la situation a continué à se dégrader, le dépassement atteignant 83 % en 2016. En outre, la commune est très endettée « et sa capacité de désendettement s’est dégradée et atteint 135 ans en 2016, alors que le seuil critique communément admis est de 15 ans ».

La commune n’a pas d’argent et n’a plus les moyens d’emprunter : comment reprendre l’initiative ? Bien qu’une centaine de logements soient vacants, la municipalité voudrait créer un lotissement et engager une revitalisation du centre-ville. Un projet qui présente beaucoup d’incertitudes, dit la Chambre, « et n’est pas compatible avec les possibilités financières actuelles de la commune ».

Des Guémené-sur-Scorff par dizaines ?

Quant au projet de reconstruction et d’extension de l’hôpital-EHPAD déjà présent sur la commune, c’est un serpent de mer dont la chambre régionale des comptes se contente de signaler en passant qu’il « accuse un retard pour des raisons budgétaires » et que « (son) dimensionnement paraît aujourd’hui remis en cause ». René Le Moullec a observé douze jours de grève de la faim en octobre dernier afin que le département renonce à réduire le nombre de lits prévu.

Les critiques de la chambre régionale des comptes sont légitimes, elle fait son métier, mais elle est sûrement consciente que les remèdes proposés ne sont pas à la hauteur. Il s’agit principalement de supprimer les douze jours de congés annuels et quelques primes attribués aux salariés communaux en dépassement des dispositions légales. Guémené-sur-Scorff n’a aucune chance de s’en sortir seule. Or des Guémené-sur-Scorff, il en existe sans doute des dizaines en Bretagne (et peut-être des milliers en France). Des drames se nouent au cœur des territoires. Cela devrait être une priorité nationale. Tant que le gouvernement persistera à regarder ailleurs et à faire passer « les autres avant les nôtres », il pourra craindre la colère de nouveaux « gilets jaunes ».

E.F.

Crédit photo : [cc] GO69, Wikimedia Commons
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