Christophe Burgeon : « Trajan fût bien l’optimus princeps, le meilleur empereur, aux yeux d’une part importante du peuple romain »

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Nous avons évoqué samedi la sortie d’une biographie de Trajan, deuxième empereur de la dynastie des Antonins, à Rome. Une biographie rédigée par Christophe Burgeon et éditée chez Perrin. Christophe Burgeon, rattaché à l’Université catholique de Louvain (Belgique), est l’auteur de nombreuses monographies et articles scientifiques consacrés aux guerres puniques et à la moralité romaine. Il a notamment publié Domitien. Un empereur controversé.

M. Burgeon nous présente qui était Trajan, ci-dessous :

Trajan, qualifié d’optimus princeps (« meilleur empereur ») par Pline le Jeune, était indubitablement estimé par pléthore d’auteurs latins et grecs, lesquels prétendirent d’ailleurs qu’aucun autre empereur n’avait surpassé ni même égalé sa popularité auprès du populus, et que son souvenir était resté ancré dans la mémoire collective. Pour preuve, après sa mort, le Sénat romain prit l’habitude de proclamer les nouveaux empereurs en leur souhaitant de surpasser la félicité d’Auguste et l’excellence de Trajan. De plus, les successeurs du premier représentant de la dynastie antonienne tentèrent maintes fois de glorifier leur propre règne en s’associant directement à lui. Trajan méritait-il cependant le titre de « meilleur empereur » ?

Si, au lieu d’avoir été accusé d’instaurer une monarchie absolue, Trajan, d’origine italico-provinciale, fut perçu comme le restaurateur de l’idéal augustéen construit autour d’une autocratie éclairée, nous avons postulé que, sur plusieurs points, le peuple romain fut victime d’un abus de confiance bien orchestré. Tandis que Pline le Jeune et Dion Chrystosome furent sans conteste heureux de servir l’empereur, son règne ne fût guère moins autocratique que celui de Domitien. En effet, alors que ce dernier avait été qualifié de dominus et deus au cours de son existence, trahissant ainsi sa volonté d’établir un régime débarrassé de l’influence de l’aristocratie, Trajan réussit à éviter cet écueil, bien qu’il fît clairement savoir qu’il était un élu divin (fils de Jupiter) à qui l’on avait confié la suprême autorité de représenter les dieux auprès des hommes. Le titre d’optimus, lequel fut approuvé par le Sénat, lui fut d’ailleurs octroyé dans le but d’établir sa filiation avec Jupiter ; il jugea néanmoins plus prudent de ne pas l’insérer formellement dans sa titulature officielle. Choisi par la providence et soutenu par l’assemblée, il se présentait donc comme l’égal terrestre de Jupiter, celui à qui incombait, par décret, le pouvoir temporel.

Nous avons observé chez Trajan la même détermination que ses prédécesseurs à s’assurer le contrôle direct du Sénat. Ainsi pouvait-il intervenir directement dans la nomination des postes sénatoriaux, administratifs et magistraux. De plus, comme du temps de Domitien, les chevaliers ainsi que les homines noui (« hommes nouveaux ») semblaient être sciemment favorisés aux dépens de la nobilitas. Il est possible qu’une telle structure hiérarchique ait permis d’améliorer les procédures bureaucratiques, Trajan ayant été parfois mal conseillé par certains de ses administrateurs proconsulaires. Le paternalisme de l’Antonin fut donc moins sénatorial que ne le pensent certains modernes. Ainsi, le règne de l’Antonin fut notoire en raison de la facilité avec laquelle il modifia la législation de plusieurs provinces sans rencontrer la moindre opposition du Sénat. Toujours est-il que ce dernier fit montre d’une certaine considération à l’égard des sénateurs ; il n’existe d’ailleurs aucune trace de conflit dans les relations entre le premier citoyen et le corps gouvernant.

Malgré cette façon d’exercer le pouvoir de manière absolutiste, Trajan fit preuve d’équité, et accorda une importance certaine à la libertas individuelle, tout en promouvant l’humanitas. Au moyen de l’alimenta, une politique d’aide sociale destinée en premier lieu aux pauvres d’Italie, il améliora les conditions de vie des plus démunis, ce qui lui valut de nombreux témoignages de gratitude et d’affection. En tant que véritable prototype du Romain, Trajan s’est toujours montré préoccupé par la sécurité de son peuple, tant à Rome que dans les provinces. Nonobstant, certaines de ses décisions constituèrent un progrès en matière d’équité : il entendit notamment accorder des droits spécifiques aux orphelins et aux enfants, et s’opposa à la torture des esclaves. De toute évidence, ces mesures s’inscrivent dans son évidente préoccupation de l’intérêt général du citoyen. À cela s’ajoutaient les travaux d’amélioration des communications routières et portuaires mis en œuvre par Trajan. Ses efforts déployés dans le but de réduire la dépendance en denrées premières des provinces devaient également promouvoir et sécuriser le commerce de marchandises.

Enfin, Trajan entretint une relation privilégiée avec l’armée. Il nourrissait d’ailleurs de réelles affinités avec ses soldats, comme le démontrent ses réformes des procédures relatives aux testaments des légionnaires, de même que son édit autorisant les hommes mono-testiculaires à s’enrôler dans l’armée romaine. Au surplus, il entreprit certaines réformes relatives aux procédures militaires.

Si Trajan fut un administrateur efficace, il fut également un chef de guerre remarqué. La commission qu’il mit en place en 98 dans le but de restaurer le limes le long de la Germanie supérieure, ainsi que son souci de la sécurité contre les attaques externes le prouvent. En Afrique, il mit en œuvre une zone militarisée relativement dense dans le but de laisser passer les tribus nomades traversant la région sans craindre d’être envahis par l’ennemi. En outre, il redessina les frontières de l’empire le long du Rhin et du Danube, tout en y incorporant l’Arabie.

Trajan fut surtout acclamé pour avoir remporté une victoire définitive sur la Dacie.

Cependant, la guerre en Parthie, qui semble avoir été en grande partie guidée par la recherche de gloire personnelle et de prestige de Trajan, fut un succès éphémère. Alors que la discorde entre les différentes factions parthes était patente, il avança rapidement à l’intérieur de leur territoire. Toutefois, quand les peuplades barbares de l’est lui opposèrent une résistance concertée, sa stratégie, parce qu’elle avait sous-estimé les forces d’opposition, s’avéra rapidement insuffisante.

Nous le voyons, si le règne de Trajan fut absolu et que son action militaire ne fut pas aussi brillante que d’aucuns l’ont prétendu, il fut bien, aux yeux d’une part importante du peuple romain, l’optimus princeps, tant pour son rôle d’administrateur que pour celui de chef de guerre, que décrit la tradition littéraire.

Christophe Burgeon

Trajan – Christophe Burgeon – Perrin – 22 €

Crédit photo : DR
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