Il était une fois… deux frères, Jacob et Wilhelm Grimm, qui, dès 1806, se prirent d’un grand intérêt pour les contes et les légendes germaniques. Pour tout dire un peu « rats de bibliothèque », désargentés plus souvent qu’à leur tour, ces érudits linguistes pensaient ainsi faire œuvre universitaire. Mais l’Histoire leur réservait un autre destin…

Madame la Chouette a sélectionné quelques contes dans leur version originale, ou au plus proche des textes originaux. Notez que les titres proposés ici ne sont pas des produits dérivés du cinéma !

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Jakob et Wilhelm Grimm, Les Musiciens de la ville de Brême

Après avoir fui de mauvais maîtres, l’âne, le chien, le chat et le coq arrivent en vue d’une maisonnette qui ferait bien leur affaire… mais elle est déjà occupée ! « Ils se mirent donc à délibérer sur les moyens à employer pour expulser les brigands, et voici ce qu’ils imaginèrent : l’âne posa ses deux pattes de devant sur la fenêtre ; le chien monta sur le dos de l’âne, le chat sur celui du chien, et le coq, prenant son envol, se posa sur la tête du chat. » Quels enfants n’ont pas ri à imaginer les animaux ainsi perchés ! Et le rire redouble, surtout si chacun a son rôle à jouer, pour imiter l’un ou l’autre : « Le coq donna le signal et ils commencèrent leur musique. L’âne se mit à braire, le chien à aboyer, le chat à miauler, le coq à chanter, et ils s’élancèrent dans la salle en faisant voler les carreaux en éclats. » Ce tout petit album, illustré par le célèbre Feodor Rojankovsky (1891-1970), est la réédition de l’album paru en 1942.

Jakob et Wilhelm Grimm, Les Musiciens de la ville de Brême, illustrations de Feodor Rojankovsky, Flammarion, coll. « Les Petits Père Castor », 2015, 20 p., 4 € – Dès 4 ans

Jakob et Wilhelm Grimm, La Belle au bois dormant

« La onzième dame venait juste de prononcer son vœu quand soudain la treizième entra. Puisqu’on ne l’avait pas invitée, elle allait se venger ! Et sans saluer ni daigner regarder personne, elle s’écria : “La fille du roi, quand elle aura quinze années, à un fuseau se piquera et morte tombera.” Et sans plus rien ajouter, elle fit demitour et quitta la salle. L’effroi fut général. C’est alors que la douzième dame s’avança. Comme elle ne pouvait annuler l’affreux serment, mais juste en atténuer la dureté, elle déclara : “La fille du roi ne mourra pas, mais dans un sommeil sombrera qui cent ans durera.” » Ah, ces dames fées… Voici, traduite avec finesse et illustrée avec délicatesse et élégance, la version intégrale des frères Grimm, dans laquelle un certain jouvenceau a bien de la chance d’arriver les cent ans écoulés. Ce n’est pas une nouveauté, mais l’album est toujours disponible.

Jakob et Wilhelm Grimm, La Belle au bois dormant, illustrations de Sibylle Delacroix, Casterman, albums Duculot, 2002, 30 p., 13,95 € – Dès 6 ans

Jakob et Wilhelm Grimm, La Clé d’or

« Un jour d’hiver, comme le sol était recouvert d’une épaisse couche de neige, un pauvre garçon dut sortir avec son traîneau pour aller chercher du bois. » Transi, notre garçon décide d’allumer un feu où se réchauffer. « Il balaya un peu la neige et, en dégageant ainsi le sol, il trouva une petite clé d’or. » Puis un coffre. Reste à trouver la serrure… mais du contenu du coffre, nous ne saurons rien ! La Clé d’Or est l’un des rares « contesattrape » des frères Grimm : un conte très court qui se termine en pied de nez. Le recueil des Contes de l’enfance et du foyer se referme sur ce petit texte : les frères Grimm voyaient en lui une métaphore du genre même du conte : dépourvu de fin, il est à l’image du genre tout entier, qui connaît une multitude de fluctuations au gré des époques et des conteurs, mais qui est néanmoins porteur de messages à qui veut les entendre.
Les illustrations de Joseph Vernot s’inspirent du mouvement Arts & Crafts, de l’Art Nouveau ainsi que des arts décoratifs japonais et russes, ce qui fait de cet album un beau livre d’étrennes intemporel.

Jakob et Wilhelm Grimm, La Clé d’or, illustrations de Joseph Vernot, Éditions Chocolat ! Jeunesse, 2016, 32 p., 16 € – Dès 5 ans

Wilhelm et Jakob Grimm, Hansel et Gretel

« À la lisière d’une profonde forêt, vivait un pauvre bûcheron avec ses deux enfants et leur bellemère. » Lequel bûcheron a longtemps été vêtu de hardes héritées de la comtesse de Ségur – oui, j’assume l’anachronisme ! Cabane en rondins, sol en terre battue, écuelles ébréchées, rien n’échappait au dessinateur pour montrer cette misère d’un autre temps. Puis vint Anthony Browne. Régentée par une bellemère indigne affublée d’une fourrure mitée, la famille tristement recomposée habite un pavillon miteux, dont le papier peint se décolle ; je vous passe l’ampoule de 40 W, la moquette élimée et la télé en noir et blanc… Seule la maison en pain d’épice semble à peu près comestible… Un décalage temporel qui rend le conte encore plus cruel.

Wilhelm et Jakob Grimm, Hansel et Gretel, illustrations d’Anthony Browne, L’École des loisirs, 2013 (format poche), 36 p., 5,60 € – Dès 6 ans

Kochka, Le Joueur de flûte de Hamelin

« Il était une fois une petite ville d’Allemagne, Hamelin, où les habitants étaient si avares qu’ils comptaient toutes leurs dépenses. » Jusqu’à chasser les chats, bien inutiles à nourrir. Inutiles ? Voire. Car les rats, sans prédateurs, prennent possession de la ville. Un matin, « un étranger à l’allure joyeuse » se présente devant le maire. « Contre mille pièces d’or, je vous libère. Plus un rat ! ». Marché conclu. Un air de flûte magique plus tard, les rats ont déguerpi. Sans doute étaitce cher payé pour un simple air de flûte, et les bourgeois de protester… et de ne pas honorer leur promesse. La fin du conte est connue : d’un air de flûte, le musicien entraîne les enfants de Hamelin, jusqu’au plus profond de la montagne. Kochka donne ici une adaptation très pertinente du conte : la cause de tous les malheurs n’est pas due à l’invasion des rats, mais bien à l’avarice première des adultes, dont le châtiment est terrible : la perte de leur descendance. Les illustrations d’Aline Bureau s’inspirent notamment des célèbres paysages d’hiver de Brueghel Le Vieux et de Brueghel Le Jeune. Un album à raconter, mais aussi à méditer.

Kochka, Le Joueur de flûte de Hamelin, d’après les frères Grimm, illustré par Aline Bureau, Père Castor, 2015, 13,50 € – Dès 5 ans

Un conte de Grimm, L’Homme à la peau d’ours

« Pendant les sept ans à venir, tu ne devras jamais quitter cette peau. À cause d’elle, tout le monde t’appellera l’homme à la peau d’ours. » Si le défi lancé par le diable à ce pauvre soldat vous donne des frissons dans le dos, sachez qu’une jeune fille, une seule, aura la patience, la force d’âme, la longanimité de relever le jeune homme de cette bien étrange condition. Car le diable a aussi donné à notre héros de l’or à profusion, qu’il n’a de cesse de partager avec ceuxlà même que rebutent sa peau d’ours et sa crasse. Ombres bleutées, prunelles jaunes, chats noirs, les dessins de Sébastien Mourrain plongent le lecteur dans un univers des plus oniriques. Ne pas en profiter, tout de même, pour espacer plus que de raison le passage sous la douche !

Un conte de Grimm, L’Homme à la peau d’ours, illustrations de Sébastien Mourrain, scénario (sic) d’Anne Jonas, Seuil, 2013, 26 p., 15 € – Dès 6 ans

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