Chargé de l’étude puis de la protection et de la promotion du patrimoine dans différentes régions Philippe Tourault pu entreprendre parallèlement à son travail des publications historiques à partir de 1976. On lui doit notamment une biographie remarquable d’Anne de Bretagne, ou encore Les rois de Bretagne. Il sort aujourd’hui une Histoire de la Bretagne aux éditions Perrin.

Un livre présenté ainsi par l’éditeur :

Sise à l’extrémité du continent, au  » bout de la terre « , la Bretagne est pourtant, par essence, un lieu de passage, une porte de l’Europe et une des régions françaises les plus emblématiques. Ceux qui la parcourent sont envoûtés par la beauté de ses sites, fruit du mariage intime entre terre et mer, et marqués par sa forte identité comme par ses spécificités linguistiques et culturelles. Son histoire, d’une rare richesse, ici embrassée des origines jusqu’à nos jours, est marquée par un esprit de résistance hors du commun – les Mérovingiens, les Carolingiens et les Vikings ont échoué à l’envahir.

Et ce n’est qu’en 1532, après plus de mille ans d’autonomie, que la province est finalement incorporée au royaume de France, non sans de nombreux soubresauts ultérieurs dus au combat incessant contre la centralisation et les tentatives d’assimilation parisiennes, insupportables pour les habitants de la péninsule. Les Bretons acceptent en effet volontiers d’être français, à condition d’être acceptés comme bretons. Voici la leçon qu’illustre, de manière aussi passionnante que convaincante, ce livre qui ne fascinera pas que les seuls Bretons. 

Le livre se lit bien. La mise en page est bonne. Il s’agit d’un livre à lire et à faire lire, un de plus, pour faire connaitre notre histoire à nos enfants, à ceux qui nous entourent. L’histoire d’un peuple et d’une nation singulière, qui continue aujourd’hui, malgré son rattachement à la France et des relations conflictuelles parfois avec la République, à tenter de vivre sa différence, son autonomie, sa spécificité, bretonne, celtique. Qu’en sera-t-il dans 100 ans, dans 500 ans ? Seuls les historiens de l’époque pourront nous le dire, en s’appuyant toutefois sur de tels ouvrages pour mieux connaitre la Bretagne et son histoire.

Michel Tourault – Histoire de la Bretagne – Perrin 

Breizh-info.com : Avec cette histoire de la Bretagne, qu’avez vous souhaité apporter en plus de toutes les histoires de la Bretagne qui existent déjà ?

Philippe Tourault : J’ai tenté de cerner l’identité bretonne, la bretonnité dans ce qu’elle a de plus spécifique.

Breizh-info.com : Quelles sont les découvertes les plus récentes des chercheurs, des historiens, concernant notre histoire ?

Philippe Tourault : Les études historiques portent principalement depuis quelques dizaines d’années sur l’économie, la démographie et les problèmes sociaux. Ce sont là les apports importants.

Breizh-info.com :  « En Bretagne vit un monde quasi « étranger à la France, à travers quasiment toutes les périodes » dites-vous. De quand datez vous la période qui séparait le plus la Bretagne de la France ? Est-ce le cas encore aujourd’hui ?

Philippe Tourault : Je pense que la césure fondamentale se situe au Moyen Age principalement au temps des rois et sous les ducs par exemple Jean V. Si Anne de Bretagne est si connue c’est qu’elle représente la résistance la plus forte envers la France.

Breizh-info.com :  On trouve en Bretagne un contraste saisissant, dans l’histoire comme aujourd’hui, entre une partie de la population et des élites plus française que les français (celle qui fait les Président de la République, celle qui ouvre ses portes à la Révolution française) et une autre partie systématiquement frondeuse, rebelle à tout ordre établi, surtout quand il vient de Paris. Comment expliquez vous cela ?

Philippe Tourault : A notre époque la cassure entre la Bretagne et la France est beaucoup moins importante parce que les problèmes politiques, économiques et sociaux sont un peu partout toujours les mêmes. Une nuance toutefois, le sentiment breton reste fort surtout quand il se sent menacé. Depuis longtemps, il existe une césure entre la Bretagne progressiste et de gauche et la Btretagne dite de droite. La première se trouve principalement à l’ouest d’une ligne Treguier-Lorient ainsi que dans les villes les plus importantes où les problèmes sociaux sont les plus évidents.La seconde ou Bretagne blanche diffère de la Bretagne bleue en cela qu’elle est plus francisée au moins depuis le VIII ème siècle par la création d’une marche militaire et plus proche de l’hexagone français.

Breizh-info.com :  Si la langue bretonne est plus ou moins enseignée (plus ou moins..), l’histoire de la Bretagne est totalement passée sous silence. Comment expliquez vous ce phénomène, alors même que l’histoire de France elle même fait désormais place à des civilisations qui nous sont totalement étrangères ?

Philippe Tourault : Il est vrai que l’histoire de la Bretagne est complétement négligée. A mon avis cela correspond de la part des gouvernements successifs à une volonté d’unité nationale et à des tentatives répétées d’effacement des particularismes.

Breizh-info.com : Quels sont, hormis les vôtres, les livres sur la Bretagne et son histoire qui vous semblent indispensables à connaitre, et à transmettre, pour que notre longue mémoire se perpétue ?

Philippe Tourault : Bien qu’ils soient fort critiqués et considérés comme désuets, les ouvrages d’Arthur de la Borderie me semblent indispensables . Ils doivent être complétés par les livres de Georges Minois, de Skol Vreizh et de Joël Cornette. Toutefois ces ouvrages importants demandent de longues lectures. Pour l’instant mon livre préféré est mon « Histoire de la Bretagne » de 430 pages tout simplement sans doute parce qu’il est mon bébé !

Propos recueillis par YV

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2019, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine