André Bercoff (Le Retour des peuples) : « Personne n’a jamais cru que les Gilets jaunes allaient prendre le pouvoir » [Interview]

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Le retour des peuples. Tel est le titre du dernier ouvrage d’André Bercoff paru aux éditions Hugo Doc. Écrivain, journaliste, il a écrit une quarantaine d’ouvrages, a participé à de nombreuses publications. Sa passion ? « Essayer de comprendre le monde dans lequel je vis, de décrypter et de transmettre ».

Et c’est ce qu’il tente de faire, avec justesse, dans ce livre, qui est une réflexion, une analyse de ce qu’il se passe dans notre monde en ébullition.

Comment tout a basculé ? Qu’est-ce qui a fait qu’en quelques mois, le couvercle d’une marmite qui bouillait depuis quarante ans a sauté ? Qu’une élite se retrouva fort dépourvue quand la bise jaune fut venue ? Le tsunami n’est évidemment pas que français : Europe de l’Est, Russie, États-Unis trumpistes, Bolsonaro au Brésil, Salvini en Italie, sans oublier le Brexit, tout montre que les peuples se sont mis en mouvement. Ce n’est pas seulement le pouvoir d’achat ou le prix du carburant, mais aussi la dignité, l’identité et, pour tous ces peuples que l’on avait rangés au magasin des accessoires, retrouver leur appartenance, leur honneur et leur dimension d’êtres humains.

Ce livre retrace les raisons de la colère : capitalisme de connivence, noblesse financiaro-administrative, clergé politico-médiatique et un tiers État fragmenté, divisé, caillassé, mais qui se recompose dans les tréfonds d’une France accablée par l’impôt et qui rejette ses dirigeants politiques.

Avec vigueur et humeur, André Bercoff explique pourquoi ce peuple qu’on croyait complètement dissous dans l’alcool de la mondialisation refait surface dans tous les domaines, et avec une radicalité inconnue jusqu’alors.

Pour parler de cet ouvrage, et du fond des maux qui nous touchent aujourd’hui, nous avons interrogé André Bercoff, qui fait lui aussi partie de ces journalistes en guerre contre la tyrannie du politiquement correct et des minorités.

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Le retour des peuples — André Bercoff — 12,95 € — Hugo Doc

Breizh-info.com : Gilets jaunes, « populismes », sont-ce les peuples qui sont de retour dans le monde entier ? Comment définissez-vous le peuple ?

André Bercoff : J’ai parlé du retour « des peuples », car « le peuple » me paraît réducteur. Il y a des peuples, mais aussi le peuple en tant que définition de ce que j’appellerai une majorité populaire unie autour d’un certain nombre de valeurs qui sont l’identité, le passé, la mémoire, qui sont le quotidien. Il y a une panoplie d’identités qui font qu’un peuple, qu’une nation sont reliés, par des transmissions. Mon livre n’est pas seulement sur la France. Cela m’a frappé que se développe partout, aujourd’hui quelque chose — que certains appellent populisme — qui est l’expression populaire d’une colère, d’un refus, d’un rejet. Il est très révélateur qu’un humoriste ukrainien gagne la présidence avec 73 % des votants. C’est le plus récent épisode d’une histoire qui n’est pas terminée.

Breizh-info.com : Plusieurs mois après le début de la crise des Gilets jaunes, Macron est toujours au pouvoir, son gouvernement aussi. Le système se défend bien. L’essence est plus chère. Rien n’a changé. N’est-ce pas plutôt un échec des peuples à parvenir à disposer d’eux-mêmes ?

André Bercoff : C’est difficile à dire. En Italie, peut-on dire que c’est un échec avec Salvini et la Lega au pouvoir ? Tout dépend où on se situe. En France, effectivement, le mouvement des Gilets jaunes n’était pas un mouvement de prise du pouvoir. C’était un mouvement de protestation, de révolte, sur le pouvoir d’achat, puis il s’est étendu. Mais les choses ne sont pas linéaires. Les révolutions d’aujourd’hui ne peuvent pas se dérouler selon le schéma de 1789. Nous sommes dans une situation où il y a concomitance de plusieurs facteurs qui sont le patriotisme, le souverainisme, l’illusion ou l’idée de prendre en charge son destin, de ne pas se faire absorber par une mondialisation sans frontières.

Personne n’a jamais cru que les Gilets jaunes allaient prendre le pouvoir. Mais on pensait que les Français pataugeaient dans la résignation et la passivité, que rien n’allait bouger, qu’on en restait à la gauche, la droite, les syndicats. Et puis on a vu que ça n’a pas été le cas, et à quel point un bouleversement a eu lieu. Au niveau de la prise du pouvoir, c’est plus compliqué que cela. La France n’est pas le Zimbabwe, ni le Sahel, c’est la 6ème puissance économique mondiale, donc les situations ne sont pas tellement terrifiantes.

Même s’il y a des millions de pauvres et des situations très très dures. Le fait qu’il n’y ait pas de perspectives de renversement du système aujourd’hui ne veut pas dire que les plaques tectoniques ne vont pas continuer à bouger.

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Breizh-info.com : Comment expliquez-vous que la question de l’immigration — celle qui a porté Salvini au pouvoir — ait été écartée par le gouvernement durant la crise des Gilets jaunes, qui ne l’ont pas non plus prise à bras le corps ? On a l’impression que c’est un peu comme si vous étiez malade du cancer et qu’on vous parlait de tout sauf de votre cancer…

André Bercoff : Je crois que c’est ce qu’on appelle le non-dit, le refoulé. La question migratoire est évoquée dans les sondages de façon très forte par les Français. Au moins 60 % d’entre eux se déclarent contre les migrations de masse. Il y a eu des journalistes comme Stephen Smith, que l’on ne peut, loin s’en faut, qualifier d’extrême droite, qui vous dit que si rien n’est fait, 60 millions de personnes viendront en Europe d’ici 2050. Les revendications des Gilets jaunes n’ont pas fait apparaître l’immigration en premier, car la préoccupation première était le pouvoir d’achat. Et de l’autre côté, il y avait ce non-dit que la doxa a bien dissimulé. Parler d’immigration, c’est forcément passer pour un membre éminent de la fachosphère. Mais tous les sondages montrent que la question de l’immigration est là, bien là, et au centre des préoccupations. Vous comparez avec l’Italie, mais ce pays a été le port d’arrivée des migrants, ce qui n’est pas le cas de la France, donc ça a joué aussi.

Breizh-info.com : Pourquoi la presse mainstream a-t-elle joué le rôle d’agent du gouvernement là où le peuple croyant en une presse libre l’attendait dans les rangs de l’opposition ? Normalement, historiquement, la presse a toujours accompagné les grands changements, les révolutions, et là on est face à une presse on ne peut plus réactionnaire finalement…

André Bercoff : La réponse est dans votre question. C’est très simple. Aux USA il y a une loi qui fait que tout propriétaire de presse, de radio, de TV, ne peut avoir le moindre intérêt commun avec le gouvernement en place quel qu’il soit. En France, il suffit de regarder qui possède les médias pour comprendre que le paysage est quelque peu différent. Cela ne signifie pas que les journalistes font mal leur boulot, loin s’en faut. Mais il y a un problème. Si les journaux ne sont plus la propriété de leurs journalistes ou d’actionnaires complètement indépendants du pouvoir, le point de vue n’est plus le même. Pour le meilleur et pour le pire, les réseaux sociaux sont en train d’occuper la place qu’ils occupent actuellement, car ils sont une alternative à un certain nombre d’autocensures, d’omertas, qui existent.

Breizh-info : Cette semaine, un rapport de Reporters sans frontière, censé être une ONG neutre et indépendante, évoque la presse aux mains des dirigeants en Hongrie, et rien sur la France, ou bien des bons points, étonnant non ?

André Bercoff : Je ne connais pas la composition ou les actionnaires de RSF. La Hongrie n’est probablement pas un modèle en matière de liberté d’expression, mais la France est elle-même, force est de le constater, sur une pente glissante qui ne lui permet pas, c’est le moins que l’on puisse dire, de donner des leçons à ce sujet.

Breizh-info.com : Sommes-nous aux prémices d’une guerre civile en France, en Europe ? 

André Bercoff : Je ne sais pas si on peut parler de guerre civile. J’espère qu’on n’ira pas jusque-là. On peut prévoir des affrontements violents. Albert Camus disait, au moment de recevoir son prix Nobel, il y a plus de 60 ans, que le rôle de sa génération consistait à ne pas défaire le monde. Aujourd’hui, sommes-nous à l’orée d’une sécession, d’une partition, d’une libanisation ? Tout est là. Mais je suis d’un naturel optimiste et je pense qu’on peut éviter le pire, car je crois que la guerre civile serait le pire. Il y faut du courage. De la volonté. Le courage d’être impopulaire. Où sont les Churchill d’aujourd’hui ? Recherche leader, recherche Churchill désespérément… Ou bien nous refaisons le monde, ou bien le monde nous défera…

Propos recueillis par YV

Crédit photos : DR
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