Chef-d’œuvre de Cecil B. DeMille, Le Signe de la croix sort en DVD dans une version complète contenant les scènes dévoilant la décadence des mœurs romaines.

En 64 après Jésus-Christ, du haut de son palais, Néron (Charles Laughton) contemple l’incendie de Rome tout en composant un poème. Mais le peuple romain réclame les coupables. Néron accuse les chrétiens. Lors d’une vindicte populaire, la jeune chrétienne Marcia (Elissa Landi) est sauvée in extremis par Marcus Superbus (Fredric March), préfet de Rome. Ils tombent amoureux. Jalouse, l’impératrice Poppée (Claudette Colbert) cherche à éliminer Marcia. Avec un groupe de chrétiens, Marcia est destinée aux jeux du cirque. Après les combats de gladiateurs, les chrétiens sont livrés aux tigres, lions, taureaux, ours, gorilles, crocodiles, éléphants… Désespéré, Marcus supplie Marcia d’abjurer sa foi pour sauver sa vie. Marcia, dont la joie du martyre illumine le visage, assure Marcus de l’existence d’une autre vie dans laquelle ils seront réunis. Impressionné par cette grâce, il se rallie à sa foi et décide de l’accompagner dans la mort. La porte se referme derrière eux, sur laquelle apparaît le signe lumineux de la Croix…

la décadence romaine vue par Hollywood

En 1895, Henryk Sienkiewicz autorisa, sous le nom Le Signe de la croix, l’adaptation théâtrale de son roman Quo Vadis ? Au cinéma, la troisième adaptation est confiée à Cecil B. DeMille, lequel réalise ainsi en 1932 The Sign of the cross. Le décor est gigantesque. La majeure partie des studios Paramount d’Hollywood est utilisée pour représenter un quartier entier de l’ancienne Rome. Le film oppose la luxure des Romains à la foi chrétienne. On reste surpris, aujourd’hui encore, par la description de la décadence romaine vue par Hollywood. On découvre une Poppée nymphomane et bisexuelle, nue dans un bain de lait d’ânesse, invitant l’une de ses servantes à la rejoindre… Lors d’une scène d’orgie, une danse scabreuse, censée éveiller la jeune chrétienne aux plaisirs sensuels, la laisse de marbre. Enfin, lors de la dernière demi-heure, on assiste à un monument de sadisme : les jeux du cirque. DeMille tourne ces scènes avec une certaine délectation et parvient même à nous faire participer à la perversité des spectateurs. Cette présentation impressionnante de la décadence romaine devient ainsi l’illustration de notre propre corruption des mœurs. C’est alors que Cecil B. DeMille prône la foi chrétienne. Plutôt que de renoncer à ses convictions et de connaître l’amour près de Marcus, Marcia entre dans l’arène pour souffrir le martyre.

Amener les foules à croire en la Bible

Profondément croyant, Cecil Blount DeMille (1881-1959) espérait ainsi par ses films religieux amener les foules à croire en la Bible. Ce réalisateur entre au collège militaire à l’âge de quinze ans. Il tente de s’engager dans la guerre contre l’Espagne, mais est refusé en raison de son jeune âge. D’abord acteur, il fonde une société de production (ancêtre de la Paramount) et réalise en 1914 le premier film tourné à Hollywood, Le Mari de l’Indienne. Après des comédies vaudevillesques, il devient le spécialiste des superproductions historiques (Jeanne d’Arc, Les Dix Commandements, Le Roi des rois, Le Signe de la croix, Cléopâtre, Les Croisades, Les Tuniques écarlates, Les Naufrageurs des mers du sud, Les Conquérants d’un nouveau monde, Samson et Dalila…). Républicain défendant les valeurs morales de l’Amérique puritaine, il transgresse pourtant dans Le Signe de la croix les règles de moralité imposées au cinéma par le code Hays.

Dans cette édition DVD, Jean-Pierre Dionnet présente avec humour et détachement ce film ainsi que la carrière de Cecil B. DeMille. D’autres documentaires s’intéressent à l’actrice Claudette Colbert, à Cecil B. DeMille ainsi qu’au code Hays.

Kristol Séhec

Le Signe de la croix, DVD 16,90 euros, DVD et Blu-Ray 20 euros. Elephant films.

Crédit photos : DR
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