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Charles Gave, financier à la tête d’un cercle de réflexion libéral (Institut des Libertés), a été un temps candidat sur la liste de Nicolas Dupont-Aignan avant de s’en faire éjecter avec sa fille, suite à une campagne de presse de médias mainstream (le Figaro, l’Opinion) qui accusaient cette dernière d’antisémitisme et de racisme. Après le désastre de la droite parlementaire – et de Dupont-Aignan aux européennes, où seul le Rassemblement national a tiré son épingle du jeu, nous l’avons interviewé.
Breizh info : Charles Gave, confirmez vous ce que vous avez dit au média russe Sputnik sur l’état « abominable » de la droite en France ?
Charles Gave : Oui, tout à fait. A force d’essayer de ménager la chèvre et le chou, la droite n’a plus rien à dire. Je crois que c’est comme dans le monde de l’entreprise, il faut savoir trancher, il faut savoir dire non ce n’est plus possible. La droite, c’est en fait la gauche d’il y a 20 ans, ils ont toujours une guerre de retard ces gens là.
Breizh info : Rien à dire ou trop à dire ? Nombreux sont ceux qui sont allés aux meetings de Bellamy à dire qu’il y a eu plusieurs discours, et que pas un ne reflétait la même ligne…
Charles Gave : Tous ont fait de bonnes études, ils parlent bien ; je me souviens d’un discours de Copé devant des chefs d’entreprise, il a parlé une demi-heure puis est parti, il n’a pris aucune question. Je n’arrivais pas à me rappeler ce qu’il avait dit, dès qu’il avait fini. Pour ne surtout fâcher personne, ils ont développé l’art de ne rien dire. Or le Christ disait « que votre oui soit un oui, votre non un non et tout le reste est du Malin ».
Breizh info : Certains analystes expliquent que les résultats des européennes ne sont pas des indicateurs des municipales, mais la déroute de la droite est tout de même patente. Qu’en pensez-vous ?
Charles Gave : Pour les municipales, ça semble tout de même très mal barré. Machiavel disait qu’en politique il y a des renards et des lions – les premiers sont là quand c’est facile et se partagent toutes les places, les seconds surviennent quand c’est difficile et que les renards se retirent. Or, si les italiens ont le lion Salvini, nous on a des moutons, même pas des renards. Comme dès qu’un lion semble émergé il est flingué – par les politiques ou la presse – c’est une impasse. Notre système politique est gangrené, capté par une classe dirigeante qui gère le système à son profit exclusif. Ça ressemble à la France en 1936-39 où il y avait des radicaux partout, et on s’est pris une déroute totale en 1940.
Breizh info : A propos de radicaux, ils ne meurent jamais. Macron qui en est l’héritier, a perdu les élections mais semble avoir gagné son pari de détricoter LR et PS ?
Charles Gave : Il reste au pouvoir mais détruit la France, comme Mitterrand avant lui. Il parie sur l’incompétence de ses rivaux, il a raison,mais ce n’est pas ça qui donne la solution et fait avancer un pays. Si son objectif c’est de rempiler, il est plutôt bien parti, mais ce n’est pas la tâche d’un homme d’état.
Breizh info : Quant au résultat du RN ?
Charles Gave : Ils ont une espèce de chasse gardée dont ils font ce qu’ils peuvent pour se sortir, mais tout le monde leur barre la route. Il faudrait que ce qui reste de la droite et le RN s’allient, c’est la seule solution.
Breizh info : Pourtant dans ce qui reste de LR beaucoup s’élèvent pour virer Wauquiez et s’allier avec le centre.
Charles Gave : Bien sûr ! Mais ça n’a aucun intérêt ; cependant des gens comme Pécresse ou Bertrand n’ont jamais été de droite, ils sont de ce second parti de gauche qu’on appelle la droite.
Breizh info : Pour vous, comment doit se passer cette alliance ?
Charles Gave : Il faut que la droite s’allie non entre appareils, mais sur des idées. Il faut en somme l’équivalent du programme commun de la gauche en 1981, qui a permis de faire revenir les communistes dans le jeu politique dont ils étaient exclus depuis 1946.
Breizh info : Cette union des droites, Robert Ménard semble l’avoir réussi, lui.
Charles Gave : Il a bien fait et il a une base territoriale, pas un appareil. C’est la seule façon de faire.
Breizh info : Et ça peut être étendu ?
Charles Gave : Clairement. Aux municipales, le modèle, c’est Béziers.
Breizh info : Revenons à ce qui vous a opposé à Nicolas Dupont-Aignan, une affaire qui semble assez obscure pour bien des Français.
Charles Gave : Pour moi le premier. Nicolas Dupont-Aignan est venu me voir pour que je l’aide à faire le rassemblement des droites, j’ai accepté de mettre 2 millions d’euros – qu’on devait normalement retrouver en bout de course [au-dessus de 3% des voix les dépenses sont remboursées], il a trouvé que ma fille était très bien et lui a proposé un poste, on a commencé à faire campagne et ça marchait bien. Et puis une journaliste de l’Opinion est venue ici, a vu des affiches soviétiques des années 20 et en a déduit qu’on était antisémites – j’ai un petit-fils juif, quelle idée ?! – puis ensuite Le Figaro a rebondi sur un échange de mails de ma fille etc. Nicolas Dupont-Aignan a décidé de virer ma fille suite à la campagne de presse, je lui ai dit, tu le fais et tu plantes ta liste, ou tu fais une sortie à la Cyrano de Bergerac et fais preuve de courage face à la presse. Il l’a virée, je me suis retiré aussi et j’ai arrêté de financer la liste – la loi l’interdit, et il a fini par se planter.
Breizh info : Et l’affaire Poisson [viré car accusé de monter une liste avec Zemmour et Emmanuelle Gave] ?
Charles Gave : Nicolas Dupont-Aignan n’aime pas les catholiques, et son union des droites n’était finalement que pour le promouvoir lui. En fait moi et ma fille on a été victimes d’une manœuvre qui nous a liquidés en cinq minutes, avec un scénario bien huilé de la reductio ad hitlerium.
Breizh info : Nicolas Dupont-Aignan s’est montré assez peu courageux à votre avis ?
Charles Gave : Clairement. Tant que les hommes politiques de droite ne supporteront pas les gens qui sont attaqués dans leurs rangs, que les officiers de la droite fuiront devant l’ennemi, qu’ils auront peur de la presse, ça n’ira pas bien loin.
Breizh info : Et il y en a un, à droite, qui n’a pas peur de la presse ?
Charles Gave : Ménard, vous l’avez cité. Le RN aussi, les accusations comme celles qui nous ont visé, ils s’en contrefoutent, c’est presque devenu leur signature même.
Breizh info : Pensez-vous que la presse vous a assassiné ?
Charles Gave : Dans le temps, quand vous donniez une interview à un journaliste, il essayait de comprendre ce que vous aviez à dire. Aujourd’hui, son boulot c’est d’essayer de vous flinguer. Ils guettent l’erreur et la montent en épingle. Autrement dit ils sont devenus des tueurs à gages de tous ceux qui ne pensent pas comme eux et c’est pour ça que la presse mainstream est détestée partout.
Breizh info : Revenons aux municipales. Pensez-vous que la droite peut inverser la tendance en dix mois ?
Charles Gave : On va essayer de faire émerger des leaders soucieux des intérêts locaux, prêts à rompre les liens avec Paris et le flux de subventions. Ce sera néanmoins difficile.
Breizh info : La droite peut se consoler – le PS est à l ‘agonie. Stop ou encore ?
Charles Gave : Dans le fond la droite a trahi la nation et la gauche le peuple. Il y a cependant toute une partie des gens à gauche qui sont profondément patriotes. Ce sont les Gilets jaunes notamment. Ceux-là, plus personne ne leur parle à gauche. Si Mélenchon devenait intelligent – c’est beaucoup lui demander – il pourrait adopter un positionnement proche du M5S en Italie et il y aurait de l’espace pour lui. Mais il préfère continuer un discours immigrationniste et sans-frontieriste.
Breizh info : Peut-être qu’il ne peut pas. Andrea Kotarac, qui a quitté la France insoumise pour le RN en pleine campagne, nous a expliqué qu’il y avait beaucoup de sujets interdits à LFI et qu’il y avait une vraie déconnexion du terrain : quand les Gilets jaunes parlent d’urgence sociale et salariale, LFI leur répond écriture inclusive et réunions en non mixité. Qu’en pensez-vous ?
Charles Gave : Mélenchon c’est le chef des commissaires politiques, il devrait pouvoir en changer, non ?
Propos recueillis par Louis-Benoît Greffe
Crédit photo : DR
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