Roms

En visite en Roumanie, le pape François a demandé « pardon » aux Roms, au nom de l’Église catholique, pour « les discriminations, les ségrégations, les mauvais traitements » subis par ces derniers. Un rôle de victimes qui demande toutefois quelques nuances…

Pape François : des excuses face au rôle « prépondérant » des Roms

S’étant visiblement fait une spécialité de la repentance catholique à l’égard de toutes les communautés de la planète, le pape François était en visite la semaine passée en Roumanie. Dimanche 2 juin, pour la dernière des trois journées de son voyage, il s’est rendu dans un quartier pauvre de Blaj, une ville de Transylvanie, où un prêtre d’origine rom l’a accueilli.

Le pape François tenait en effet à s’adresser à la communauté rom de Roumanie. Celle-ci comprend entre un et deux millions d’individus tandis que le pays compte 20 millions d’habitants. Signalons que cette évaluation quantitative des Roms, validée par ailleurs par plusieurs sources, est largement supérieure à celle du recensement officiel roumain puisque les Roms en question ne se déclarent que rarement comme tels. Et ne sont pas non plus toujours très rigoureux sur les questions d’état civil… Par ailleurs, à l’échelle européenne,  les Roms seraient entre 10 et 12 millions (représentant ainsi 1,2 % de la population de l’UE). S’ils sont présents dans les pays voisins de la Roumanie, les grandes villes françaises en abritent également un certain nombre.

Lors de son discours, le souverain pontife a tenu à demander « pardon » aux Roms, au nom de l’Église catholique, « pour les fois où, au cours de l’histoire, nous vous avons discriminés, maltraités ou regardés de travers ». Puis, s’adressant aux fidèles locaux, le pape François à appeler les Roms à « assumer (leur) rôle prépondérant », sans « avoir peur de partager et d’offrir ces notes particulières qui (les) constituent », évoquant au passage leur sens « de la famille », de la « solidarité, de l’hospitalité (…) de la défense des plus fragiles au sein de la communauté ; la valorisation et le respect des anciens (…), la spontanéité et la joie de vivre ».

Pape François : la culpabilité en bandoulière

Poursuivant son allocution, le pape ajoute : « Je porte un poids. C’est le poids des discriminations, des ségrégations et des mauvais traitements subis par votre communauté. L’Histoire nous dit que même les chrétiens, même les catholiques, ne sont pas étrangers à tant de mal. » Une culpabilisation systématique des catholiques à laquelle Jorge Mario Bergoglio nous a désormais habitués depuis son arrivée au Vatican en 2013.

Selon lui, « c’est dans l’indifférence que se nourrissent les préjugés et que s’attisent les rancœurs ». Il n’hésite alors pas à condamner « les paroles qui blessent » et « les attitudes qui sèment la haine et créent des distances ». Mais les préjugés concernant les Roms sont-ils toujours dénués de tout fondement ?

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Camps de Roms. Source : RTL.fr

Criminalité des Roms : une réalité

Si les Roms bénéficient d’une image d’Épinal peu à leur avantage tant dans nos contrées qu’en Roumanie, pays où ils sont (relativement) marginalisés, la criminalité de cette communauté est une réalité. Même la presse française mainstream, souvent tiède dès lors qu’il faut faire un lien entre l’insécurité et ses origines, se montre moins timorée sur la question des Roms. Un article du Point de juin 2013 n’hésite pas à mentionner des « clans mafieux roms » basés dans le sud de la Roumanie. Une « pègre rom », « particulièrement active en France », qui serait spécialisée « dans la traite des êtres humains : mendicité, prostitution, exploitation des mineurs… »

La mauvaise réputation des Roms se répand même outre-Atlantique. En 2013 déjà, l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) s’inquiétait du haut taux de criminalité chez les demandeurs d’asile de la minorité rom venus de Roumanie. Des Roms qui, comme ceux venant s’installer en Europe de l’ouest, évoquent des persécutions dans leurs pays d’origine (Roumanie et Bulgarie) pour justifier leur migration vers le Canada.

Selon les chiffres de l’ASFC, en 2011, un demandeur d’asile rom adulte sur trois a été accusé d’un crime. Le pourcentage est passé à 67 % pour le dernier échantillon analysé, soit ceux entrés au Québec en avril 2012. De l’aveu des Roms arrêtés, ceux-ci s’étaient tournées vers le crime « soit par choix, ou pour rembourser des dettes reliées à leur passage clandestin au Canada ».

Cette inclinaison pour la délinquance et la criminalité, le pape François pourrait-il la justifier par « les discriminations, les ségrégations, les mauvais traitements » que l’Église catholique aurait fait subir aux Roms ? Sur son terrain de prédilection qu’est la repentance, rien n’est à exclure !

Crédit photos : DR
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