Afrique du Sud : l’enfer des fermiers blancs et le paradis des vigiles

Selon diverses études, le secteur sud-africain de la sécurité privée et des vigiles est le quatrième au monde. L’Afrique du Sud, paradis des vigiles, est aussi l’enfer des fermiers blancs et du droit. En 2017, les sud-africains ont dépensé 45 millions de rands (31,1 millions de dollars U.S.), soit un tiers de plus que les budgets cumulés de l’armée et de la police.

Les 498.435 salariés des plus de 9.000 sociétés de sécurité sont deux fois plus nombreux que les militaires (77.500 personnes) et les policiers (194.800 personnes) réunis. Il faut y ajouter 2,36 millions de vigiles au moins à temps partiel, dans un pays de 56,7 millions d’habitants.

Cette situation est liée à l’effondrement de la police et de la sécurité dans le pays : chaque jour, près de cinquante personnes y sont tuées, soit autant qu’en Somalie, en Irak et en Afghanistan – trois pays en guerre depuis des années.

Meurtres de fermiers blancs

Et ce n’est pas près de s’arranger. Zindzi Mandela, la fille de Nelson Mandela qui est aussi l’ambassadrice de l’Afrique du Sud au Danemark, a estimé sur Twitter que les blancs d’Afrique du Sud sont « les descendants des violeurs et des voleurs » ; elle a aussi appelé à ce qu’ils remettent, de force s’il le faut, les terres qu’ils exploitent à la majorité noire.

Les meurtres de fermiers blancs, encouragés par l’ANC et une scission radicale, l’EFF (6,35% aux dernières élections), ou le BLF (dont le slogan aux dernières élections était « un colon, une balle »), se multiplient. Ainsi, le 27 mai, trois noirs ont tué un jeune couple blanc en panne sur une autoroute après les avoir traités de « sales blancs ». Le 2 juin, un vigneron a été assassiné à Stellenbosch alors qu’une partie de ses terres étaient squattées depuis quelques semaines.

L’EFF a lui-même connu une scission plus radicale encore, le Black First Land First. Ce mouvement suprémaciste noir attaque presque toutes les semaines des colons blancs et organise l’installation de squatteurs sur leurs terres. Ce qui doit arriver arrive : les fermiers s’en vont, avec leurs machines et leurs compétences, et l’ancien grenier de l’Afrique s’appauvrit.

Entre milices et épuration ethnique

L’Afrique du Sud semble engagée sur la même voie que le Zimbabwe voisin. Ce pays qui a chassé les fermiers blancs voici des années s’est appauvri. Il connaît une hyperinflation que le gouvernement ne parvient pas à arrêter malgré des mesures comme l’interdiction des transactions en monnaies étrangères. Du coup, ce sont les animaux domestiques qui servent de monnaie. Ainsi, un litre de bière Castle Lager vaut une poule, et trois une chèvre. Depuis 2017 les animaux domestiques peuvent même être enregistrés comme « biens mobiles », de la même façon que les motos. Les chèvres peuvent même servir de moyen de paiement – ce qu’est aussi le cas en pratique dans d’autres pays africains.

Fin 2018, moins de 10% de la population d’Afrique du Sud était de race blanche (deux fois moins qu’il y a un siècle). Ceux qui restent côtoient la mort au quotidien, l’État les a abandonnés. La police (en majorité noire) affirme manquer d’essence et d’effectifs pour les secourir. Alors les fermiers montent des milices, suivent des cours « d’auto-défense russe » et sont tous armés. Y compris les femmes et les vieillards. Quant aux assassinats, il y en a chaque jour. Dans un pays que l’ultra-nationalisme noir conduit à la misère, les fermes des blancs restent des oasis de richesse relative pour les pillards.

Louis-Benoît Greffe

Crédit photo : Journée de commémoration de la police sud-africaine à Pretoria, photo GovernmentZA,[cc] BY-ND, Flickr
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