A peine les élections européennes étaient-elles terminées que les professionnels de la politique songeaient déjà aux municipales de mars 2020. Johanna Rolland à Nantes, Nathalie Appéré à Rennes, et François Cuillandre à Brest devront ramer pour conserver leur siège.

Vers la fin du règne des socialistes à Brest, Nantes et Rennes ?

La marche à suivre pour les élections municipales, Emmanuel Macron l’a exposé avec clarté à ses proches : « La ligne est simple. Partout où nous sommes en position de gagner, on y va. Mais, partout où il y a un risque que l’emportent le FN, la droite extrême ou la gauche radicale, il faut passer des alliances dans les listes, pratiquer une politique d’ouverture » (Le Canard enchainé, juin 2019).

Si l’on considère les trois grandes villes bretonnes – à municipalité socialiste – on constate que les marcheurs ont écrasé la concurrence de gauche (PS, Génération s, LFI). Nathalie Loiseau obtient en effet 23,24% des exprimés à Brest, 26,34% à Nantes, et 25,85% à Rennes.

Seuls les écolos lui tiennent tête : Yannick Jadot la talonne avec 18,43% à Brest, 24,35% à Nantes et 24,33% à Rennes.

Sur cette base-là, on comprend que la belle époque est révolue pour les socialistes. Aux dernières municipales, mars 2014, au premier tour, les listes conduites par le PS faisaient la course en tête : 34,51% pour Johanna Rolland à Nantes, devançant la droite (24,16%) et les écolos (14,55%). Au second tour, la dauphine de JM Ayrault l’emportait facile (56,22%) après avoir fusionné avec les écolos, alors que la droite de Laurence Garnier se contentait de 43,78%.

À Rennes, les résultats sont comparables. Au premier tour, 35,75% pour Nathalie Appéré, 30,12% pour la droite et 15,09% pour les écolos. Au deuxième tour, 55,83% pour Appéré après fusion avec les écolos et 44,17% pour la droite et le centre.

À Brest, les cartes sont distribuées différemment puisqu’il n y a pas de liste EELV. Au premier tour, celle du maire sortant, François Cuillandre, occupe la première place avec 42,46%, tandis que la droite obtient 27,65% avec Bernadette Malgorne et 9,97% avec Laurent Prunier. Au second tour, Cuillandre l’emporta avec 52,72% devant l’ancien préfet de Bretagne (47,29%).

« Personne ne pourra gagner les municipales tout seul à Rennes »

Bien entendu, avec l’émergence de LREM et la bonne forme de EEMV, le scénario de 2014 n’est plus valable. Pourtant, à ces prochaines élections municipales, aucun membre de la bande des quatre (maire sortant PS, écolos, marcheurs et droite) ne semble en mesure de l’emporter en solitaire. « Personne ne pourra gagner les municipales tout seul à Rennes » assure Bertrand plouvier, leader de la droite et du centre dans cette ville. On pourrait étendre cette constatation à Brest et à Nantes.

Dès maintenant, la question des alliances se pose. Yannick Jadot a déjà fixé la règle du jeu : « les groupes locaux d’EELV vont décider de leurs alliances en toute indépendance, la direction nationale ne leur donnant qu’un cadrage thématique. Une seule consigne sera passée : pas d’alliance avec la droite ni LREM ».

Confirmation de ce positionnement est donné par le secrétaire national d’EELV dans Ouest France, « Les alliances possibles dépendront des territoires, mais certainement pas avec la droite. Ni l’extrême droite, ni la droite conservatrice, ni la droite libérale. Donc pas d’alliance avec les macronistes. À Rennes ou à Nantes, nous conduirons probablement des listes écolo-citoyennes. Face aux majorités sortantes de gauche, nous proposerons une alternance bienveillante, et le soir du premier tour, nous verrons qui sera devant …»

En clair : on souhaite une fusion des listes écolos et PS au second tour des municipales. Combinaison indispensable pour l’emporter. Mais, comme on compte devancer la liste PS; cette fusion s’organisera autour d’EELV et non point autour du PS comme autrefois. Dans ces conditions, exit Rolland et Appéré du fauteuil de maire.

Le Nantais François de Rugy voit évidemment les choses autrement. Pour lui, Yannick Jadot devrait dire qu’il est prêt à travailler avec LREM, en particulier à l’échelon municipal : « si on veut sincèrement agir pour l’écologie, faire plus avec les citoyens, pourquoi ne pas travailler ensemble ? ».

Et le ministre de la Transition écologique et solidaire s’empresse de rappeler le dossier de NDDL – les socialistes rêvaient d’y construire un aéroport. « Si c’est pour préparer des listes séparées tout en préparant déjà à les fusionner avec celles du PS entre le premier et le deuxième tour, autant qu’ils le disent tout de suite. À Nantes, les Verts devraient logiquement se sentir plus proches de nous qui avons mis fin au projet d’aéroport à NDDL; que des socialistes qui l’ont toujours soutenu » (Ouest-France, 8-9 juin 2019).

À ce rappel historique, David Cormand, secrétaire national EELV, ajoute un rappel idéologique : « la gauche telle qu’elle existe depuis un siècle a contesté le capitalisme, mais elle a souvent accepté le productivisme, le consumérisme, la croissance aveugle, oubliant la relation à la nature et à l’environnement. Ces oublis ne sont pas des questions secondaires » (Le Fig, 8-9 juin 2019).

Delphine Bato, député et présidente de Génération écologie, va plus loin dans le Figaro du 22-23 juin : « Tous les partis cherchent un contenu écologique, mais c’est de la publicité mensongère sans rupture avec le productivisme. La social démocratie n’est plus un horizon historique. La nouvelle espérance, c’est l’écologie ».

Photos d’illustration : DR
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