Michel Disdier, pilote en NASCAR : « Daytona, un souvenir absolument fabuleux » [Interview]

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Le Niçois Michel Disdier a une particularité : il est le pilote automobile français à avoir participé au plus grand nombre de courses en NASCAR, le championnat le plus suivi des Etats-Unis.
A la recherche de sponsors pour disputer une nouvelle saison, il nous a accordé un long entretien, nous présentant son parcours, ses plus beaux souvenirs…et ses ambitions !

Breizh-info.com : Comment êtes-vous arrivé dans le monde du sport automobile ?

Michel Disdier : Depuis l’âge de 5 ou 6 ans j’ai toujours voulu être pilote automobile. Je ne réalisais pas ce que ça impliquait, j’imaginais qu’avoir un certain « talent » et un peu de travail suffirait.
Mes parents n’étaient pas du tout favorables à ce que je fasse ça, j’ai voulu commencer par le karting mais mes parents n’ont pas voulu. A 14 ans, j’ai travaillé tout un été et comme j’aimais aussi beaucoup la moto, j’ai réussi à m’en acheter une. C’est donc en motocross que j’ai commencé à participer à des compétitions. J’ai montré à mes parents que je n’étais pas fou, que je réfléchissais, que je m’organisais, que je pouvais trouver des sponsors, m’occuper de la mécanique, etc…
A 18 ans, encouragé par mes amis, j’ai été sur un circuit avec un moniteur qui pouvait me dire si j’avais « quelque chose » ou si j’étais simplement un doux rêveur. J’ai donc fait deux jours d’essais en Formule 3 au circuit-école de La Châtre, à la fois très technique et rapide. Cela s’est bien passé !

Breizh-info.com : De quelle-manière vous êtes-vous lancé dans le monde professionnel ?

Michel Disdier : J’ai commencé à courir avec beaucoup de difficultés parce que je n’avais pas du tout d’argent. J’étais cependant déjà habitué à aller chercher des sponsors lorsque je participais à des courses de moto. J’ai donc continué et participé à des épreuves partout en France dans différentes catégories, pas seulement en monoplace. J’ai aussi couru en Supertourisme, en GT. Ça m’a aussi aidé à m’adapter à la NASCAR parce que c’est difficile pour un pilote habitué uniquement aux monoplaces.  En NASCAR, les voitures sont énormes et bien plus lourdes, elles ont moins d’appuis aérodynamiques… L’adaptation a par exemple été difficile pour Kimi Räikkönen, pourtant pilote de F1, lorsqu’il a voulu essayer la NASCAR.

Breizh-info.com : Quand la NASCAR est-elle devenue un objectif pour vous ?

Michel Disdier : L’envie de la NASCAR est arrivée en 1999, à un moment de ma carrière où je venais de faire un test en Formule 3000.
En tant que Français, c’est plutôt à la Formule 1 et ses sous-catégories que nous sommes habitués, je ne connaissais donc pas tant la NASCAR que ça. J’avais vu le film Jour de Tonnerre avec Tom Cruise étant gamin mais je n’avais même pas forcément réalisé ce que c’était et ce que ça représentait. C’est tout simplement le 1er championnat automobile aux Etats-Unis, très loin devant l’IndyCar !

Ce test avait lieu en lever de rideau d’une course de F1, il y avait des pré-qualifications avec beaucoup d’équipes, ça ouvrait la porte à des pilotes ayant moins d’argent. Mais la FIA (Fédération Internationale de l’Automobile) a changé les règles. Il fallait désormais payer 60% du budget 6 mois avant le début de la saison, il y avait moins de voitures, et alors que j’avais signé un contrat avec une bonne équipe italienne, on n’a financièrement pas pu suivre les nouvelles demandes financières. C’était injuste, ça m’a un peu éreinté et je me suis demandé vers quoi m’orienter en tant que pilote professionnel.
Je me suis d’abord rapproché de la Indy Lights, la Formule 3000 américaine, avec Eric Bachelart, qui avait une équipe qui s’appelait Conquest Racing. Mais j’ai découvert l’univers de la NASCAR, c’était un challenge intéressant, avec tout un univers passionnant autour, des fans, des grosses voitures… ça m’a vraiment attiré ! J’avais aussi toujours été attiré par les Etats-Unis.

Le film Jour de tonnerre (1990), avec Tom Cruise, a inspiré Michel Disdier

Breizh-info.com : Comment s’est passée votre intégration ?

Michel Disdier : J’étais le seul Français et même le seul Européen, j’ai entendu beaucoup de critiques de gens qui disaient que c’était impossible mais les contacts que j’ai eus avec les dirigeants de la NASCAR ont tout de suite été ultra-positifs. Ils m’ont poussé et m’ont facilité l’accès, j’ai été invité en 2002 ou 2003 au Homestead-Miami Speedway pour la dernière épreuve du championnat. J’ai eu une confirmation de ce que je ressentais en allant là-bas, en rencontrant des patrons d’équipe comme Joe Gibbs, l’un des plus respectés, un « Jean Todt » de la NASCAR. Il m’a reçu, donné son numéro de téléphone portable, proposé de l’aide…j’ai trouvé ça dingue que les gens soient aussi sympathiques, passionnés et ouverts !

Breizh-info.com : Pouvez-vous présenter la NASCAR à nos lecteurs qui ne connaîtraient pas ce championnat ?

Michel Disdier : Il y a énormément de participants, beaucoup plus qu’en Formule 1, puisqu’il y a 3 séries nationales. Une qui court le vendredi, une le samedi et une le dimanche. C’est comme si vous aviez trois séries de Formule 1 mais avec des châssis et des réglages un peu différents.
En dessous de ça, vous avez aussi une dizaine de séries. C’est très compliqué à expliquer, les gens pensent que la NASCAR  se résume à un championnat mais il y a trois championnats nationaux et une dizaine de régionaux qui sont également très importants vu la taille des Etats-Unis.
En série nationale, il y a une quarantaine de pilotes par course mais soixante-cinq aux pré-qualifications. Ça fait beaucoup de concurrence !
Il faut parcourir une distance, ça va de 250 miles (environ 400 kilomètres) à 600 miles (965 kilomètres).

Quand Michel Disdier fait briller les couleurs de la France en Amérique

Breizh-info.com : Quelle est la plus belle course à laquelle vous ayez participé ?

Michel Disdier : J’ai participé à beaucoup d’épreuves mais c’est vrai qu’une course comme celle de Daytona est l’une des plus mythiques aux Etats-Unis. Il y a les 500 miles d’Indianapolis en IndyCar mais la Daytona 500 est le Superbowl de la NASCAR, tout pilote veut la gagner une fois dans sa vie. Il y a une ambiance incroyable, on a plus d’un million de spectateurs sur toute la durée de l’événement et 250 000 le jour de la course. Il n’y a plus une place disponible, et 30 à 40 millions de gens regardent la course à la télévision. C’est absolument pharaonique ! C’est une piste qui fait rêver, immense, relevée avec des virages à plus de 30°, c’est de la vitesse pure, on est à fond tout au long. On se double grâce aux inspirations. On est en moyenne à 320 km/h avec des pointes à 360, ce qui devient très rare en Europe même en F1. Je n’avais jamais atteint de telles vitesses auparavant.

Breizh-info.com : Quels résultats avez-vous obtenus ?

Michel Disdier : A ma première course à Daytona en 2013, j’ai fait le meilleur temps des essais. C’est un souvenir absolument fabuleux, c’était en plus à un moment difficile puisque j’avais couru jusqu’en 2009, puis nous avons été touchés par la crise économique. C’était impossible de trouver des sponsors et j’avais dû rentrer en France. On s’est dit que plutôt que de participer à beaucoup d’épreuves moins réputées, nous allions nous attaquer à la plus magique.
On a donc fait le meilleur temps et ça nous a vraiment remis en selle. En course, ça s’était bien passé au début puis il y a eu un gros carton au 15ème tour, j’ai pris un débris sur le pare-chocs avant qui a provoqué une énorme prise d’air. Dès que j’essayais de doubler,  je perdais en vitesse et j’ai dû rester dans le peloton. On a quand même fini 11ème alors qu’à la base, on partait pour la terminer, puisque finir Daytona est déjà un challenge.
On a fait de bons résultats à chaque fois qu’on y est retourné. A ma dernière participation, en 2016, on est rentré dans le top 10 avec une voiture vraiment difficile et des problèmes de moteur, on a évité un gros crash à la fin. C’était magique, surtout qu’il y avait beaucoup de gens qui étaient venus nous voir de France, de Suisse et de Belgique pour nous encourager. On a des photos et même une vidéo puisqu’à la fin de la course, on s’est mis à chanter la Marseillaise et un journaliste américain a filmé la scène. Les Américains sont très patriotiques donc je pense qu’ils comprennent !

Michel Disdier et la délégation française à Daytona en 2016

Breizh-info.com : Etre Français était-il un obstacle et les performances de votre compatriote Sébastien Bourdais ont-elles fait changer le regard des Américains sur vous ?

Michel Disdier : Je suis allé à ma première épreuve de NASCAR en 2002 et il y a eu la guerre en Irak un an plus tard, Jacques Chirac avait refusé d’y soutenir les Américains et il y avait donc eu quelques tensions, même si ça n’avait pas duré très longtemps.
Puis Sébastien est arrivé en Champ Car (championnat qui fut « absorbé » par l’IndyCar en 2008), ça a très bien marché puisqu’il a remporté quatre fois le championnat et en plus il était soutenu par Paul Newman. On s’est parlé au téléphone juste avant qu’il signe chez Toro Rosso en Formule 1, il avait été très sympa, il m’avait donné quelques conseils pour piloter sur les pistes ovales, très rapides et compliquées.
Le fait que Sébastien réussisse et soit apprécié du public américain ne pouvait être qu’un plus mais la NASCAR et l’IndyCar sont deux mondes différents. Je vais peut-être en choquer certains mais à part les 500 miles d’Indianapolis, course suivie par beaucoup de monde, le reste du championnat est très peu suivi à l’étranger et même aux Etats-Unis. Là-bas ils aiment la NASCAR, c’est le deuxième championnat professionnel le plus suivi après la NFL.

Breizh-info.com : Participez-vous encore à des courses et quels sont vos projets ?

Michel Disdier : Après 2009, année difficile comme vous l’avez compris, j’ai dû rentrer en France.
Ensuite nous nous sommes focalisés sur Daytona, puis l’année dernière nous avons fait Las Vegas,  une course réputée plus difficile encore. Ça faisait deux ans que je n’avais pas roulé, j’ai signé avec une nouvelle équipe pour l’occasion, découvert une nouvelle voiture, un nouveau moteur et de nouveaux mécanos. Mais après seize tours d’essais libres, je me suis retrouvé à 6 dixièmes de Kyle Busch qui était dans une voiture d’usine, qui était chez lui, qui était champion. On s’est dit « merde, il se passe un truc ! »
Dorénavant l’objectif est de trouver des partenaires qui nous permettent de faire au minimum dix épreuves afin d’avoir le temps de connaître l’équipe et les mécaniciens et obtenir des résultats.
Cela va prendre un peu plus de temps que de finaliser un contrat pour une ou deux courses mais on n’a plus rien à prouver sur ce genre de défis.
Si on fait dix courses, soit une saison complète, on aura tellement de visibilité dans les médias que cela nous aidera à attirer d’autres sponsors.
Nous travaillons entre passionnés alors je ne m’inquiète pas !

Le pilote dans son bolide

Breizh-info.com : Avez-vous déjà envisagé de courir en France, notamment aux 24 heures du Mans ?

Michel Disdier : Bien sûr, les 24 heures du Mans font partie des épreuves mythiques que tout pilote a envie de faire une fois dans sa vie, tout comme le rallye de Monte Carlo et le Paris-Dakar.
Nous avons eu un projet concret pour Le Mans en 2010/2011 avec une équipe sud-africaine. Nous étions trois pilotes français pour développer une LMP2. On est parti là-bas pour développer l’auto, on est revenu pour la présenter au Mans mais c’était juste avant la mort de Nelson Mandela et comme c’est le gouvernement qui devait financer le projet, nous nous sommes retrouvés avec des blocages politiques. Nous avions des promesses de financement mais l’argent n’arrivait pas.
Pierre Fillon, le directeur des 24 heures, était venu voir la voiture, tout comme l’ancien ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, et de nombreux ambassadeurs africains.
Après cette aventure nous nous sommes reconcentrés sur la NASCAR
Si j’atteins les objectifs que je me suis fixés en NASCAR , ce sera plus facile de trouver une équipe pour faire cette course.

Propos recueillis par Alexandre Rivet

Crédit photos : Nicolas Pillisser et Michel Disdier « a frenchman in Nascar »
[cc] Breizh-info.com, 2019, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine – V

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