Plus de deux mois après la fusillade qui a coûté la vie à un employé d’un bar à chicha de la rue du Maréchal-Joffre (quartier Saint-Clément) le 23 avril dernier à Nantes, les autorités restent particulièrement mutiques sur la fusillade et le motif. Cinq interpellations en lien avec les faits ont pourtant eu lieu. Et nous avons reçu des témoignages à ce sujet.

Il apparaît clair que la victime, Mancef Mjidou, a « pris une balle perdue et y était pour rien », estime un riverain qui l’a bien connu. Mancef a été inhumé à Fès (Maroc), d’où sa famille était originaire. Moins de 200 personnes – ce qui est peu compte tenu du ramdam médiatique – ont participé à une « marche blanche pour mettre fin à la guerre contre les quartiers ». Un proche du dossier explique la faible affluence : « cette guerre est liée à la drogue, et ça fait vivre beaucoup de monde. Bien plus que les trafiquants seuls. Dans certains quartiers, peu de gens ont intérêt à ce que le trafic s’arrête ».

Bellevue, Beaulieu et Malakoff

Une autre fusillade avait eu lieu la veille à Bellevue [voir la vidéo exclusive Breizh-Info]. Les mêmes véhicules – un scooter Tmax et une Audi – avaient été vus. Suite à ces événements, deux hommes ont été mis en examen pour tentative de meurtre en bande organisée, association de malfaiteurs, acquisition illégale d’armes de catégories A et B, et placés en détention provisoire. Une femme a été placée sous contrôle judiciaire pour les deux derniers chefs d’accusation. Selon les autorités, ils auraient été interpellés en lien avec la fusillade de Bellevue et non avec l’homicide de la rue du Maréchal-Joffre.

Les interpellations ont eu lieu dans la nuit du 26 au 27 avril rue Pitre de Lisle du Dréneuc, dans le quartier « sensible » de Beaulieu, à quelques centaines de mètres du conseil Régional, et cinq scooters dont deux T-Max ont par la suite été saisis dans cette rue par la police et emmenés pour expertises. Peu après, dans la nuit du 6 au 7 mai, vers 3 heures du matin, sept impacts de 22 LR ont atterri dans une porte et l’interphone d’un immeuble situé rue Pergeline, non loin du lieu des interpellations.

Depuis, nous avons reçu le témoignage d’une habitante de Malakoff, qui préfère rester discrète. « Ni Mancef ni le propriétaire du bar à chicha n’étaient visés, contrairement à ce que certains peuvent dire. Les tireurs visaient les gars du quartier [de Malakoff] qui se retrouvent dans cette chicha ». Motif ? « Il y a eu des gars de Malakoff qui sont allés peu avant à Bellevue faire une fusillade place des Lauriers, juste parce qu’ils en avaient envie. Mais ils n’ont pas prévu que les gars de Bellevue allaient se défendre et mettre le paquet ».

La clé de l’affaire place des Lauriers ?

Outre la mésentente historique entre les délinquants de Bellevue et de Malakoff, la place des Lauriers est aussi un point de deal très juteux, comme le montre cette vidéo qui circule sur les réseaux sociaux. Ce qui n’étonne guère ce policier nantais chevronné. « Place des Lauriers, y a des règlements de comptes souvent, effectivement liés à la drogue. Et puis des délinquants de Malakoff sont allés se mettre au vert depuis plusieurs années en traversant la Loire pour s’installer à Beaulieu, c’est juste à côté ».

Du reste, la réaction des délinquants de Bellevue ne l’étonne pas : « dans un quartier, quand il y a un lieu de deal, la tête de réseau – qui est de plus en plus jeune, c’est bien rodé et plus ils sont jeunes, moins ils risquent sur le plan judiciaire – paye les mutuelles et les voyages au bled aux familles de ses ‘’employés’’, c’est de l’argent sur lequel personne ne crache, et puis les profits sont suffisamment juteux pour acheter le silence de tous. C’est aussi de l’argent qui se retrouve dans les commerces du quartier. Si quelqu’un d’un autre quartier vient s’attaquer au point de deal, la distribution d’argent peut se tarir, tout le quartier fait front face à l’intrus ».

Louis Moulin

Crédit photo : quartier Beaulieu vu de Malakoff à Nantes, DR
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