Fariba Adelkhah, anthropologue et chercheuse à l’institut Sciences Po de Paris, a été arrêtée en Iran sur des accusations d’espionnage. Cette arrestation est l’ultime tentative du régime de Téhéran pour faire pression sur les Etats Européens afin d’obtenir la libération du diplomate iranien emprisonné en Belgique pour avoir planifié un attentat à Paris en 2018.

Fariba Adelkhah a la double nationalité iranienne et française. Elle est chargée de recherche à Sciences Po à Paris. Son arrestation a eu lieu juste avant qu’un conseiller du président français Emmanuel Macron se rende à Téhéran pour sauver l’accord nucléaire multinational de 2015 sur le nucléaire iranien.

Ali Rabiei, le porte-parole du gouvernement iranien, a déclaré qu’il avait eu vent de cette arrestation mais ne savait pas qui l’avait menée. Cette expression des politiciens iraniens est bien connue des spécialistes de la République islamique. En effet, c’est ainsi que les porte-parole iraniens évoquent généralement les opérations menées par l’unité de renseignement du Corps de la Garde révolutionnaire islamique.

Cette arrestation intervient dans un contexte de vives tensions entre Téhéran et les pays occidentaux. Dès lors, il est clair que Fariba Adelkhah n’a pas été arrêtée. Elle a été prise en otage par le régime iranien pour peser sur la médiation française. Depuis plus 40 ans, le régime iranien utilise un style diplomatique basé sur la terreur. Pour mettre encore plus de pression, l’Iran a même refusé l’accès des diplomates français à Adelkhah.

Même si la France appelle les autorités iraniennes à faire la lumière sur la situation de Mme Adelkhah et à réitérer ses demandes, en particulier l’autorisation d’obtenir un accès consulaire sans délai, le régime de Téhéran reste totalement silencieux et n’apporte aucune réponse satisfaisante à ces demandes.

L’Iran emprisonne les doubles nationaux comme monnaie de négociation. Parmi eux figurent Siamak Namazi, un américano-iranien, Nazanin Zaghari-Ratcliffe, un anglo-iranien, et le docteur iranien, Ahmad Reza Jalali.

Selon un rapport de Reuters, au moins 30 personnes ayant la double nationalité ont été arrêtées en Iran depuis la signature de l’accord nucléaire en juillet 2015.

La prise en otage est un exercice politique classique du régime des mollahs mais aussi une forme de pression contre d’autres pays. Depuis le début de la révolution islamique de 1979, la double nationalité et les étrangers ont été utilisés comme monnaie de négociation dans les accords politiques et diplomatiques avec les puissances occidentales. Cette forme de diplomatie basée sur la violence et la terreur constitue l’un des piliers de la politique étrangère des mollahs.

Cette prise d’otage n’est pas sans rappeler celle de Clotilde Reiss. Une étudiante française qui avait été arrêtée pour espionnage en juillet 2009 alors qu’elle rédigeait sa thèse de maîtrise en Iran. Sa libération en mai 2010 a été suivie par la libération d’Ali Vakili Rad, qui était emprisonné en France pour l’assassinat de Chapour Bakhtiar, ancien Premier ministre iranien. Un énième exemple de la politique de complaisance du gouvernement français.

Cette dernière prise d’otage vise certainement à faire libérer le diplomate iranien Assadi, emprisonné en Belgique pour avoir planifié l’attentat de Villepinte contre l’OMPI en 2018, la principale organisation de résistance iranienne.

Cette stratégie diplomatique iranienne impitoyable est le résultat de 40 ans de politique de complaisance avec le régime des mollahs. Et l’Iran de continuer à mener à bien sa politique de terreur mettant à mal la configuration géopolitique. Il est temps de mettre un terme à cette politique de complaisance et pour les Etats de faire face à leurs responsabilités.

Hamid Enayat

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