Brexit. Un « No-deal » entraînerait une vague de chaos pour les entreprises alimentaires opérant à la frontière irlandaise

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Les experts en matière de politique alimentaire tirent le signal d’alarme : dans le cadre du Brexit, une sortie de l’UE sans accord pourrait entraîner un accroissement des coûts et des formalités administratives pour les entreprises alimentaires opérant en Irlande du Nord et en République d’Irlande, avec un impact négatif probable sur les consommateurs et la santé publique.

Selon un nouveau rapport, publié dans le cadre de la série « Food Brexit Briefing » du groupe de travail Food Research Collaboration basé à City University of London, un Brexit sans accord pourrait conduire à un bouleversement de l’approvisionnement alimentaire en Irlande, en raison de contrôles douaniers sur les aliments importés en Irlande depuis le Royaume-Uni. En effet, la République d’Irlande est dans l’obligation légale d’imposer des contrôles du côté irlandais de la frontière.

Le Docteur Rosalind Sharpe, du groupe de travail Food Research Collaboration, a déclaré :

« Depuis l’accord du Vendredi saint (Good Friday Agreement), les secteurs alimentaires se sont bien intégrés des deux côtés de la frontière. Les exploitations agricoles et les entreprises alimentaires, quelle que soit leur taille, ont besoin de pouvoir expédier facilement des produits de l’autre côté de la frontière. Un Brexit sans accord leur couperait l’herbe sous le pied. Certaines d’entre elles pourraient faire faillite en l’espace de quelques jours. »

Gary McFarlane, Directeur du Chartered Institute of Environmental Health Northern Ireland (Institut agréé pour la santé environnementale en Irlande du Nord), a annoncé :

« C’est un sérieux problème, aussi bien pour les entreprises alimentaires que pour les autorités publiques en Irlande du Nord. Il n’existe à l’heure actuelle pas assez de ressources ni de professionnels qualifiés pour aider les très nombreuses entreprises qui seront touchées par le Brexit à gérer les documents nécessaires au commerce transfrontalier. Sans ces ressources, elles risquent de perdre ce marché. Et cela mettra en péril leur viabilité à long terme, avec tout ce que cela implique. »

L’exemple des sandwichs…

Par exemple, pour un fabricant de sandwichs qui produirait cinq sortes de sandwichs à base de produits d’origine animale (tels que le beurre, le fromage, le poisson ou la viande) et qui les exporterait quotidiennement dans 20 points de vente différents de l’autre côté de la frontière, cela signifierait obtenir une centaine de certificats chaque jour. En effet, les aliments contenant des produits d’origine animale devront être accompagnés d’un certificat sanitaire d’exportation, rempli par l’exportateur, et validé et contresigné par un vétérinaire ou responsable de l’hygiène de l’environnement, qui devront à leur tour examiner les produits pour vérifier leur conformité. Ni les petites entreprises alimentaires concernées ni les organisations publiques impliquées, que ce soit les conseils municipaux ou le Ministère de l’Agriculture, de l’Environnement et des Affaires rurales (DAREA) de l’Irlande du Nord ne disposent actuellement des capacités et des ressources nécessaires pour faire face à la situation.

Le rapport avertit également que la hausse des prix et la restriction de l’approvisionnement risquent de concerner principalement les fruits et les légumes, aliments qu’il est recommandé de consommer davantage.

Selon le Professeur Tim Lang, du Centre for Food Policy de la City University of London

« Peu d’attention a été accordée aux conséquences d’un Brexit sans accord sur la circulation d’aliments en provenance et à destination de l’île d’Irlande, et absolument aucune attention n’a été prêtée à l’impact d’un tel Brexit sur l’importation de fruits et de légumes en Irlande du Nord. Ils sont pourtant d’une importance vitale. Une rupture de l’approvisionnement constitue un risque pour la santé publique et doit être évitée. »

Selon le professeur Erik Millstone, de l’Université de Sussex :

« Un Brexit sans accord met en péril la sécurité alimentaire au Royaume-Uni, mais c’est sur l’Irlande du Nord que pèsera la plus grande menace. Une frontière dure entraverait la circulation de matières premières et de produits, ce qui entraînerait une hausse des prix et une réduction de l’approvisionnement des deux côtés de la frontière.  Cela risquerait de mettre en péril la viabilité financière des fermiers et des entreprises alimentaires, et conduirait à une hausse des prix et à une détérioration du régime alimentaire des consommateurs, en particulier dans les foyers les plus pauvres. »

Les auteurs appellent le gouvernement du Royaume-Uni à reconnaître l’importance des flux alimentaires entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande. Ils préconisent qu’un Brexit sans accord soit évité, qu’un gouvernement et une gouvernance efficaces soient mis en place en Irlande du Nord avant le 31 octobre et qu’un soutien financier soit apporté aux autorités locales en Irlande du Nord afin de faire face aux conséquences sur les consommateurs et les entreprises.

Crédit photo : DR
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