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Jean Messiha est un haut fonctionnaire de la République française, engagé au RN et membre du bureau national, il occupe actuellement la fonction de délégué national aux études. Très sollicité actuellement sur les plateaux de télévision afin de commenter l’actualité politique et sociétale, il a tout de même accepté de nous répondre, afin de revenir sur quelques sujets fondamentaux (immigration, République française, Emmanuel Macron, Municipales, GAFA). Sans langue de bois, bien évidemment.

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Breizh-info.com : On vous voit actuellement beaucoup sur les plateaux de télévision en cette rentrée politique. Auriez-vous un rôle de plus en plus important au sein du Rassemblement national ?

Jean Messiha : Ce n’est pas le RN qui fait l’agenda médiatique, mais les médias. Ils invitent ceux qui ont le plus d’audience, le plus de chance d’être regardés. Ce n’est ni le RN ni les cadres qui appellent les médias. En ce qui me concerne, ma présence médiatique est exorbitante au regard de ce que je représente dans la vraie vie. Je ne suis qu’un cadre d’un parti politique, fut-il le plus grand de France.

Mais je pense que la classe médiatique est intriguée par un parcours comme le mien. Je suis un bug dans leur logiciel.

Breizh-info.com : Du fait de vos origines égyptiennes ?

Jean Messiha : Exactement. Je casse beaucoup de codes. Pour eux, un Français d’origine immigrée doit rester tranquillement au sein de l’enclos électoral de gauche, qui fait des Français d’origine immigrée un objet dont on doit solliciter le suffrage plutôt qu’un sujet qui a le libre choix d’aller vers la sensibilité politique qu’il souhaite. Me concernant je suis Français, très patriote, très national dans mon cœur.

Concernant le RN, l’idée qui court dans les médias est celle qu’il serait composé de gens pas sérieux, bas du front… Là ils ont face à eux quelqu’un qui a fait 13 ans d’études après le baccalauréat et qui a passé l’un des concours les plus difficiles de la République française (concours de l’ENA). Donc je dirais qu’à la fois dans ma trajectoire, y compris académique et professionnelle, quelque chose cloche, les intrigue. Ils tournent pour trouver une parade ou un antidote, mais n’ont toujours pas trouvé.

« On intègre des individus, pas des peuples entiers »

Breizh-info.com : Vous n’êtes pas réputé pour manier la langue de bois sur les questions qui fâchent, notamment celle de l’immigration. Mais quelles sont les actions concrètes à mettre en œuvre concernant ce sujet ? Il semblerait que le phénomène migratoire s’accélère. N’y a-t-il pas le risque que cela devienne impossible à résorber ?

Jean Messiha : Quelque part, la manière dont j’exprime les choses n’est que le reflet du vécu des Français. C’est ce qui plaît. On reproche parfois des mots brutaux comme lors du discours de rentrée de Marine Le Pen. Mais ce ne sont pas les mots qui sont brutaux. C’est la réalité que vivent les Français qui est brutale. Les Français aiment voir des gens qui, en disant la vérité qu’ils vivent, ont plus de chance d’y remédier.

Si déjà dans l’expression de la réalité, vous êtes, au mieux dans le trucage, au pire dans la négation, vous avez peu de chance de pouvoir y remédier. On fait confiance à quelqu’un qui déjà établit le bon diagnostic. Derrière, on l’estime plus capable d’y apporter des solutions.

Concernant l’immigration, celle dont je suis issue n’a rien à voir, strictement, avec celle des 10-20 dernières années. Dans les années 70, il y avait une immigration de travail, pas la même qu’aujourd’hui. Ils faisaient des contrats de 2-3 ans, retournaient au pays ensuite et étaient remplacés. Cela coûtait cher au patronat qui les importait. Car les grands patrons formaient, donc payaient, et ensuite voyaient les ouvriers, rentrés au pays, remplacés par d’autres qu’ils allaient devoir former de nouveau. D’où leur idée du regroupement familial vendue à Valéry Giscard D’Estaing. C’était purement économique, pour restreindre les coûts. Dans les années 70, cette notion de coût était de plus en plus prégnante, car c’était l’ouverture internationale, la mondialisation, la compétitivité. Le coût du travail était comparé à celui à l’étranger.

Dès le départ, cette immigration qui s’est massifiée par la suite n’était qu’économique. Elle visait simplement à réduire les coûts. On a fait rester celle des années 70 pour avoir un retour sur investissement, puis on a continué et amplifié le mouvement pour des questions de salaires. On a cherché, mondialisation et concurrence acharnée obligent, à faire que les marchandises nationales soient produites dans les mêmes conditions que celles qui concurrençaient le grand patronat à l’époque. Ainsi, l’immigration est devenue la variable permettant de baisser le coût du travail en permanence, et le coût de production, pour pouvoir se maintenir dans la compétition internationale.

À côté de cela, il y avait une immigration infime, dont je suis le fruit. Une immigration de compétence. Ma mère était chimiste, et on est venu la chercher en Égypte, car la France manquait de chimistes. C’était à l’époque où la France avait encore une vision de son intérêt national.

Aujourd’hui l’immigration est purement économique. On ne veut pas intégrer, encore moins assimiler et cela devient de toute façon impossible, car ils sont trop nombreux. On intègre des individus, pas des peuples entiers.

Les élites n’ont plus conscience de ce qu’est la France, l’intérêt national. Tout leur discours sur l »intégration n’est quantitativement plus possible, ni qualitativement. Nos dirigeants eux-mêmes ne croient plus en la France donc ils ne peuvent pas assimiler des gens à ce à quoi eux-mêmes ne croient pas.

Je pense qu’il y a une bonne immigration et une mauvaise immigration. Si demain, le RN arrive au pouvoir et que nous mettons fin à l’expansion des communautarismes. Si nous remettons en place la France dans une partie des territoires et des zones dont aujourd’hui elle est chassée, si on met en place l’identité nationale, et l’intérêt national, en expliquant que les gens n’ont comme choix que de se soumettre ou de se démettre selon la formule consacrée, vous allez voir. Beaucoup de gens comme moi, qui aujourd’hui sont des Français honteux (d’origine étrangère ou pas), vous diront qu’ils n’attendaient que cela. Que nous remettions de l’ordre. Ils nous diront merci. Ces gens-là, nous leur tendons la main à ceux qui aiment la France. Je reçois un grand nombre de messages de Français d’origine immigrée pour qui la France représente quelque chose, qui me félicitent, qui me disent avoir retrouvé de l’espoir.

Évidemment, vous avez aussi une immigration qui, une fois qu’on aura fait cela, ne se sentira plus chez elle. Nous dira que cela ne convient pas. Nous leur dirons que nous ne changerons rien : « ou bien vous êtes Français dans votre nationalité et dans votre identité, ou bien c’est à vous d’en tirer les conclusions. Nous ne changerons pas ». 

Aujourd’hui, l’idée même de la France paraît insupportable à une proportion non négligeable de Français d’origine étrangère, mais également à une proportion de Français de souche qui ont pratiqué depuis 40 ans la haine de soi. Il faut comprendre que la mécanique de retour de la France décidera qui est Français et qui ne l’est pas. Ceux qui adhéreront au retour de la France, aux valeurs de la France, sur tous les territoires, dans toutes les écoles, dans tout l’espace public, aucun problème.

Par contre, un sondage disait que 30 % des Français musulmans considéraient que la loi islamique était au-dessus des valeurs de la République. Typiquement, quand la France redeviendra la France, ce sera à eux de tirer les conclusions, car nous n’avons pas l’intention d’appliquer la charia.

« Il y a un mécanisme anti-national qui dirige la France »

Breizh-info.com : Vous évoquez souvent votre assimilation à la France. Mais pensez-vous réellement que des millions d’extra-Européens comme il y en a déjà sur le sol français peuvent s’assimiler à notre culture et à notre civilisation ? Si demain il y a 20 millions de Jean Messiha qui se disent Français, est-ce encore la France ? N’y a-t-il pas une forme d’incohérence à vouloir assimiler un nombre aussi important d’individus ?

Jean Messiha : C’est un fantasme. Comme disait un poète marxiste, « à partir d’un certain nombre, la quantité devient qualité ». Il est impossible d’importer les chiffres que vous évoquez en France, en pensant que ces gens-là vont devenir Français. On ne se sent pas Français automatiquement. Moi quand je suis arrivé en France je ne me suis pas senti Français comme ça. Vous parlez d’une génération spontanée quand en réalité il s’agit d’un processus et d’une dynamique. Mon assimilation à la France ne s’est pas faite d’un coup de baguette magique. Une maîtresse d’école m’a appris le français, puis les jésuites qui m’ont donné la rhétorique, l’art de réfléchir, les humanités, puis des lectures personnelles. Je suis arrivé en France à 8 ans, mais me suis senti véritablement Français vers 16-17 ans, une fois que j’avais emmagasiné la France.

Si aujourd’hui vous avez 20 millions d’immigrés qui débarquent, ils ne vont pas vous dire du jour au lendemain : « nous étions hier Africains, aujourd’hui nous nous découvrons Français ». Ce processus d’assimilation à la France ne peut fonctionner que si l’immigration est homéopathique.

Breizh-info.com : Oui, mais je vous parlais aussi des millions de personnes d’origine extra-européenne qui sont déjà sur le sol français, avec des papiers français…

Jean Messiha : Vous pouvez être en France sans être Français. Et même Français administrativement sans être un Français identitairement, ou culturellement. Non seulement, la matrice, le pouvoir dirigeant la France ne veut plus que les gens s’intègrent ou s’assimilent à la France, mais au contraire, il veut les maintenir dans un état d’étrangeté permanent. C’est presque la classe d’être étranger. Je me souviens de gens qui me disaient : « attends, tu as de la chance d’être étranger et tu te revendiques Français ? » Il y a un mécanisme anti-national qui dirige la France, qui apprend aux Français à avoir honte de qui ils sont et à ceux qui arrivent à refuser de s’intégrer ou de s’assimiler.

Breizh-info.com : Marine Le Pen ne fait-elle pas une erreur en ajoutant potentiellement à l’immigration en reconnaissant Mayotte département français, alors même que ce territoire déborde, croule, sous l’immigration ?

Jean Messiha : Non. La France doit être présente partout où elle est. Mayotte a choisi d’être française. Le problème n’est pas Mayotte, mais c’est que ce qui se passe à Mayotte n’est qu’une loupe grossissante de ce qui se passe ou se passera en France. On a sous nos yeux la conséquence locale du laxisme migratoire. Mayotte est un territoire où les gens sont Français, et où ils sont les premiers à lutter contre la submersion migratoire. Ce n’est pas un problème de territoire. La France ultra-marine n’est pas une France blanche. Et la France métropolitaine doit rester ce qu’elle a toujours été, majoritairement.

Breizh-info.com : Vous disiez sur RT France récemment que le macronisme, c’était le déracinement. Mais la République française, dans son essence universaliste, cette République que vous défendez, elle, par ailleurs, n’est-elle pas l’incarnation même du déracinement ? 

Jean Messiha : Je ne le crois pas. La grande erreur, c’est qu’aujourd’hui on nous parle de République, de valeurs de la République. Mais la République, si elle ne s’enracine pas dans la France, ne signifie rien. Vous avez une République islamique en Iran. Une République populaire de Chine qui est une dictature. Parler des valeurs de la République, sans la qualifier, c’est ça le déracinement.

La République est un des régimes politiques qui gouverne la France, qui a été d’ailleurs majoritairement une monarchie à travers l’histoire jusqu’à 1789. Mais si vous n’imbriquez pas la République dans la France, les valeurs de la République ne signifient rien. Nous, nous associons de manière consubstantielle, la notion de République et celle de France. La République française s’enracine en France. Elle puise sa sève dans l’histoire de France, dans sa culture, son identité. Si vous décapitez le terme français de l’expression République française, là ça devient du déracinement, et c’est ce que fait Macron.

« Les nouvelles lois vont remplacer le juge par les GAFA »

Breizh-info.com : Oui, mais à partir du moment où l’on proclame que la République française ne reconnaît ni les races, ni les cultures, ni les religions, ni les ethnies… n’y a-t-il pas cette notion de négation de l’identité de l’individu, d’indifférenciation ?

Jean Messiha : Le problème n’est pas philosophique, mais politique. La République depuis 1789, même la IIIe République, a eu de grands accomplissements. La République n’est qu’un contenant. Le contenu, c’est aux générations qui se succèdent à sa tête de l’y mettre. Qui oserait dire que le régime du général de Gaulle était un mauvais régime ? Pourquoi, parce que le contenu, la vision qu’il avait de la France, était une vision nationale, de la grandeur de la France, de sa place dans le monde.

Demain, si vous avez à nouveau un pouvoir national, un pouvoir qui pense l’intérêt national, il va réactiver le qualificatif français après le mot République, et là le problème ne se posera plus.

C’est trop facile, lorsque la France cesse d’être la France, d’accabler les institutions. En réalité, ce ne sont pas les institutions qu’il faut accabler, mais ceux qui président à la destinée de notre pays et qui nous ont menés au capharnaüm dans lequel nous sommes aujourd’hui.

Breizh-info.com : La presse alternative et indépendante est actuellement sous les feux nourris de la censure des GAFA notamment, mais aussi des gouvernements. Est-ce une source d’inquiétude pour le politique que vous êtes ?

Jean Messiha :  Évidemment. Ce qui ennuie les pouvoirs en place aujourd’hui, c’est l’exemple de Trump. Le pouvoir en place pensait avoir verrouillé l’ensemble des médias et grâce aux réseaux sociaux qui permettent l’émergence de partis, de personnalités, il n’en a pas été ainsi et Trump a gagné. C’est l’exemple absolu de ce que permettent des réseaux sociaux libres en matière de contre-pouvoir.

En France, 90 % des médias appartiennent à 8 ou 9 personnes qui ont tables ouvertes à la présidence de la République, auprès des ministres. La collusion entre monde politique et médiatique est dangereuse. Ce ne sont pas forcément les journalistes eux-mêmes, mais les propriétaires de ces journaux, de ces télévisions. Ils ont compris la leçon.

Sous le prétexte de la liberté, de la lutte contre la haine – les plus grandes tyrannies se drapent toujours des oripeaux du bien – ils cherchent à museler les réseaux sociaux. J’ai été moi-même victime de censure sur les réseaux sociaux. Au départ, la liberté d’expression était garantie par la loi. Seul un juge pouvait dire ce qui est légal ou illégal en matière de liberté d’expression. Les nouvelles lois vont remplacer le juge par les GAFA. C’est une dérive dangereuse. Le pouvoir en place cherche à protéger son pré carré en limitant les capacités d’action et d’expression à travers les réseaux sociaux.

Breizh-info.com : Quelles perspectives dressez-vous pour les prochaines municipales, notamment dans les grandes métropoles qui semblent fuir le Rassemblement national ? Un haut-fonctionnaire comme vous, une personnalité intellectuellement supérieure comme Hervé Juvin, n’ont-elles pas l’impression de « se perdre » finalement sur le théâtre politique ?

Jean Messiha : Je ne répondrai pas pour Hervé Juvin. Pour moi, c’est une certaine idée de la France. Pour la plupart de nos adversaires, la politique est un festin. Pour moi, c’est un destin. Je ne suis pas là pour défendre une rente. Je n’avais besoin de rien. J’aurais pu rester dans mon ministère, et être bien payé. Je ne pouvais me résoudre à laisser un pays qui m’a adopté, que j’aime, qui coule dans mes veines, couler à pic.

J’essaie de faire ce que je peux. Cela ne garantit pas de réussir, mais ne rien faire garantit d’échouer, et que la France continue à s’effondrer. Je me lance dans la bataille, que mon exemple en entraîne d’autres. Que les gens aient envie de se battre pour leur pays. J’espère que le fait que je ne sois pas né Français, que je défende la France alors que je ne suis qu’un Français d’adoption va transformer le cœur de pierre des Français en cœur de chair, pour paraphraser l’Évangile, pour les sensibiliser à la chance qu’ils ont d’être Français. Que cela leur donne envie de se lever en masse pour défendre ce qu’ils ont été, ce qu’ils sont, et surtout ce qu’ils seront.

Pour les municipales, c’est vrai que c’est compliqué sur les grandes villes. Nous n’avons pas beaucoup de moyens, et des bâtons dans les roues (financiers notamment). Les budgets sont élevés pour une élection municipale. Mais maintenant, nous irons partout. À Paris, nous allons soutenir un candidat, à Marseille, nous aurons le nôtre. Ce n’est jamais sur un coup une élection municipale. Il faut travailler, labourer, comme nous l’avions fait pour des régions, des départements qui étaient avant des terres de mission pour le parti. Au bout d’un moment, les gens voient que leur réalité correspond exactement au diagnostic que nous faisons. Pas immédiatement parfois – mais j’ai bon espoir que même les métropoles commencent à voir que notre discours est un discours de vérité, et que les solutions que nous portons sont les seules qui puissent remédier aux maux qui traversent notre société.

Propos recueillis par YV

Crédit photo : DR
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