Valérie Corré : « L’inceste demeure encore un sujet tabou »

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Sois gentille !… est un livre de Valérie Corré qui évoque le sujet dramatique de l’inceste, une abomination qui existe encore de nos jours dans de nombreuses familles, y compris en France et en Europe.

Un témoignage poignant, bouleversant, rageant, d’une femme qui raconte ce qui lui est arrivé, et les conséquences que cela a eu ensuite sur son adolescence, sur sa vie d’adulte.

« “Ta mère doit savoir. Elle doit, à présent, jouer son rôle de mère.” J’écris pendant des heures, durant des mois. Il me semble me libérer, conjurer le mauvais sort. Éradiquer le mal. Les mots déferlent comme l’écume des vagues sur la plage de mon enfance. Écriture épreuve, écriture vérité, écriture raz-de-marée. » Partie quelques jours sur une île, l’auteure relate des souvenirs enfouis. L’enfant intérieure se révèle. Après plus de trente ans de silence, elle y dénonce l’inceste et ses graves répercussions. Objectif : briser le silence, abroger la prescription, réhabiliter les victimes.

Nous nous sommes entretenus avec la courageuse Valérie Corré, qui a accepté de témoigner pour présenter son livre, Sois gentille !…, qui vient d’être réédité (pour le commander, c’est ici).

Pour plus d’informations, c’est ici

Breizh-info.com : Qu’est-ce que vous avez voulu raconter avec votre livre Sois gentille !…

Valérie Corré : J’ai voulu évoquer le difficile sujet et fléau de l’inceste. Cette vérité, j’ai choisi de ne pas la soustraire à mon histoire personnelle, mais de l’assumer, afin que mon cri soit le point de départ d’un débat citoyen.

Breizh-info.com : Parlez-nous du succès qu’il a rencontré ?

Valérie Corré : L’ouvrage Sois gentille !… a été vendu à environ 2 000 exemplaires. Compte tenu des faits de violences sexuelles sur mineurs qui sont de plus en plus relatés dans les médias, Sois gentille !… a permis à de nombreuses victimes de se retrouver dans les divers aspects de ce drame. J’assure des contacts réguliers avec certaines d’entre elles.
Ce livre a intéressé la presse et les médias dont certaines émissions qui m’ont invitée à témoigner (voir mon site : « Dans les yeux d’Olivier », France 3 Corse, « Un cœur qui écoute » sur KTO, et dernièrement « Crimes, la quotidienne de Morandini » en date du 21 juin 2019).

Le livre Sois gentille !… a été présenté à la commission des lois de l’Assemblée nationale en novembre 2013 dans le cadre du projet de loi relatif à l’inceste et à la famille.

Dans le récent livre de Olivier Delacroix, Parce qu’il y a les femmes, Olivier m’a rendu un hommage, de la page 207 à la page 214 ; une reconnaissance qui me va droit au cœur.

Breizh-info.com : Estimez-vous que l’inceste soit encore un sujet tabou dans notre société aujourd’hui ? Est-ce que nous avons des chiffres à ce sujet ?

Valérie Corré : L’inceste demeure encore un sujet tabou, du fait qu’il concerne toutes les couches sociales et touche irrémédiablement à « la famille », d’où rejet de la victime dès l’instant où elle ose en parler. 4 millions de victimes (potentielles) d’inceste ont été recensées selon un sondage IPSOS. Soit deux fois la population de Paris.

Breizh-info.com : Comment êtes-vous parvenue à vous accrocher, avec ce que vous avez vécu, à relever la tête, à avancer jusqu’ici ?

Valérie Corré :  Il faut avouer que cela n’a pas été simple. De nombreuses années difficiles pour me relever de ces traumatismes. Incapable de m’affirmer, de faire les choses comme tout le monde. À contre-courant de tout.
Grâce à l’amour de mes grands-parents qui m’ont élevée, grâce à mon mari, à mes enfants, j’ai peu à peu repris confiance en moi. Mais il reste encore bien des blocages intérieurs.

Breizh-info.com :  Vous venez d’apprendre que vous avez un cancer du col de l’utérus. Y voyez-vous un lien avec toute votre histoire ? C’est donc un nouveau combat qui commence ?

Valérie Corré : Lors de mon dernier et récent examen de colposcopie, à la suite du diagnostic de la lésion cancéreuse à l’utérus, ma gynécologue me dit : « En fait, tout se tient à votre histoire ! »

J’ai eu trois enfants ; durant les grossesses, je me faisais suivre régulièrement, par souci du fœtus, de sa santé.. Mais tous ces examens se déroulaient toujours avec difficultés, car je me bloquais littéralement… Par la suite, je n’ai plus souhaité consulter de gynécologue, les flashs du traumatisme subi m’assaillaient en permanence. Tout cela demeure rédhibitoire en moi. Mêmes les relations sexuelles avec mon mari demeurent compliquées pour moi.

La nouvelle de ce cancer me plonge dans une continuité de « combat » moral et physique, compte tenu de la réalité de mon enfance dont les traumatismes ont déclenché une peine qui doit s’exécuter, se purger à perpétuité.

À la base, comme je l’ai écris dans Sois gentille !…, l’inceste pour moi est à lui seul une forme de cancer… ; il ne se voit pas, on ne le soupçonne pas, il est un mal intérieur et sournois.

Breizh-info.com : Un numéro vient d’être mis en place pour les violences faites aux femmes. Que pensez-vous de cette initiative ?

Valérie Corré :  Cette initiative est primordiale ! Dans mon histoire, j’ai subi des violences conjugales de la part de mon ex-mari, sous prétexte que je ne parvenais pas à me donner à lui lors des rapports sexuels… la crainte du sexe… J’atterrissais régulièrement à l’hôpital à la suite des coups qui m’étaient portés (d’où le port d’une minerve et la mâchoire déplacée). À l’époque des faits, il n’y avait pas de réelles structures pour recevoir une femme battue comme je l’ai été.

Breizh-info.com : Est-ce suffisant ?  

Valérie Corré :  Dans ces affaires de violences faites aux femmes, je pense qu’il reste encore beaucoup à faire. La parole de la femme n’est pas toujours entendue comme il le faudrait, elle n’est pas prise en compte au moment où il serait souhaitable qu’elle soit respectée et des actions sociales en ce sens prennent souvent beaucoup trop de temps à se mettre en place afin de prodiguer une réelle protection.

Il faut savoir que si pour une femme victime de violence conjugale, il est difficile de se faire entendre et aider, à plus forte raison combien la difficulté à parler pour un enfant victime de viol, d’inceste l’est encore davantage !
D’où mon combat nécessaire en ce sens….

Propos recueillis par YV

Crédit photo : DR
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