Acte 44 des Gilets jaunes à Nantes : une mobilisation ratée, et 35 interpellations

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Moins de 3000 manifestants selon les estimations les plus optimistes (1800 selon la police) se sont retrouvés hier à Nantes pour l’Acte 44 des Gilets jaunes. Un acte qui s’est déroulé avec des incidents : quelques vitrines cassées, une station de tram pulvérisée (Bouffay), un transformateur incendié, et 35 interpellations en tout, plus une dizaine la veille. Trois policiers et deux gendarmes ont été blessés, pour au moins deux manifestants selon les street medics.

Les blacks blocks qui avaient annoncé la couleur ont du en réalité compter avec, d’un côté, la désaffection des vrais Gilets jaunes qui ne viennent plus cautionner la casse en ville, mais se réorientent vers les municipales ou privilégient les actions pacifiques à la campagne, et une forte mobilisation des forces de l’ordre qui ont réussi pour une fois à verrouiller efficacement le centre-ville historique et les abords de la Préfecture, avec de nombreux effectifs et les vieux blindés de la gendarmerie (Berliet VXB-170, conçus en 1969, livrés à partir de 1972), déployés à la croisée des tramways en fin d’après-midi, ce qui a interrogé certains passants.

Le dispositif de surveillance des CRS, SARISE, a été remis en place à plusieurs points stratégiques en vue de la manifestation nantaise : selon le collectif Nantes sous surveillance, au moins quatre ont été identifiés : pont de la Rotonde (près de la tour LU), sur le toit de la fac de pharmacie (Hôtel-Dieu), sur le toit d’EDF (50 Otages) et sur la tour de Bretagne. Ce système mobile dispose de caméras aux zooms puissants, qui peuvent par conséquent être placées plus haut que les caméras de vidéoprotection municipales. Par ailleurs plusieurs activistes connus pour des faits de violence en manifestation ont été arrêtés aux abords de la « maison du peuple », en réalité un squat insalubre situé à Doulon (Toutes-Aides), pendant la matinée.

La nuit du 14 septembre, vers 1h40, les forces de l’ordre découvrent ce qu’elles estiment être 22 cocktails Molotov en préparation – des bouteilles vides avec du papier toilette à l’intérieur – et dix mortiers planqués dans une poubelle, place Delorme – un endroit où les blacks blocks ont appelé à se rejoindre vers 14h.

Au moins un cocktail Molotov a été balancé sur la police. Par ailleurs, un gradé gendarme mobile a été aspergé de peinture rose dans le Bouffay – ce qui lui a valu d’être copieusement moqué… par ses collègues, et un motard de la police s’est fait voler la clé de son engin alors qu’il remontait la manifestation. Il a réussi à le ramener à bon port.

Parmi les interpellations, il y a essentiellement des personnes interpellées pour participation masquée à un attroupement, pour transport d’armes par destination ou d’équipements divers (lunettes, protections, vêtements sombres, parapluies, raquettes pour renvoyer les palets lacrymogènes) ou pour dégradations. L’auteur présumé de la destruction d’une aubette de tramway a été interpellé par la BAC et selon l’extrême-gauche trois manifestants ont été interpellées alors qu’ils transportaient un homard géant, symbole de la manifestation… confisqué par la police.

 De leur côté les manifestants déplorent plusieurs blessés, dont un suite à un canon à eau, et un autre après une interpellation mouvementée par cinq policiers. Des grenades de désencerclement et des grenades lacrymogènes ont en effet été fréquemment utilisées dès que les blacks blocks se regroupaient pour tenter de forcer le cordon policier ou casser, ce qui a aussi valu au centre-ville d’être par moments noyé sous un épais brouillard lacrymogène.

Les manifestants violents se sont livrés à diverses déprédations – dont l’incendie d’un transformateur électrique face au Bouffay, la destruction des vitrines de la Mutuelle Générale et du McDo du Carré Feydeau, des tags, sans oublier une agence de voyages (Promovacances, allée Cassard), par des manifestants armés de pavés, d’éléments de poubelles municipales – bien trop faciles à démonter sans matériel adapté, décidément, et de parapluies.

On pourrait se demander, quel rapport il y a entre Steve, les Gilets jaunes et un transformateur incendié. A priori, aucun, si ce n’est peut-être la volonté de certains activistes nantais d’imiter leurs collègues de Lorient : le 4 septembre vers 6h15 du matin, ils ont incendié des poubelles contre le répartiteur des lignes téléphoniques Orange place Anatole Le Braz. Résultat, une pagaille monstre dans les commerces : plus de téléphone, terminaux de paiement en panne, distributeurs de billets HS etc. Ce qu’ils se sont empressés de revendiquer sur un site de la mouvance.

En fin de manifestation, vers 18 heures, des voleurs, désignés par un manifestant comme des « dealers / délinquants de Commerce », se sont livrés à divers vols de « manifestants et de journalistes sous les lacrymos », dont au moins une tentative de vol de portable et un vol de câble.

Dans la soirée, les dealers de Commerce se sont encore invités en faisant le coup de poing contre la manifestation nocturne lancée par quelques dizaines d’activistes d’ultra-gauche. Plusieurs d’entre eux ont été blessés et leur repaire local, le Chat Noir, attaqué. Ce débit de boisson a déjà eu maille à partir à plusieurs reprises avec les dealers que les tenanciers empêchent de commercer dans les locaux et sur la terrasse.

Réactions : Johanna Rolland (PS) condamne la casse

Johanna Rolland – en campagne pour sa réélection – continue de suivre les recommandations de ses communicants en condamnant la casse, mais pas les causes, tandis que du côté de la candidate EELV Julie Laernoës, on oppose un silence assourdissant au ras-le-bol des nantais, visible sur les réseaux sociaux et dans les rues.

Johanna Rolland de son côté a affirmé sur Twitter : « Dégradations à Nantes aujourd’hui. Je condamne les actes de ceux dont le seul objectif est de casser. Nantes souhaite vivre autre chose et ne veut plus de samedis d’affrontements dans son centre-ville ».

Laurence Garnier – candidate LR – qui n’était pas à la manifestation mais à la « remarquable conférence du grand Rabbin de France cet après-midi à la synagogue de Nantes », s’est elle aussi exprimée ce soir sur les dégradations : « Encore des dégradations et des violences aujourd’hui à #Nantes. Les commerçants souffrent et les Nantais désertent le centre. L’image de la ville se dégrade mois après mois. Quel gâchis ».

Enfin, dans les starting-blocks pour être investie par LREM, la députée de la deuxième circonscription de Loire-Atlantique (Nantes-Centre) Valérie Oppelt a choisi de s’exprimer ce samedi matin en appelant au calme : « Manifestation à #Nantes, j’en appelle au calme. En #démocratie, manifester est un droit fondamental. Les casseurs n’ont pas leur place auprès de ceux qui viennent exprimer leurs revendications pacifiquement ».

Hervé Grélard – élu LREM membre de l’opposition municipale, qui a récemment retiré sa candidature à l’investiture LREM, dénonce quant à lui « une ville sans âme » cet après-midi : « Quiconque aura arpenté nos rues aura ressenti le désarroi, mais aussi l’exaspération, des nantaises et des nantais qui aspirent à une ville apaisée. “le vrai courage est calme, la violence n’en est jamais la preuve ».

Louis Moulin

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2019, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

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