Le Bénitier du Diable, roman policier d’Anne Mesdon, me va droit au cœur. Enfin c’est façon de parler…  car mieux vaut s’occuper d’abats avec circonspection tant ce qu’on trouve mijotant dans le bénitier de l’église ou le ventre du taureau noir appartient à l’une ou à l’autre espèce de mammifère… L’héroïne, la « diseuse », s’appelle Nanie. Elle est revenue dans la maison de ses parents pour une dernière fois, avant la remise des clés à l’acheteuse qui, au demeurant, est fort sympathique. C’est une sorte d’adieu à l’enfance passée jadis à Mézières, au beau milieu du vignoble. Ici, on relève de la gendarmerie de Vertou… Ne cherchez pas davantage de localisation. C’est fiction ! Mais s’établit sur les bords de la Sèvre nantaise.

A chaque fois que le présumé assassin se manifeste, le cadavre se double d’une admonestation biblique – à savoir le premier décret divin, arrangé à la sauce locale. Ce reconnu mort voisine avec un morceau bien sanglant : cœur, mou, tripes… De quoi vous rendre végane pour le restant de vos jours ! Ce n’est pas le cas de Nanie qui, je le sais, cuisine les viandes à la perfection. Mais nous n’en sommes pas là… Dans l’histoire qu’elle nous raconte, elle se nourrit de gâteaux secs et de bottereaux, habite près de Nantes et n’est à Mézières que le temps d’éplucher des articles de Presse Océan. Ce représentant nantais de la PQR (Presse Quotidienne Régionale) possède un réseau de correspondants qui couvre toutes les communes du plateau. C’est là que se situe le drame… Et ça dure depuis une éternité. Quand Jean-Marie Le Pen faisait des disciples. Autant dire les années 70 du siècle dernier.

L’allusion au politique n’est pas vaine. Nanie nous plonge, pour l’essentiel,  en 2017, au printemps, à l’époque de la campagne pour les élections présidentielles. Sa meilleure amie est partisan(e) de Fillon. Elle va être très déçue… Mais je ne vais pas vous raconter tout ce que vous savez déjà en bon lecteur de Breizh-Info. Mieux vaut rouler sur les chemins du muscadet qu’Anne Mesdon déploie avec talent. Pour ça, elle ouvre grand ses fenêtres…

Précisément, il n’y a pas, à ma connaissance, d’écrivain(e) qui parle aussi bien du vignoble planté de gros plan et de (melon) muscadet. Les rares collines de ce haut pays, creusé par le fossé de la Sèvre, méritent sa « diseuse ». Ce qui prouve la qualité de l’auteur sensible à l’ambiance obsolète de la campagne, aux anciennes haines recuites, à l’amitié passée et renouvelée, aux conversations relevées comme en passant, à l’art de construire un récit très inquiétant où chacun retrouve son chat, et va à la messe le dimanche… C’est aussi là que ça décline, forcément. Anne Mesdon n’est pas dupe.

Hier soir, je regardais sur mon écran de 873 cm2, un film de Clint Eastwood, Bronco Billy… un film qui date de 1980, et qui présente l’avantage de faire grande place à Sondra Locke (alors jeune compagne du vieux Clint, elle était remarquable). J’ai retenu, en doublage, une ritournelle : un appel à la jeunesse sans cesse répété par Bronco Billy : « Allez les petits crapauds et les petites grenouilles… » faites pas ci, faites pas ça, récitez vos prières, écoutez bien vos parents, mangez votre soupe proprement… etc, etc. Anne Mesdon, bonne mère, dit un peu la même chose à qui la connaît. Et c’est heureux… Elle le répète d’ailleurs : « N’est pas laïque qui veut, mais qui peut ! J’ai eu beaucoup de mal à l’admettre. Mais je me suis mise en marche pour aider mes enfants à bien grandir. » J’ai vérifié, c’est exact…

Gérard Guicheteau

* Anne Mesdon, Le Bénitier du Diable, 280 pages, Éditions Le geste noir, 12,90 €.

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