Finistère. Ligne LGV : des élus fascinés par Paris… Christian Troadec aussi

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Le Conseil départemental du Finistère veut rapprocher Brest et Quimper de Paris à tout prix malgré des doutes qui commencent à se faire jour. Mais le « régionaliste » Christian Troadec est là pour veiller à ce que pointe bretonne et Île-de-France soient enfin à moins de trois heures l’une de l’autre…

Ligne LGV : que serait le Finistère sans Paris ?

Les conseillers départementaux du Finistère ne se sont-ils pas trompés de territoire en optant pour une mandature au bout de la Bretagne ? Pourquoi ne pas avoir mener campagne directement en Île-de-France ? La question se pose lorsque l’on prend connaissance des débats qui ont eu lieu au Conseil départemental le 7 octobre dernier.

Y était effectivement abordé ce qui paraît être (et de loin) le dossier prioritaire des 54 conseillers siégeant au Département : la ligne LGV censée rapprocher Brest et Quimper à trois heures de Paris en train. Un projet qui mobilise tous les espoirs du conseil départemental tandis que d’autres pistes de « désenclavement » s’affranchissant de cette obsession parisienne existent.

Quid du port de commerce de Brest qui ne pointait seulement qu’au 16e rang des ports de commerce français en terme de trafic en 2017 ? La vocation portuaire de la ville, criée à grand renfort de communication par les uns et les autres, ne s’est pour l’heure concrétisée par aucun plan de développement d’envergure. Et quid de la mise en place d’un véritable hub aéroportuaire pour la pointe bretonne ? L’aéroport Brest Bretagne, bien qu’ayant vu son trafic croître en 2017 et 2018, ne dispose actuellement d’aucune perspective réellement ambitieuse.

L’isolement comme atout ?

Mais, si cette LGV à venir est l’alpha et l’oméga des préoccupations du Conseil départemental, la lenteur de sa mise en place commence à faire trembler les élus. Lors de la session plénière de lundi dernier, la présidente du Finistère Nathalie Sarrabezolles (Parti socialiste) était inquiète : « Le besoin est pourtant limpide. Après dix ans et 9 millions d’euros d’études, SNCF Réseau a toutes les données utiles à la décision ! ».

Cette inquiétude est aussi renforcée par le fait que certaines voix dissonantes commencent à s’élever. Il en va ainsi de Stéphane Péron, seul conseiller départemental affilié LREM, qui a jeté un paver dans la mare : « Le Finistère à trois heures de Paris en train, est-ce vraiment important ? Est-ce toujours cohérent ? Quel est le coût écologique de tels aménagements ? Et est-ce que l’isolement géographique du Finistère n’est pas, finalement, une situation privilégiée ? »

L’accessibilité de la pointe bretonne, et après ?

En guise de réponse à ces questions, le premier vice-président du conseil départemental du Finistère Michaël Quernez s’est dit « très, très inquiet ». Pour ce dernier, si les doutes de Stéphane Péron trouvaient un écho chez les parlementaires LREM, « ce serait très inquiétant pour l’accessibilité du Finistère ! »

Cette crainte d’une fissure dans le consensus met en lumière une interrogation de fond bien plus vaste : quelles autres projets de développement économique pour le Finistère les conseillers départementaux sont-ils capables de mettre en place hormis quémander un rapprochement en train avec Paris qui ne vient pas ? Et de quelles prérogatives disposeraient-ils pour mener à bien une telle mission ?

Pour l’heure, « l’unité » des voix a finalement été préservée puisque les 54 conseillers départementaux ont finalement voté à l’unanimité une délibération réclamant une réunion de la Conférence territoriale de l’action publique (CTAP). Un vote qui fait par ailleurs le bonheur du maire de Brest François Cuillandre, lui aussi fervent partisan de cette ligne à grande vitesse.

Christian Troadec : « désenclaver le Finistère »

De son côté, Christian Troadec, « figure » régionaliste et conseiller départemental, se veut lui aussi intransigeant sur la réalisation de la LGV entre Quimper, Brest et Paris : « Nous sommes 54 conseillers départementaux et nous étions tous, jusqu’alors, déterminés à désenclaver le Finistère. C’est un engagement que nous avons tous pris ».

Le maire de Carhaix, jadis à la tête de listes dénommées « Nous te ferons Bretagne » ou encore « Oui la Bretagne » il y a plusieurs années, se veut donc être une sentinelle de ce rapprochement ferroviaire entre la pointe bretonne et l’Île-de-France. Vouloir « faire » la Bretagne en comptant sur Paris, voilà donc une bien étrange conception du régionalisme dont fait ici preuve Christian Troadec.

Arthur Keraudren

Crédit photos : DR (photo d’illustration)
[cc] Breizh-info.com, 2019, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

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