Kit de survie 72 heures : l’État découvre le survivalisme qu’il moquait hier – Notre guide complet pour faire face à une crise, sans attendre l’Etat nounou

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« Êtes-vous prêts ? » Depuis quelques semaines, les préfectures inondent les réseaux sociaux de ce message, illustré d’un sac à dos rempli de conserves, d’une lampe torche et d’une radio à piles. L’État recommande désormais à chaque foyer de quoi tenir 72 heures en autonomie, en cas d’évacuation ou de confinement à domicile. Une brochure gouvernementale sur la résilience parle même d’un « monde en crise », entre événements climatiques extrêmes, pandémies, guerres en Europe et au Proche-Orient, tensions commerciales et crise énergétique.

L’intention est bonne, mais elle a de quoi faire sourire. Pendant 15 ans, ces mêmes autorités, et les médias qui relaient aujourd’hui fidèlement leurs conseils, ont présenté les survivalistes comme des illuminés, des paranoïaques reclus dans leur cave, voire des extrémistes en puissance. Avoir 3 semaines de pâtes dans son cellier ou un sac prêt dans l’entrée suffisait à vous classer parmi les excentriques inquiétants. Aujourd’hui, la préfecture vous explique qu’il faut exactement cela.

Réserves alimentaires, survivalisme. Comment faire ses conserves alimentaires en bocaux en automne ?

L’État fait peur, après avoir moqué la prévoyance

Le contraste est saisissant. Le kit d’urgence a été lancé en 2022, mais c’est maintenant que les préfectures en font leur refrain. La Seine-Maritime l’a mis en avant le 27 octobre, dans le prolongement de la « journée nationale de la résilience » du 13 octobre. Elle assure que la situation géopolitique ne suffit pas à justifier ce rappel. Le Finistère a lancé une campagne dans une centaine de communes, en ciblant les tempêtes, les inondations et les coupures de courant à répétition. Pour son directeur de cabinet, Christophe Kirgo, il faut y avoir réfléchi avant pour tenir dans de bonnes conditions en attendant les secours.

Les 6 Piliers du Survivalisme, par Vol West

Le mouvement est européen. La Suède a renvoyé dans tous ses foyers sa brochure « En cas de crise ou de guerre ». La Commission européenne a recommandé au printemps 2025 que chaque Européen puisse tenir 72 heures seul. Beaucoup d’internautes jugent ces messages anxiogènes, et on les comprend : un État qui n’a pas su garantir des masques en 2020, ni l’électricité à des centaines de milliers de Bretons pendant des jours après la tempête Ciarán en novembre 2023, vient aujourd’hui expliquer à chacun qu’il est « acteur de sa sécurité ». Autrement dit, débrouillez-vous.

C’est pourtant exactement ce que disaient les survivalistes, sans dramatiser. Le survivalisme sérieux n’a jamais consisté à attendre l’apocalypse, mais à être prévoyant, comme l’étaient nos grands-parents. Une ferme bretonne des années 1950 avait toujours son cellier, son bois, son potager, ses lampes à pétrole et ses voisins sur qui compter. Personne ne parlait de « résilience », on appelait ça le bon sens.

Comprendre ce à quoi on se prépare

Avant d’acheter quoi que ce soit, il faut réfléchir aux risques réels. En Bretagne, ce ne sont ni les zombies ni l’invasion extraterrestre. Ce sont les tempêtes et les coupures d’électricité de plusieurs jours, les inondations, les routes coupées par les chutes d’arbres. Ce sont aussi les ruptures d’approvisionnement, comme pendant les pénuries de carburant ou les premières semaines du Covid. Il faut ajouter les incendies, les pannes des réseaux téléphoniques et informatiques, ainsi qu’une éventuelle cyberattaque paralysant les paiements par carte. Et dans un registre plus personnel : la perte d’emploi, la maladie, l’accident.

La règle de base des survivalistes tient en une formule : on se prépare d’abord aux petites crises probables, et l’on se trouve du même coup armé pour les grandes. Celui qui peut passer 2 semaines sans électricité ni supermarché est préparé à presque tout.

On distingue en général 3 niveaux. Il y a d’abord ce que l’on porte sur soi au quotidien, que les Anglo-Saxons appellent EDC (every day carry). Il y a ensuite le sac d’évacuation, prêt à être saisi en quelques minutes. Enfin, il y a le stock du foyer, qui permet de rester chez soi en sécurité plusieurs semaines. Le kit de 72 heures des préfectures se situe entre le 2e et le 3e niveau.

L’eau, priorité absolue

On tient 3 semaines sans manger, mais seulement 3 jours sans boire. Il faut compter au moins 2 à 3 litres d’eau potable par personne et par jour pour boire et cuisiner, sans compter l’hygiène. Pour 72 heures et une famille de 4, cela représente déjà une quarantaine de litres. Pour 2 semaines, il en faut près de 200.

La solution la plus simple consiste à stocker des packs d’eau en bouteille, à consommer et à renouveler régulièrement. Il faut aussi prévoir de quoi rendre potable une eau douteuse : filtre portable, Berkey, pastilles de purification, et en dernier recours la possibilité de faire bouillir l’eau pendant quelques minutes. Une baignoire remplie dès l’annonce d’une tempête fournit l’eau des toilettes et du ménage. Un récupérateur d’eau de pluie au jardin est un investissement modeste et utile toute l’année.

La nourriture : un garde-manger tournant

Inutile d’acheter des rations militaires hors de prix. Le meilleur stock est celui de ce que l’on mange habituellement, en un peu plus grande quantité (deux boites au lieu d’une), et que l’on fait tourner : on consomme les produits les plus anciens et on remplace au fur et à mesure. Pâtes, riz, lentilles, pois chiches, flocons d’avoine, conserves de légumes, de poisson et de viande, soupes, sucre, sel, miel, huile, café, chocolat, fruits secs et biscuits se conservent des mois, voire des années.

Il faut privilégier ce qui se mange froid ou se cuit vite, et ne pas oublier le moyen de le cuire. Un réchaud de camping avec quelques cartouches de gaz, utilisé uniquement dehors ou dans une pièce très bien aérée, à cause du risque d’intoxication au monoxyde de carbone, permet de tenir longtemps. Une famille qui vise d’abord 2 semaines de réserves, puis un mois, a déjà une sécurité considérable. Le congélateur n’est pas un stock en cas de coupure : il faut le consommer en premier.

Les animaux ne doivent pas être oubliés. Leurs croquettes et leur eau font partie du plan.

Lumière, chaleur, énergie, communication

La coupure d’électricité est le scénario breton par excellence. Il faut des lampes frontales et des lampes de poche avec des piles de rechange, quelques lanternes LED, et des bougies à manier avec prudence. Une radio à piles ou à manivelle est indispensable : quand le réseau mobile tombe, c’est par la radio que passent les consignes. Une batterie externe chargée et un petit panneau solaire pliant permettent de garder un téléphone en vie. Et même investir éventuellement dans un générateur électrique portable, nous l’avons déjà évoqué ici.

Pour la chaleur, il faut des vêtements chauds, des couvertures, des sacs de couchage et des couvertures de survie. Ceux qui ont un poêle à bois ou une cheminée sont avantagés : une réserve de bois sec vaut de l’or en hiver. Les appareils à combustion intérieurs non prévus pour cet usage, comme les barbecues ou les groupes électrogènes, ne doivent jamais être utilisés à l’intérieur. Chaque hiver, le monoxyde de carbone tue des familles qui voulaient simplement se chauffer.

Argent liquide, papiers, médicaments

Quand les terminaux de paiement et les distributeurs ne fonctionnent plus, seul le liquide permet d’acheter. Il est prudent de garder chez soi une petite réserve en petites coupures. Les photocopies des documents essentiels doivent être rassemblées dans une pochette étanche : carte d’identité, livret de famille, carte Vitale, ordonnances, contrats d’assurance, titres de propriété. Une copie numérique sur une clé USB complète l’ensemble.

Les personnes sous traitement doivent veiller à avoir toujours quelques jours, voire quelques semaines d’avance de médicaments, en accord avec leur médecin. Une vraie trousse de premiers secours s’impose : pansements, compresses, bandes, désinfectant, antidouleurs courants, thermomètre, tensiomètre, oxymètre de pouls, garrots, et ce que l’on sait utiliser. Une paire de lunettes de rechange n’est pas un luxe.

Le sac d’évacuation

Si le besoin d’évacuer devient urgent, on n’a que quelques minutes. Le sac doit être prêt, dans l’entrée ou dans le coffre de la voiture. Il contient de l’eau et de quoi la purifier, de la nourriture pour 3 jours qui se mange sans cuisson, une lampe, une radio, la pochette de documents, du liquide, les médicaments, un change complet et des sous-vêtements. Il faut aussi un vêtement de pluie, une couverture de survie, un couteau ou un multi-outil, de quoi faire du feu (briquet et allumettes étanches), une carte papier de la région et un sifflet.

Les pratiquants donnent quelques conseils de bon sens. Le premier : ne pas oublier ses pieds. De bonnes chaussures déjà faites et plusieurs paires de chaussettes sèches comptent plus que n’importe quel gadget. Le deuxième : ne pas acheter un équipement sophistiqué que l’on ne sait pas utiliser. Le troisième : préférer un sac sobre et des couleurs discrètes à la panoplie de commando, qui attire les regards. Enfin, un sac raisonnable que l’on peut porter vaut mieux qu’un sac énorme qu’on abandonnera au bout de 2 kilomètres.

Il faut aussi un plan. Où va-t-on ? Chez qui ? Par quel itinéraire, et par quel autre si le premier est coupé ? Où se retrouve-t-on si la famille est dispersée ? Qui récupère les enfants à l’école ? Ces questions se règlent autour d’une table, un dimanche, bien avant la crise.

Le savoir-faire vaut plus que le matériel

C’est le point que les préfectures oublient. Un kit ne sert à rien entre les mains de quelqu’un qui ne sait rien faire. Les compétences, elles, ne prennent pas de place. La formation aux premiers secours (PSC1), proposée pour une soixantaine d’euros par les sapeurs-pompiers, la Croix-Rouge ou la Protection civile, est sans doute le meilleur investissement de toute la préparation. On peut aussi apprendre à faire du feu par mauvais temps, à cuisiner sans électricité, à purifier l’eau, à lire une carte, à réparer, à coudre, à jardiner, à faire des conserves, à reconnaître les plantes comestibles de sa région. Nos aïeux savaient tout cela. Nous l’avons désappris en quelques décennies d’abondance et de livraisons à domicile.

Une bonne condition physique fait aussi partie de la préparation. Celui qui peut marcher 20 kilomètres avec un sac, porter de l’eau ou couper du bois est bien plus autonome que celui qui possède tout le matériel mais s’essouffle au premier escalier.

Seul, on survit mal ; ensemble, on tient

C’est la grande leçon que les survivalistes sérieux ont tirée de toutes les crises : personne ne s’en sort seul. Le fantasme du loup solitaire retranché dans son bunker ne résiste pas à la réalité. Un homme seul doit dormir, il peut se blesser, tomber malade, et il ne sait pas tout faire.

La vraie résilience est collective et locale. C’est le voisin qui a un groupe électrogène, l’agricultrice qui a des œufs et du lait, l’infirmière à la retraite, le mécanicien, le chasseur, le menuisier, la grand-mère qui sait faire des conserves. Chacun apporte une compétence, et c’est cette complémentarité qui permet de traverser les épreuves. Après Ciarán, en novembre 2023, ce sont souvent des voisins, des agriculteurs avec leurs tracteurs et leurs tronçonneuses, des associations et des maires qui ont dégagé les routes et vérifié que les personnes âgées allaient bien, bien avant l’arrivée des renforts.

Concrètement, il est utile de connaître ses voisins, leurs compétences et leurs fragilités. Il faut savoir qui vit seul, qui est âgé, qui dépend d’un appareil médical électrique. On peut s’échanger les numéros de téléphone, prévoir un point de rendez-vous dans le quartier ou le hameau, et mutualiser certains équipements. Dans les communes rurales bretonnes, ce tissu existe souvent déjà, à travers les associations, les fêtes, les clubs et les paroisses. Il suffit de le faire vivre. C’est d’ailleurs là que l’on retrouve ce que l’État a passé des décennies à affaiblir : les solidarités naturelles, familiales, villageoises et communautaires, que l’on prétend aujourd’hui remplacer par des brochures.

La bibliothèque du préparé

Pour aller plus loin, quelques lectures s’imposent. Le Suisse Piero San Giorgio est sans doute l’auteur qui a le plus fait connaître le survivalisme dans le monde francophone. Son livre Survivre à l’effondrement économique (2011) analyse les fragilités de nos sociétés, de l’énergie à la dette en passant par l’alimentation. Il propose surtout une méthode pratique fondée sur 7 piliers de l’autonomie : l’eau, la nourriture, l’hygiène et la santé, l’énergie, le savoir, la défense et le lien social. Sur ce dernier point, il insiste, comme le fait cet article, sur l’importance de la communauté. Avec Vol West, il a ensuite publié Rues barbares (2012), consacré à la survie en milieu urbain, où le danger est le plus grand en cas de crise.

Pour la pratique de terrain, Le guide de survie SAS de John « Lofty » Wiseman, ancien instructeur des forces spéciales britanniques, reste une référence. Il est compact, illustré et couvre presque tous les milieux. Le Bushcraft 101 de l’Américain Dave Canterbury enseigne les techniques de vie en pleine nature avec peu de matériel.

Pour comprendre le phénomène survivaliste lui-même, sans caricature, le sociologue Bertrand Vidal a publié Survivalisme. Êtes-vous prêts pour la fin du monde ? (2018). Il montre que la plupart des pratiquants sont des gens ordinaires et pragmatiques. Côté prospective, L’Âge des low tech de Philippe Bihouix (2014) et Comment tout peut s’effondrer de Pablo Servigne et Raphaël Stevens (2015) sont lus bien au-delà des cercles écologistes, chacun avec ses présupposés. On peut y ajouter les vieux manuels de jardinage, de conserverie et de bricolage, qui sont souvent les livres les plus utiles d’une maison.

Se préparer sans paniquer

Se préparer n’est ni avoir peur ni attendre la catastrophe avec gourmandise. C’est au contraire ce qui permet de rester calme quand les autres s’affolent, de ne pas se ruer sur les rayons vides du supermarché, et d’aider plutôt que d’être aidé. Celui qui est prêt soulage d’autant les secours, qui pourront se consacrer aux plus vulnérables.

Il n’y a pas besoin de tout faire en un week-end. On peut commencer ce mois-ci par l’eau et une lampe, ajouter le mois prochain une radio et quelques conserves, s’inscrire à une formation aux premiers secours au printemps, puis aller frapper chez le voisin pour échanger les numéros de téléphone. Une famille qui suit ce rythme aura, en un an, de quoi tenir 2 semaines sans électricité ni supermarché.

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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