Concours de photographie de nature. Les lauréats du Wildlife Photographer of the Year 2019

A LA UNE

Les résultats de l’édition 2019 du Wildlife Photographer of the Year, le plus prestigieux concours de photographie de nature au monde, viennent d’être annoncés. Organisé par le Natural History Museum de Londres depuis plus de cinquante ans, le Wildlife Photographer of the Year récompense chaque année les meilleures photographies de nature sélectionnées par un jury international.

Ouvert à tous, professionnels et amateurs, adultes et jeunes du monde entier, ce concours de référence au niveau mondial permet de faire découvrir au grand public la richesse et la beauté de la biodiversité à travers le regard innovant et imaginatif des plus grands photographes de nature de la planète.

Le Wildlife Photographer of the Year 2019, c’est aussi un ouvrage d’exception qui présente les 100 plus belles photographies de nature sélectionnées parmi près de 50 000 clichés. Publié aux Éditions Biotope, il est disponible depuis le 16 octobre.

Le bon moment – © Youngqing Bao / Wildlife Photographer of the Year 2019
(Chine)

C’était le début du printemps sur les prairies du plateau tibétain du Qinghai et la neige commençait à fondre. Cette femelle de renard du Tibet avait trois renardeaux à nourrir. Au lever du jour, elle s’était dissimulée près d’une colonie de marmottes de l’Himalaya. Cette jeune marmotte avait surgi de son terrier à côté d’elle. La découvrant, elle poussa un cri d’alarme avertissant toute la colonie de la présence d’un danger. Mais la renarde ne bougea pas, faisant semblant de dormir. Seul son œil était en alerte. Au bout d’une heure, la marmotte se décida à émerger totalement, semblant avoir oublié le danger. Peut-être était-elle affamée après un long hiver d’hibernation. S’éloignant du terrier, elle cherchait tête baissée des plantes nourrissantes à grignoter. Pour la renarde c’était le bon moment ; elle bondit mais rata la marmotte d’une longueur de mâchoire. Pendant un instant les deux animaux semblèrent figés dans un face-à-face tendu entre la vie et la mort. La marmotte était inexpérimentée et commit une erreur ; cette fois, les renardeaux auraient à manger. Pour le photographe, bouddhiste amoureux de toute la vie sauvage de son pays tibétain, la récompense pour sa patience se mêlait de joie et de tristesse. Quand il découvrit que son image avait gagné, son bonheur fut d’imaginer que bien d’autres personnes dans le monde pourraient partager son amour pour la beauté de la nature de son pays natal.

Canon EOS-1D X + objectif 800mm f5.6 ; 1/2500 sec à f5.6 (+0.67 e/v) ; ISO 640 ; trépied Manfrotto en fibre de carbone + tête 509HD.

Photographe de nature de l’année. Prix du portfolio

L’art de la conception © Stefan Christmann / Wildlife Photographer of the Year 2019

(Allemagne)

Malgré une apparence élégante, l’accouplement chez le manchot empereur peut se révéler malhabile. La femelle se couche sur la banquise, écartant ses nageoires et soulevant sa queue elle montre qu’elle est prête au coït. Puis elle raidit son corps pour que le mâle, pesant jusqu’à 40 kg, maladroit avec ses pattes courtes et un centre de gravité très haut, puisse grimper sur elle. Stefan était chanceux d’avoir trouvé ce couple isolé, car beaucoup s’étaient déjà accouplés en mai, quand l’épaisseur de la glace était assez épaisse pour supporter le poids du photographe, lui permettant d’accéder à la banquise de la mer d’Ekström. La plupart des accouplements se déroulent au milieu de l’agitation grouillante de la colonie. « Le mâle luttait pour conserver son équilibre, explique Stefan, tel un surfeur novice montant sur sa première planche ». Une fois en place le mâle baissa sa queue et s’accoupla pendant quelques secondes avant de retomber en arrière. Le couple se redressa et se salua de la tête en parfaite synchronie pour réaffirmer les liens qui les uniraient dans les conditions climatiques extrêmes à venir. L’arrière-plan paisible de la banquise où s’était échoué un iceberg faiblement éclairé par le soleil ne donne pas idée de la température glaciale, ni du fait que l’hiver antarctique soit si proche et ne bascule bientôt vers des mois de nuit australe.

Nikon D810 + objectif 400mm f2.8 ; 1/400 sec à f5.6 ; ISO 800.

Le monde sous-marin

Le jardin des anguilles © David Doubilet / Wildlife Photographer of the Year 2019

(États-Unis)

David n’avait jamais vu un tel rassemblement d’anguilles. Grand comme les deux tiers d’un terrain de football, il s’étirait le long d’une pente raide et sablonneuse, au large de Dauin aux Philippines, pierre angulaire du fameux Triangle de corail. David se laissa glisser de son bateau vers les hauts-fonds aux abords de la colonie et chercha où installer son matériel. Il attendait ce moment depuis longtemps. Il avait déjà esquissé en studio son image idéale tout en mettant au point un matériel sous-marin télécommandé adapté. Les anguilles, c’était comme ses premières amours ; son premier reportage pour le National Geographic concernait en effet cette espèce. Proches des congres elles sont extrêmement timides et disparaissent au fond de leurs terriers sablonneux sitôt qu’un événement inconnu se présente. David avait placé son caisson étanche monté sur une tête rotative au plus près de la colonie, se dissimulant dans les vestiges d’une épave. De là il pouvait déclencher un système télécommandé à l’aide d’un cordon de 12 m. Il fallut plusieurs heures pour que les anguilles osent ressortir pour se nourrir du plancton qui dérivait dans le courant. Graduellement il optimisait ses mises au point, laissant chaque fois un objet à l’emplacement de son appareil pour ne pas surprendre les poissons lors de la prochaine prise de vue. Après plusieurs jours, David connaissait les habitudes des anguilles et maîtrisait la lumière : ses images commençaient à lui plaire. Mais quand un petit labre suivi par un poisson-flûte traversa toutes ces formes ondulantes, il sut qu’il tenait son image.

Nikon D3 + objectif 17-35mm f2.8 at 19mm ; 1/40 sec à f14 ; ISO 400 ; caisson Seacam ; plaque aluminium + rotule ; déclencheur à distance ; flash Sea & Sea YS250 (à mi-puissance).

Les animaux dans leur environnement

Nomades des hauts plateaux © Shangzhen Fan / Wildlife Photographer of the Year 2019

(Chine)

Un petit groupe d’antilopes du Tibet imprime sa trace sur le voile de neige qui recouvre les pentes du désert Kumukuli, dans la réserve nationale chinoise d’Altun Shan. Les mâles de ces antilopes agiles portent de longues cornes noires. L’espèce est adaptée aux hautes altitudes que l’on trouve sur le plateau tibétain du Qinghai. Pour survivre à plus de 5 500 m avec des températures de -40 °C, elles possèdent une fourrure légère et chaude qui a conduit l’espèce à un rapide déclin. Un million de ces antilopes vivait sur cet immense plateau, mais la chasse commerciale dans les années 1980 à 1990 n’en laissa que 70 000 individus. Depuis leur protection stricte, une légère embellie est apparue mais la demande persiste vers les pays de l’Ouest pour des châles en laine d’antilope. Il faut quatre à cinq peaux pour réaliser un foulard (on ne peut pas récupérer la laine sur des antilopes sauvages, alors elles sont tuées). En hiver, elles migrent vers le désert de Kumukuli, moins froid. Pendant des années, Fan avait fait de nombreux voyages en haute altitude pour les photographier. Ce jour-là, il faisait frais, et après de lourdes chutes de neige, l’air était translucide. Des ombres s’écoulaient des pentes serpentant autour d’un îlot sablonneux vers lequel se dirigeaient les antilopes qui laissaient comme des tresses d’empreintes dans leur sillage. De son poste d’observation situé à 1 km, Fan réunit ces différents éléments avant qu’ils ne disparaissent sous l’effet du vent et du soleil.

Nikon D5 + objectif 600mm f4 ; 1/1250 sec à f6.3 (+0.3 e/v) ; ISO 125 ; trépied Gitzo GT5532S 6X.

Comportement : Oiseaux

Le pays des aigles © Audun Rikardsen / Wildlife Photographer of the Year 2019

(Norvège)

Sur une corniche située le long de la côte norvégienne où il réside, Audun avait installé une grosse branche dans l’espoir qu’elle puisse servir de poste d’observation à un aigle royal. Il boulonna une tête de trépied munie d’une caméra, de plusieurs flashs et d’un détecteur de mouvement, puis il construisit un affût à distance. De temps à autre, il déposait à proximité un animal tué par la route. En trois ans, un aigle s’habitua au dispositif, venant régulièrement sur le perchoir pour observer la côte. Les aigles royaux occupent d’immenses territoires, souvent des zones ouvertes montagneuses à l’intérieur des terres. Dans le nord de la Norvège, on les trouve aussi sur le littoral, où ils partagent le domaine vital du pygargue. Ils se nourrissent d’une grande diversité de proies et de charognes, allant des poissons aux amphibiens, des insectes aux oiseaux et des renards aux faons. On les aurait aussi vus venir à bout exceptionnellement de rennes adultes. Les éleveurs norvégiens les accusent de tuer des moutons et des rennes, et il y a maintenant des demandes pour pouvoir les abattre légalement. Les scientifiques maintiennent que les aigles sont les boucs émissaires pour des morts naturelles de bétail, et que les tuer ne changerait en rien la condition des éleveurs. Un aigle pèse le poids d’un chat domestique mais avec une envergure de 2 m. C’est une espèce particulièrement rapide et agile capable de planer, de plonger, et de faire des démonstrations aériennes spectaculaires. Le travail rigoureux d’Audun montre la force du rapace à l’atterrissage, serres ouvertes, surveillant noblement son royaume côtier.

Canon EOS 5D Mark IV + objectif 11-24mm f4 à 11mm ; 1/2500 sec à f14 (-1 e/v) ; ISO 800 ; flash Canon Speedlite 600EX II-RT ; détecteur de mouvement Camtraptions ; rotule Sirui tripod.

Comportement : Mammifères

Lauréat ex-aequo avec Le bon moment de Youngqing Bao

Jeu égal – © Ingo Arndt / Wildlife Photographer of the Year 2019

(Allemagne)

Le puma porte son attaque sur un lama et les poils volent. Pour Ingo, cette image marque le point culminant de sept mois de pistage des pumas en endurant les froids extrêmes et les vents mordants de la région patagonienne de Torres del Paine, au Chili. Cette femelle puma était le sujet principal d’Ingo, elle s’était habituée à sa présence, mais pour saisir cette attaque, il lui fallait les deux protagonistes face à lui. Pour suivre la cible potentielle, ici un grand mâle lama qui pâturait à l’écart d’un petit troupeau, le photographe devait se positionner contre le vent, là d’où pouvait venir le puma. Pour ne pas perdre le félin, il positionna deux pisteurs équipés de jumelles et de radios. Un puma est très rapide, possédant une colonne vertébrale longue et souple, comme celle des guépards. Comme lui, il ne court que sur de faibles distances. La femelle puma approcha sa proie pendant une demi-heure. La lumière était adoucie par de fins nuages, idéale pour une prise de vue à haute vitesse et Ingo était au bon endroit. Parvenue à dix mètres, elle lança son sprint puis bondit. Au contact des griffes le lama fit un écart de côté, sa dernière bouchée d’herbe restant suspendue dans le vent. Le puma grimpa sur son dos tentant une morsure cervicale fatale. Le lama ne pouvant se débarrasser de son adversaire en courant, il se laissa tomber sur le félin de tout son poids. Ce dernier lâcha sa proie, évitant de justesse un coup de patte qui aurait pu lui briser les os. Quatre attaques sur cinq finissent ainsi.

Canon EOS-1D X Mark II + objectif 600mm f4 ; 1/3000 sec à f4 ; ISO 1000 ; trépied Gitzo.

Le prix du photojournaliste de nature

Prix attribué à un reportage de six photographies (disponibles en HD sur demande)

DÉSACRALISATION : Show time © Jasper Doest / Wildlife Photographer of the Year 2019

(Pays-Bas)

Depuis dix-sept ans, Riku, un macaque japonais capturé légalement dans la nature, joue des sketchs trois fois par jour face à un large public dans le théâtre Nikk Saru Gundan, au nord de Tokyo. Ces divertissements très populaires attirent les Japonais et les touristes. Cette « danse des singes » est issue du Sarumawashi, une tradition japonaise vieille de 1 000 ans. Le théâtre contemporain se base quant à lui sur l’apparence anthropomorphique de macaques, dressés et déguisés. Ils déambulent sur la scène sur leurs deux jambes, faisant des tours et sont souvent tournés en dérision par leurs dresseurs. Il est interdit de photographier ces spectacles et il fallut du temps à Jasper pour en obtenir la permission. Alors qu’il enregistrait les performances de Riku déguisé sur scène, il était en même temps impressionné et atterré qu’un animal si intelligent, considéré auparavant comme sacré, puisse être tourné en dérision. Riku put prendre sa retraite en 2018.

Canon EOS 5D Mark IV + objectif 24-70mm f2.8 ; 1/160 sec à f10 (-1.7 e/v) ; ISO 2000.

Le prix de l’étoile montante

Prix attribué à un portfolio de six photographies (disponibles en HD sur demande), pour des photographes âgés de 18 à 26 ans.

Instant glacé © Jérémie Villet / Wildlife Photographer of the Year 2019

(France)

Dans un face-à-face immobile, sur une pente neigeuse, deux mouflons de Dall dans leur fourrure hivernale, affrontent un vent violent. Depuis des années, Jérémy rêvait de photographier ces mouflons nord-américains d’un blanc immaculé dans la neige. Il s’était rendu dans le Yukon, avait loué un camion, puis les avait suivis pendant la saison du rut au moment où les mâles se disputent le droit de s’accoupler. Sur une crête escarpée, ces deux mâles se défient, mais les vents forts et le blizzard les ont forcés à une trêve. Couché dans la neige, Jérémy devait lui aussi lutter contre les conditions météo. Non seulement ses doigts s’engourdissaient, mais le vent rendait difficile la stabilité de son objectif. Il était tellement concentré sur son sujet et déterminé à réussir la photo parfaite qu’il mitraillait sans relâche, sans se rendre compte que ses pieds étaient en train de geler. Il lui fallut ensuite plusieurs mois de soins pour s’en remettre. Finalement, il n’avait qu’une seule image parfaitement nette, mais c’était celle dont il rêvait : deux mouflons aux cornes entrelacées se fondant sur le décor neigeux.

Canon EOS 5D Mark IV + objectif 400mm f2.8 ; 1/1600 sec à f2.8 (+1.3 e/v) ; ISO 500.

Prix du jeune photographe de nature de l’année 2019 & Jeunes photographes de nature

11-14 ans

[Double-prix pour cette photo]

Signaux nocturnes © Cruz Erdmann / Wildlife Photographer of the Year 2019

(Nouvelle-Zélande)

Cruz participait à une plongée nocturne organisée dans le détroit de Lembeh, au nord du Sulawesi, dans des eaux peu profondes qui surplombaient un banc de sable, quand il croisa un couple de calmars récifaux à grandes nageoires. À son approche, le plus petit se propulsa au loin, mais le second, probablement un mâle au corps irisé qui brillait dans l’obscurité, fit du surplace pendant quelques secondes. Ces calmars ont des nageoires musculeuses qui courent le long de leur corps et contiennent des pigments et des cellules réfléchissantes leur permettant de changer de couleur et de motif en un instant, tantôt par mimétisme, tantôt pour communiquer. Cet individu de 25 cm fait apparaître des bandes sur son corps pour parader. Ses organes de reproduction internes virent au rose pour indiquer ses intentions. Sans avoir le temps d’ajuster ses flashs et son appareil, Cruz cadra instinctivement, capturant le calmar lumineux et ses deux tentacules tendus, avant qu’il ne se propulse en arrière, probablement pour rejoindre une potentielle partenaire.

Canon EOS 5D Mark III + objectif 100mm f2.8 ; 1/125 sec à f29 ; ISO 200 ; caisson Aquatica 5D Mk II Pro ; flash Ikelite DS161.

Jeunes photographes de nature

10 ans et moins

Surprise bourdonnante © Thomas Easterbrook / Wildlife Photographer of the Year 2019

(Royaume-Uni)

Lors d’une chaude soirée d’été, Thomas, en vacances en France, dînait avec sa famille dans le jardin quand il entendit un bourdonnement. Le son provenait des ailes battantes d’un moro-sphinx flottant devant une fleur de Salvia, siphonnant le nectar avec sa longue trompe. Ses ailes sont réputées battre plus vite que les colibris qui pollinisent les espèces de Salvia d’Amérique centrale et du sud des États-Unis. Le papillon se déplaçant rapidement de fleur en fleur, il lui était difficile de bien cadrer sa photo. Mais Thomas y parvint, tout en capturant l’immobilité de la tête du papillon de nuit contre le flou de ses ailes.

Sony DSC-HX400V + objectif 24-210mm f2.8-6.3 à 51mm ; 1/320 sec à f5 ; ISO 80.

Crédit photo : DR
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