Une fois de plus, un réseau délinquant géorgien, en relation avec les réseaux de « voleurs dans la loi » (Vory v zakone), a été démantelé à Rennes. Deux de ces professionnels de la cambriole ont été interpellés à Nîmes. Une vingtaine de cambriolages commis en Ille-et-Vilaine de septembre à novembre leur ont été officiellement attribués.

Les six ressortissants géorgiens condamnés étaient hébergés au Rheu, près de Rennes. Ce 22 novembre, ils ont été condamnés à des peines allant de 2 à 5 ans de prison ferme, avec mandat de dépôt, et à une interdiction définitive de territoire national à leur sortie. Des objets volés lors de divers épisodes ont été retrouvés dans leur logement.

« Tricards chez eux, ils sont venus chez nous où la police a bien moins de possibilité hélas »

En Géorgie, les « voleurs dans la loi » ont été chassés par la législation dans les années 2006-2008. Ils se sont depuis reportés sur l’Europe de l’ouest, et notamment la France connue pour sa législation plus molle. La libération de milliers de voleurs issus des réseaux des voleurs dans la loi, en 2013 en Géorgie, n’a rien arrangé. « Tricards chez eux, ils sont venus chez nous où la police a bien moins de possibilité hélas », résume un policier nantais.

Mais outre les réseaux, le tribunal de Rennes juge régulièrement de la délinquance vivrière, des vols principalement, commis par des Géorgiens en situation irrégulière qui multiplient les petits larcins pour améliorer leur quotidien. Ces derniers ont cependant parfois plusieurs identités et cumulent avec les aides sociales de l’État ou des associations, dont ils connaissent tous les rouages.

En 2014 déjà, six Géorgiens « voleurs dans la loi » étaient jugés pour une série impressionnante de cambriolages commis pendant cinq mois dans les Côtes d’Armor (22). Les objets et bijoux volés devaient être acheminés via Anvers en Géorgie, après avoir été chargés dans un conteneur. Quatre ont été condamnés à six ans de prison, Erik Duadev, Otar Kaidarashvili, Konstantin et Nika Tsinamdzgvrishvili, un autre à quatre ans de prison, Beka Dolenjashvili. Un dernier, Archili Miladze, a été jugé par défaut. Tous ont été interdits de territoire.

La mafia géorgienne sérieusement implantée en Bretagne

Plus tôt encore, en décembre 2013, 19 interpellations avaient été réalisées à Saint-Brieuc, Rodez, Saint-Jacques de la Lande près de Rennes et au Danemark, une vingtaine de personnes issues d’un réseau mafieux géorgien qui a commis des centaines de cambriolages et de vols à l’étalage en Basse-Bretagne sont interpellées. Point de départ de l’enquête : un cambriolage raté à Morlaix et la fuite des voleurs dans une voiture « qui semblait passer de mains en mains au sein de la communauté géorgienne de Saint-Brieuc ».

Au fil de l’enquête, les policiers vont de surprise en surprise, explique le Télégramme : « une véritable toile d’araignée : 50 à 70 voleurs actifs à Rennes, une trentaine à Saint-Brieuc et une quinzaine à Vannes. D’autres équipes sont présentes à Lorient, Quimperlé, Quimper et Brest mais, contrairement aux trois premières villes, aucun lieutenant n’y est identifié. Toutes ces équipes frappent dans un rayon de 250 km autour de leur base, jusque dans la Manche, le Maine-et-Loire, la Mayenne et la Loire-Atlantique ».

A leur tête, un Géorgien rennais, finalement débarqué et remplacé par un voleur chevronné venu d’Allemagne et déjà incarcéré par le passé en Géorgie ; dès l’été 2013, en Ille-et-Vilaine, le nombre de cambriolages double en août par rapport à l’année précédente. La plupart des membres du réseau, experts en cambriolages ou en vols à l’étalage, percevaient en outre les minimas sociaux – de 300 à 700 € par mois – mais vivaient très chichement, cultivant une apparence de clochard.

Les cambriolages sont souvent commis « par deux ou trois individus, ils ne passent pas plus de cinq minutes dans le logement, raflent l’or, les bijoux, la téléphonie. Ce qui n’encombre pas et se revend bien », explique un policier breton. « Une part notable des cambriolages a lieu dans les aires urbaines ou à moins de 10 km des voies rapides, aux heures creuses ou juste après le départ des gens au travail – comme ça ils peuvent fuir rapidement et se fondre dans la circulation ».

Des combines pour venir illégalement en France

A partir du début des années 2000, le système des associations qui aident les migrants et la législation étaient détournés de leur finalité en Géorgie : « A la suite d’une demande formulée en 2003 par le préfet des Côtes d’Armor, qui s’étonnait de l’arrivée massive de ressortissants géorgiens dans le département, des enquêteurs découvrent un site web géorgien livrant toutes les combines pour venir illégalement en France : se faire passer pour un demandeur d’asile, donner une fausse identité à une association caritative locale pour obtenir un premier document qui servira à effectuer de premières vraies-fausses démarches auprès d’une préfecture, etc. « On trouvait même sur ce site web les numéros de téléphone mobile de responsables d’associations de Saint-Brieuc », écrit encore Le Télégramme.

Résultat : à la suite de l’installation de familles géorgiennes à Rennes vers 2000 et à Brest en septembre 2003, le nombre de vols à l’étalage – souvent avec des cabas doublés d’alu qui ne sonnent pas aux portiques de sécurité – décolle, tandis que celui des cambriolages commence à augmenter. La mafia géorgienne s’est implantée au fur et à mesure en Bretagne et ailleurs, diversifiant ses activités criminelles – trafic d’êtres humains, blanchiment via l’achat de petits commerces, drogue…

De 2009 à 2012, « le nombre de mis en cause de nationalité [géorgienne] dans des affaires judiciaires ne cesse de progresser en France », écrit Le Télégramme en 2013 « : +78,2 % en trois ans (2.886 en 2012) en zone police, et +229 % en zone gendarmerie ! Le nombre d’individus incarcérés a suivi la même courbe : +160 % (206 en 2012) ».

En 2016, « dernière année pleine avant la suppression de l’obligation de visa de court séjour, 8 852 visas français ont été demandés en Géorgie et 8 235 ont été délivrés. La grande majorité de ces visas étaient des visas de court séjour (tourisme, affaires, visites familiales…). 250 à 300 visas de long séjour sont attribués annuellement à des Géorgiens, principalement à des étudiants (150 à 200 par an) », remarque le député Eric Girardin dans un rapport.

En 2017, les visas de court séjour ont été supprimés et la loi permet désormais aux Géorgiens détenteurs d’un passeport biométrique de rester 90 jours dans l’espace Schengen par période de 180 jours. « Ceci a eu pour conséquence une forte augmentation de la demande d’asile d’origine géorgienne dans plusieurs pays européens. En 2017, le nombre de demandes d’asile de Géorgiens dans l’ensemble des pays de l’Union européenne a augmenté de 35 % par rapport à 2016. Ils ont déposé près de 10 000 demandes dans l’Union, dont 31 % en Allemagne et 19 % en France [soit] 2096 […] les Géorgiens ont déposé 4 807 demandes d’asile en France sur les neuf premiers mois de 2018, soit 4,8 % du total des dossiers ». Parallèlement, le nombre de Géorgiens mis en cause dans des procédures judiciaires diverses a augmenté aussi, tandis que le nombre d’incarcérés s’est stabilisé – 237 selon l’administration pénitentiaire en 2018 (sur 14.964 étrangers).

Des réseaux toujours actifs dont le recrutement est alimenté par des visas médicaux falsifiés

Les réseaux géorgiens et caucasiens de « voleurs dans la loi » continuent d’être actifs. Lors d’une opération spéciale de la police française et d’Europol, 22 mis en cause dont 10 Géorgiens, parmi lesquels deux « voleurs dans la loi », Mindia Nidjaradze et Revaz Seskuria, ont été arrêtés en décembre 2018 à Lyon et en Belgique. Outre des cambriolages, les mis en cause ont aussi volé des voitures, établi de faux papiers et vendu des produits stupéfiants.

En juin 2018, ce sont 30 hommes et quatre femmes de 25 à 61 ans, principalement géorgiens, qui ont été condamnés de 18 mois à dix ans de prison ferme ; douze ont été interdits de territoire. Ils étaient accusés d’avoir commis des cambriolages à Strasbourg, la Rochelle, Poitiers, Niort ainsi qu’en Allemagne, Suisse, Belgique et aux Pays Bas. L’un des principaux « voleurs dans la loi », Kakha Shoushanashvili, avait déjà été condamné à 15 ans de prison ferme en Espagne.

« Pour décrire les divers hommes de rangs de cette association de malfaiteurs, les sources des journalistes français au sein des services d’enquête français expliquent qu’ils sont pour la plupart arrivés en UE avec des faux papiers lituaniens ou des visas médicaux falsifiés. Officiellement, ils vivent avec les minimas sociaux ou des petits boulots au noir. Presque tous sont toxicomanes. En cas d’arrestation, ils se taisent car les voleurs leur promettent de l’alcool et des cigarettes en prison, tandis que leurs familles auront une aide financière le temps de leur incarcération », explique la version russe de RFI.

Louis Moulin

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2019, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine