Leo Varadkar, depuis 2016 à la tête d’un coalition centriste en Irlande, a demandé la dissolution du Parlement cette semaine et et annoncé la date des prochaines élections. Ce sera le 8 février prochain. Dans le même temps, en Irlande du Nord, les députés vont de nouveau siéger à Stormont après qu’un accord ait été trouvé entre unionistes et républicains, trois ans après le blocage des institutions en Ulster…

« Le Brexit n’est pas encore fait. En fait, on n’en est qu’à la moitié. La prochaine étape, ce sera la négociation d’un accord de libre-échange, qui doit être conclu d’ici la fin de l’année. On entre donc donc dans une fenêtre de tir pour organiser des élections, de manière à ce que le gouvernement soit en place avant le prochain sommet européen, crucial, en mars, pour négocier cet accord avec un mandat fort », explique Leo Varadkar, en Irlande.

Une version officielle qui permet de balayer d’un revers de main (qui devrait toutefois ressortir durant la campagne) les nombreux griefs que font de plus en plus d’Irlandais à ce gouvernement : explosion de la pauvreté et des prix de l’immobilier, crise du logement sans précédent, scandales financiers, mais également montée d’un ras le bol face à l’immigration qui commence à se faire de plus en plus visible sur l’île (y compris concernant la politique d’accueil des réfugiés).

Par ailleurs, le gouvernement actuel et sa majorité ne tenaient de toute façon plus qu’à l’abstention d’une poignée d’élus indépendants au Parlement, tandis que l’opposition menaçait de longue date de le faire chuter.

C’est donc parti pour une campagne rapide, de trois semaines.

Elections en Irlande, mode d’emploi 

Les élections générales irlandaises se tiennent suivant un scrutin proportionnel plurinominal avec scrutin à vote unique transférable. Elles ont lieu dans 40 circonscriptions électorales et concernent 159 des 160 sièges. En effet, le Ceann Comhairle, qui préside le Dáil Éireann, est automatiquement réélu, conformément à l’article 16, alinéa 6, de la Constitution.

Parmi les principaux partis, on retrouvera le Finn Gael (centre gauche, parti de Varadkar), le Sinn Féin (gauche), le Fianna Fail (centre droit), le parti travailliste, mais aussi l’extrême gauche (People Before Profit), les Verts. Nous dresserons un portrait des différentes formations en lice prochainement.

Irlande du Nord : back to Stormont !

En Irlande du Nord, après trois années d’impasse, le Sinn Féin a déclaré qu’il allait réintégrer le gouvernement décentralisé après avoir trouvé un accord. Le Parti démocratique unioniste (DUP) avait également apporté son soutien à ce  projet d’accord visant à restaurer les institutions politiques de Stormont, après 9 mois de discussions avec les gouvernements irlandais et britanniques.

La coalition de partage du pouvoir de Stormont, dirigée par le DUP et le Sinn Féin, s’est effondrée en janvier 2017 à cause d’un conflit sur des trafics d’influence autour de l’énergie verte.

Le Premier ministre Boris Johnson a salué l’accord, en tweetant qu’il s’agissait d’un «  grand pas en avant pour le peuple d’Irlande du Nord « . Une première réunion de l’Assemblée d’Irlande du Nord a eu lieu samedi dernier. Arlene Foster a regagné son poste de Première ministre d’Irlande du Nord tandis que Michelle O’Neil, chef du Sinn Fein, était nommée Première ministre adjointe. Des fonctions attribuées mécaniquement, au premier et au deuxième partis de la province. Mais des attributions parfaitement égales : les deux femmes vont gouverner ensemble, au même niveau hiérarchique. Un gouvernement constitué également avec le SDLP (sociaux-démocrates, plutôt républicains) l’UUP (Unionistes) et Alliance (Libéraux).

Jusqu’à il y a trois ans, l’Irlande du Nord était gouvernée conjointement par son plus grand parti unioniste, le DUP, et son plus grand parti nationaliste, le Sinn Féin. Ils partageaient le pouvoir au sein des institutions politiques mises en place dans le cadre de l’accord du Vendredi Saint de 1998, un accord qui a apporté la paix en Irlande du Nord après 30 ans de guerre civile (les Troubles). Selon les principes du partage du pouvoir, le gouvernement de Stormont ne peut fonctionner que s’il est composé d’une coalition d’unionistes et de nationalistes

Grosso modo, les relations entre le DUP et le Sinn Féin s’étaient détériorées ces dernières années car les deux partis étaient diamétralement opposés non seulement sur la position de l’Irlande du Nord au sein du Royaume-Uni, mais aussi sur des questions telles que la langue gaélique et sa place dans la société, le mariage homosexuel, l’avortement et la manière de gérer l’héritage des Troubles. Mais c’est un scandale financier qui aura provoqué la rupture, à propos d’un programme favorisant les énergies renouvelables, programme qui menaçait de ruiner les contribuables en Irlande du Nord (490 millions de livres). Un programme mené alors par Arlene Foster, qui a refusé de démissionné après les révélations par le Sinn Féin, ce qui a provoqué la rupture politique et la fin du gouvernement d’union, le 9 janvier 2017.

Parmi les points clés de l’accord permettant de retrouver une Assemblée à Stormont, la création d’un poste budgétaire dédié à la langue gaélique et un autre dédié à l’Ulster Scot Language, dans un soucis d’équité entre communautés.  Il s’agira d’un « office pour l’identité et l’expression culturelle ». Au niveau mémoriel, des enquêtes pour faire la lumière sur les assassinats non élucidés survenus pendant les Troubles vont être menées, ce qui est particulièrement risqué et pourrait mettre le feu aux communautés.

Plus pratique et concret, le règlement par l’exécutif d’Irlande du Nord d’un conflit salarial avec les infirmières, la hausse du financement d’un système de santé en crise ou encore l’augmentation du nombre de policiers, seront mis en place

De fait, la présidente du Sinn Féin, Mary Lou McDonald, a déclaré que son parti nommerait des ministres en vue de la constitution d’un nouveau gouvernement, et que le Sinn Féin était prêt à revenir à un « véritable partage du pouvoir ». La responsable du DUP, Arlene Foster, a décrit les propositions comme un « accord juste et équilibré (…) Je sais que cet accord comportera des défis, notamment celui de s’assurer que nous avons les moyens financiers de faire face à tous les problèmes qui se posent actuellement en Irlande du Nord, en particulier dans et autour du secteur de la santé »

Les autres partis politiques, moins importants en terme de voix, ont également salué cet accord, ainsi que la majorité des églises et communautés religieuses d’Irlande du Nord. Seul l’Ordre d’Orange, principale organisation communautaire protestante, a fait part de son inquiétude évoquant « de très sérieuses préoccupations au sujet de l’accord » et « qu’il ne pouvait pas soutenir la proposition de nommer un commissaire à la langue irlandaise »

Il y a du pain sur la planche donc, pour préserver la paix en Ulster, et pour faire en sorte que l’Irlande du Nord se refasse une beauté économique, sur fond de Brexit et d’évitement impératif du retour d’une frontière physique sur l’île d’ici la fin de la période de transition (31 décembre 2020).

L’Irlande du Nord doit en effet rester dans l’Union douanière européenne tout en faisant partie de la future Union douanière britannique. Boris Johnson a évoqué des contrôles en mer d’Irlande mais c’est un sacré bordel actuellement pour déterminer ce qui va réellement se passer, chose qui inquiète tout le monde, en Irlande, dans l’Union européenne, au sein du Royaume-Uni… Affaire à suivre.

YV

Crédit photo : DR (photo d’illustration)
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