On parle déjà des prochaines élections régionales. S’il faut barrer la route à Richard Ferrand, on peut compter sur Le Drian… En 2010,  ce dernier était bien parvenu à éliminer Marylise Lebranchu, alors ministre…

Les élections municipales ne sont pas encore terminées que, déjà, les professionnels de la politique songent aux régionales de mars 2021. En Bretagne (4), on peut s’interroger sur le devenir de l’actuelle majorité – celle mise sur pied par Jean-Yves Le Drian en 2015 : PCF, PS, divers gauche, régionalistes, membres de la société civile… Mais l’arrivée sur le marché de LREM l’a « diversifiée » ; certains socialistes sont devenus macronistes. Pour autant, ces derniers ont conservé leur place au sein de cette majorité dirigée par le lieutenant de Le Drian, Loïg Chesnais-Girard (PS), qui porte une autre casquette : président du conseil régional.

« La majorité des cocus et des coquins »

Le Drian voit les affaires bretonnes de loin, croyait-on ; au Quai d’Orsay, il a d’autres chats à fouetter. Jusqu’à ce qu’il crée une boutique dénommée Les Progressistes bretons – Breizh Lab (320 adhérents). Il rêve d’un nouveau CELIB (Comité d’études et de liaison des intérêts bretons). Revenir à la belle époque de René Pleven et de Joseph Martray serait effectivement formidable, époque ou droite, gauche et société civile se côtoyaient au sein de cette organisation qui présentait un front uni face à Paris. Mais la droite, une partie de la gauche et de LREM n’ont pas rejoint Breizh Lab. Par exemple Louis Le Pensec, ancienne gloire du PS breton, mais aussi Richard Ferrand (LREM), député de Carhaix et président de l’Assemblée nationale. Il ne s’agit donc pas d’une franche réussite pour Le Drian. «  Le Breizh Lab défend certes les intérêts de la Bretagne mais ce n’est pas incompatible avec la défense des intérêts de la majorité dont il fait partie » estime Marc Le Fur (LR), député de Loudéac et président du groupe Droite, centre et régionalistes au conseil régional de Bretagne. « Jean-Yves Le Drian a dans l’idée d’essayer de réunir ses anciens amis de la gauche et ses nouveaux du centre, ce que j’appelle la majorité des cocus et des coquins », poursuit-il (Bretons, janvier 2020).

La Bretagne à Ferrand ?

Qui héritera de la « famille Le Drian » en 2021 ? À coup sûr, Richard Ferrand se verrait bien président du conseil régional de Bretagne. Mais, tant que Jean-Yves Le Drian était en piste, il était contraint de revoir ses ambitions à la baisse et de se contenter de jouer au conseiller régional de base. Mais si Le Drian se retirait définitivement du circuit breton, on verrait tout de suite Ferrand se proclamer leader de la majorité sortante. Mais, comme les deux hommes ne s’estiment guère, Jean-Yves Le Drian a-t-il envie de faire cadeau de la Bretagne à Ferrand ? La réponse est certainement négative. «  En Bretagne, si Richard Ferrand a eu une « interrogation estivale », selon l’un de ses interlocuteurs, le ministre Jean-Yves Le Drian est à la manœuvre. » (Le Figaro, vendredi 3 javier 2020).

Le Drian mieux armé ?

Si les deux hommes devaient s’affronter pour la désignation de la « locomotive » pour ces régionales, Le Drian serait certainement mieux armé que Ferrand question notoriété et popularité. Sur l’ensemble du territoire breton, le premier ne craint pas la concurrence, alors que la « gloire » de Ferrand ne va pas au-delà des limites de sa circonscription. À l’échelon national, le ministre des Affaires étrangères dispose également de meilleures cartes que le président de l’Assemblée nationale. Au classement des personnalités politiques, Le Drian occupe la sixième place (46% de bonne opinion) , alors que Ferrand n’arrive qu’en quarantième position (22% de bonne opinion), selon l’IFOP (Paris-Match, 14 novembre 2019). À la question « Pour chacune des personnalités suivantes, souhaitez-vous lui voir jouer un rôle important au cours des mois et des années à venir ? », 20% des personnes interrogées choisissent Le Drian et 8% Ferrand (Kantor, Le Figaro magazine, 1er novembre 2019).

Et s’il fallait arbitrer et donner la préférence au « meilleur », l’Élysée pourrait organiser des sondages qui donneraient la réponse. Et puis l’affaire peut également se discuter en loge puisque les deux hommes sont francs-maçons.

Bernard Morvan

Crédit photo : Pymouss/Wikimedia (cc)
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