Pour qui roulent les producteurs de la série Baron Noir ? La question se pose, lorsque l’on visionne la saison 3 de ce qui constitue par ailleurs cinématographiquement une excellente série française (fait suffisamment rare pour être souligné).

Dans cette troisième saison, diffusée depuis lundi sur Canal+ et My Canal (8 épisodes), on poursuit les aventures politiques de Kad Merad, alias Philippe Rickwaert, en route vers l’élection présidentielle, dans un combat politique acharné avec les incarnations cinématographiques des principales figures de LREM, du RN, de la France Insoumise, du PS et de Républicains.

Le sujet, c’est la montée du « populisme » (en réalité du Rassemblement national) qui fait trembler toute la gauche que Rickwaert, le Baron noir, espèce de pourri toutefois aimé de beaucoup car de gauche, voudrait unir. Pour cela, enfin surtout pour arriver au pouvoir dont il est avide, il serait prêt à tout, surtout à écraser ses adversaires (après avoir passé deux saisons à comploter, à les monter les uns contre les autres, et à faire voir aux spectateurs l’envers du décor de la vie politique en France, qui donne plus que la nausée sachant que l’on connaît la part de vérité importante de cette série).

La série est bien ficelée (8 épisodes, cela se regarde bien). Le message lui, est ambigu. Il voudrait faire passer de véritables voyous que sont les comploteurs de premier plan pour des personnalités parfois sympathiques (alors que ces gens multiplient les combines, les emplois fictifs, les abus de pouvoir, les menaces, le chantage). Tout en insistant lourdement, très lourdement, sur la « menace populiste » en France, avec un leader du Rassemblement national volontaire, incarné par un acteur qui joue le psychopathe machiavélique, le personnage, bien entendu, le plus antipathique de la série.

On passe également sur l’attaque d’étudiants gauchistes et racialistes par le GUD, avec pour le coup des acteurs… déguisés en Skinhead. N’importe quel observateur avisé de la vie politique sait pourtant que le GUD n’est pas un mouvement de Skinheads. Que les attaques à la matraque télescopique et à la lacrymogène sont plutôt, ces dernières années, le fait de militants dits « antifas ». Mais l’esprit Canal+, c’est sans doute de vouloir jouer à se faire peur, et faire fantasmer le spectateur sur un « péril nazi » qui serait toujours imminent.

On passera également sur toutes les lubies sociétales du moment dont on sent bien qu’elles sont volontairement et sympathiquement mises sur le devant de la scène. La série évoque des réunions de noirs gauchistes qui refusent les « non-racisés », la fille de Kad Merad se découvre homosexuelle et se met en couple avec une noire gauchiste militante elle aussi. Les réalisateurs poussent la caricature très loin. Comme pour vouloir imposer des idées partagées par personne (hormis quelques groupuscules made in Evergreen) sur le devant de la scène médiatique.

La série décrit parfaitement toutefois le néant, en matière politique, qui porte la plupart des candidats à l’élection présidentielle. Des obsédés de la communication qui sont prêts à changer d’idées pour plaire au grand public. Le tout téléguidé par une armada de chargés de communication. Des gens dont les idées sonnent creuses, fausses, mais qui, avides de pouvoir, et obsédés par la prétendue « menace populiste », sont prêts à tout pour s’y maintenir. On rigole aussi devant la description de la droite, qui ne sait jamais où se situer (comme dans la vraie vie), avec les sempiternels obsédés du « gaullisme », y compris près d’un siècle plus tard, comme si De Gaulle était encore toujours d’actualité dans un monde qui n’a plus rien à voir avec celui d’il y a quelques décennies.

Du côté des acteurs principaux, Kad Merad joue parfaitement dans Baron Noir. Anna Mouglalis, qui joue la présidente, nettement moins. Les autres acteurs s’en sortent remarquablement.

En résumé, nous nous étions régalés avec les deux premières saisons, brillantes cinématographiquement. La troisième ne déroge pas à la règle,  même si on regrette que les réalisateurs, imprégnés eux mêmes d’idéologie, confondent parfois cinéma et propagande politique. Ils oublient qu’en réalisant Baron Noir, ils parlent aussi à une population dont le premier parti politique en terme électoral s’appelle le Rassemblement national, et qu’un minimum serait au moins de ne pas leur cracher à la figure, surtout lorsqu’il s’agit de ressortir des vieilles lunes qui n’existent que dans des cerveaux malades…

YV

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