Coronavirus : pour un spécialiste russe des maladies infectieuses, « le plus grand danger est psychologique »

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Le blog russe Colonel Cassad, qui fait partie des plus lus au sein de la blogosphère russe, spécialisé dans la géopolitique et les enjeux internationaux, a interrogé un spécialiste des maladies infectieuses sur le coronavirus. Ce dernier voit le nombre de cas repartir à la hausse (60 081 infectés au 12 février, 1 361 morts, 5 905 guéris) mais reste localisé essentiellement en Chine.

Selon le spécialiste des maladies infectieuses, « le plus grand danger est psychologique. L’incertitude nourrit toujours les peurs et est alimentée par les réseaux sociaux et les médias. Cependant si on analyse les données disponibles en gardant la tête froide, il n’y a pas de raison pour faire des prévisions apocalyptiques ».

En effet, « l’épidémie reste régionale, avec une grande majorité des cas à Wuhan et dans la province de Hubei (75 % des cas chinois). Les cas en-dehors de la Chine sont très marginaux, même si on fait peur aux gens en leur disant que le virus s’est propagé à trente pays. Cependant dans la plupart de ces pays il y a moins de dix cas confirmés. Dans certains, il y en a plusieurs dizaines [32 en Thaïlande, autant au Japon sans compter 218 cas sur le paquebot de croisière Diamond Princess bloqué au large des côtes], mais cela reste contrôlable, d’autant que ce sont des pays avec des systèmes sanitaires développés ».

Par ailleurs, « la mortalité hors du centre de l’épidémie, la province de Hubei, est entre 0,15 et 0,25 % – c’est comparable à la mortalité de la grippe saisonnière, qui emporte chaque année des millions de personnes à travers le monde [2 800 en France en 2019]. Cependant la mortalité à Wuhan (2,8 à 3 %) et dans le reste de la province (2,1 à 2,2 %) est bien plus forte, ce qui reste étonnant.

C’est peut-être lié à la charge sur le système sanitaire local […] ou au fait qu’il y a beaucoup de porteurs et que les malades sont contaminés à plusieurs reprises et plus infectés. On peut aussi penser que ce sont des gens plutôt jeunes qui emmènent avec eux le virus de la province de Hubei vers le reste de la Chine, leurs contacts ont le même âge et la part la plus fragile de la population [personnes âgées, nourrissons, femmes enceintes…] est moins touchée […] le fait que les enfants ne sont pas contaminés reste aussi un mystère ».

Cependant, il y a encore beaucoup d’incertitudes. « Par exemple, y a-t-il des personnes infectées qui ne présentent pas de symptômes ? Quelle est leur part parmi les personnes infectées ? Quel est leur potentiel de contagion ? Acquièrent-ils une immunité ? Est-ce que ceux qui se sont remis du virus acquièrent une immunité ? Dure-t-elle longtemps ? Peut-il y avoir des infections chroniques ? […] en l’absence de réponse à ces questions, toute prévision est difficile. Cependant à mon humble avis et à la lumière de mon expérience professionnelle, il est probable que cette épidémie ne quitte pas les frontières de la Chine et diminue dans les prochains mois ».

S’il « n’a pas de raisons » de douter de l’objectivité des statistiques chinoises, le spécialiste russe avoue qu’il y a « des incertitudes dans la collecte des cas prouvés. On ne sait si ce sont des gens qui ont le coronavirus ou si ce sont des gens qui se sont adressés aux services médicaux après avoir détecté un ou plusieurs symptômes. Et c’est fort possible que tous les cas de coronavirus ne soient pas connus, mais personne ne sait même approximativement combien de cas ont échappé aux radars ».

En revanche, il doute qu’un vaccin puisse être mis en place rapidement pour lutter contre l’épidémie : si un produit peut être proposé dans les deux à trois mois, il lui reste encore à passer les tests précliniques, pour l’heure impossibles faute d’avoir des publications scientifiques sur le sujet et un modèle stable testé sur des animaux de laboratoire, puis des tests cliniques en trois phases, dont la dernière nécessite l’inoculation de volontaires avec le virus. « En l’état, c’est impossible ».

Pareil pour un médicament, pour les mêmes raisons. Le Remdesivir, développé contre Ebola contre lequel il est relativement efficace, « a des perspectives. Il y a des données sur son action qui ralentit l’action du SRAS […] mais cela reste un médicament expérimental. Dans le cadre de l’épidémie du coronavirus, il n’a été utilisé qu’une fois, aux États-Unis, contre un malade atteint du coronavirus, dont l’état s’est amélioré. Mais cette observation n’est pas fiable. Le 6 février, les Chinois ont lancé des tests sur un petit groupe de malades, il faut en attendre les résultats ».

Que faire pour ne pas être contaminé ? « Faute de publications sur le sujet, il faut s’en remettre au bon sens. Dans un bâtiment où il y a une foule, un hôpital, il vaut mieux avoir un masque sur le visage. Dans la rue, surtout s’il n’y a pas foule, on n’en a pas besoin. Tout le monde ou presque convient qu’il faut que les personnes infectées portent un masque. Mais il faut se souvenir que ce type d’infection passe aussi par les mains, donc il faut les laver ou les désinfecter. Il y a eu aussi un cas à Wuhan où un médecin de Pékin qui était en contact avec des malades en combinaison de protection contre les infections, mais sans lunettes, a été infecté. Il a survécu ».

Louis Moulin

Crédit photo : DR
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