Antoine Boulant : « Saint-Just n’est pas le précurseur de la collectivisation soviétique » [Interview]

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Saint-Just. Un nom qui rappelle une sinistre période pour de nombreux Bretons et Vendéens donc les ancêtres ont subi de plein fouet la Terreur durant la Révolution française.

Pour d’autres, ce révolutionnaire, guillotiné à 26 ans, fût érigé en héros national eu égard de son rôle dans l’avancement de cette Révolution française.

Qui était vraiment Louis Antoine de Saint-Just ? C’est à cette question qu’essaie de répondre une nouvelle biographie rédigée par Antoine Boulant, qui vient de paraitre aux éditions Passés Composés. Une biographie qui s’appuie sur les travaux les plus récents au sujet du personnage mais aussi de cette période de l’histoire de France pour proposer une nouvelle étude de ce personnage, controversé.

Après avoir soutenu une thèse de doctorat sous la direction de Jean Tulard, Antoine Boulant a été professeur d’histoire pendant quelques années, avant de servir pendant dix-sept ans au Service historique de la Défense. Il a mené en parallèle une carrière d’historien, publiant plusieurs ouvrages et articles consacrés à l’histoire institutionnelle, politique et militaire du XVIIIe siècle, de la Révolution et de l’Empire. Le Tribunal révolutionnaire a ainsi fait l’objet de son avant-dernier livre, paru chez Perrin en 2018, le dernier étant donc ce Saint-Just, l’archange de la Révolution (Passés composés), à propos duquel nous nous sommes entretenus.

Breizh-info.com : Qui fut Saint-Just ? Qu’est-ce qui vous a amené à vous y intéresser ?

Antoine Boulant : Alors que sa dernière biographie a été publiée voici déjà trente-cinq ans, il m’a semblé opportun de revisiter ce personnage de premier plan, qui a été quelque peu effacé par d’autres figures montagnardes, comme celles de Robespierre, de Danton ou de Marat. Après vingt-cinq années passées dans la Nièvre, puis dans l’Aisne – consacrés à mener des luttes politiques locales et à rédiger divers écrits littéraires, théoriques et politiques, qui témoignent de sa précocité intellectuelle -, son rôle fut pourtant considérable en 1793 et 1794. Député à la Convention, membre du Comité de salut public, organisateur de la victoire à l’armée du Rhin et à l’armée du Nord où il fut envoyé comme représentant en mission, penseur des institutions républicaines, mais également procureur impitoyable des Girondins ou des dantonistes, il incarne une Terreur fanatique, tout comme  Robespierre dont il était, du reste, l’ami le plus proche.

Breizh-info.com : Y’a-t-il des fantasmes au sujet de Saint-Just ? Pourquoi avez-vous choisi, en sous-titre de votre livre, ce surnom d’Archange de la Révolution et pas d’Archange de la mort, comme Michelet l’appelait ?

Antoine Boulant : Il est en effet exact qu’un véritable mythe de Saint-Just s’est progressivement construit, un grand nombre d’historiens, d’écrivains, de philosophes et d’artistes du XIXe et du XXe siècle – notamment Sainte-Beuve, Lamartine, Malraux ou Camus – ayant été fascinés par sa radicalité, sa jeunesse, son sens de l’organisation, sa compassion pour les pauvres et son rêve d’une cité idéale composée de petits propriétés unis par les vertus civiques. Le surnom d’Archange de la mort lui ayant déjà été attribué par Michelet, et Malraux lui ayant donné celui d’Archange de la Terreur, j’ai simplement souhaité ne pas plagier ces deux immenses auteurs !

Breizh-info.com : Guillotiné a 26 ans, après avoir lui même fait guillotiner à tour de bras, Saint-Just est-il finalement le symbole de la folie révolutionnaire qui s’est emparée essentiellement de Paris durant la Révolution française ? 

Antoine Boulant :  Tout d’abord, il faut souligner qu’en dépit de sa radicalité idéologique, Saint-Just a moins de sang sur les mains que d’autres conventionnels comme Fouché, Tallien ou Carrier, qui conduisirent des répressions à grande échelle. Ensuite, précisons que l’immense majorité des victimes de la Terreur de 1793-1794 furent exécutées en province, notamment en Vendée et dans les villes dites « fédéralistes » qui s’étaient soulevées contre la Convention. Cela étant dit, Saint-Just incarne à coup sûr une Terreur conçue, non seulement comme un moyen de défense de la République contre ses ennemis, mais comme la condition même de l’émergence du peuple révolutionnaire, étant destinée à éliminer tous les individus qui ne prennent pas personnellement une part active à la Révolution.

Breizh-info.com : On lui doit la citation « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté ». Diriez vous que Saint-Just est le père spirituel de l’extrême gauche aujourd’hui en France, courant politique qui aime à reprendre cette phrase ?

Antoine Boulant : Pour tout vous dire, je n’ai trouvé aucune trace de cette fameuse citation dans ses écrits ! Il a en revanche bien déclaré que ce qui constituait une république était « la destruction de ce qui lui est opposé ». Si le terme de père spirituel n’est peut-être pas approprié, on sait cependant que Jean-Luc Mélenchon ou Alexis Corbière se réclament régulièrement de la pensée robespierriste, et donc de celle de Saint-Just, qui lui est globalement similaire. Rêvant d’une société de petits propriétaires, il n’a cependant jamais prôné le partage des terres entre tous les individus, et n’est donc pas le précurseur de la collectivisation soviétique…

Breizh-info.com : Y’a-t-il des films, d’autres livres, que vous conseilleriez sur la période ?

Antoine Boulant : Je recommanderais volontiers aux internautes de découvrir le téléfilm qui fut diffusé en 1975 sous le titre Saint-Just et la force des choses, dans lequel Saint-Just est joué par Patrice Alexsandre, et que l’on trouve sur le site de l’INA. Les dernières semaines de Robespierre et de Saint-Just sont remarquablement restituées dans La Terreur et la vertu, diffusé en 1965. Quant aux ouvrages sur la Révolution française, ils se comptent par milliers, mais sont évidemment de qualité et d’intérêt très inégal…

La meilleure synthèse me semble encore être celle de Donald Sutherland, parue en 1991, intitulée Révolution et contre-révolution en France (1789-1815). L’ouvrage de Patrice Gueniffey sur La Politique de la Terreur est également incontournable pour comprendre la violence révolutionnaire.

Propos recueillis par YV

Crédit photo : DR
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