Nous continuons notre suivi des agressions et des problèmes survenus dans les prisons bretonnes ces dernières semaines. Les maisons d’arrêt de Brest et de Rennes-Vezin, ainsi que la maison d’arrêt des femmes de Rennes se distinguent tout particulièrement.

Dans ce dernier établissement, une détenue radicalisée transférée ici par mesure disciplinaire avait déjà agressé le personnel en criant Allah Akbar en janvier dernier. Une autre détenue, connue pour son profil psychiatrique fragile, a agressé sans raison un surveillant le 20 janvier dernier et lui a cassé ses lunettes ; l’UFAP, qui dénonce l’agression, a demandé une hospitalisation d’office et son transfert.

Le 30 janvier, une détenue déjà connue pour diverses agressions contre le personnel jette sur une surveillante « de l’urine contenue dans une bouteille et lui a craché dessus, crachats qui contenaient du sang », relève l’UFAP. Le 5 février, la même détenue connue pour « ses agressions caractérisées » récidive : alors qu’elle est toujours au quartier disciplinaire suite à l’agression du 30, elle « asperge d’urine la surveillante du quartier disciplinaire alors que notre collègue récupérait les poubelles de la détenue », dénonce encore l’UFAP.

Au sujet de l’agression du 30, FO apporte des compléments : cette détenue, qui demande son transfert dans un autre établissement, multiplie les agressions. « Les écrits, alertes et signalements des agents à l’encontre de la détenue T. sont nombreux : Violences, menaces sur leurs familles, agressivité, tapage… Pour autant, notre Direction et Chef de détention ne semblent pas y prêter une attention sincère… ».

Cela dit, la direction à la maison d’arrêt des femmes de Rennes semble avoir trouvé la solution, puisque deux détenues « ouvertement hostiles » sont autorisées à conserver leur guitare en cellule – moyennant quoi chaque soir les surveillants doivent compter le nombre de cordes – et une sa panoplie de peinture. FO Pénitentiaire dénonce la situation avec force ce 1er mars : « les personnels sont en souffrance ! Nous ne sommes pas vos valets au service de la population pénale ! ».

L’UFAP à Rennes-Vezin contre les coupe-liens : « avec la population pénale, mieux vaut prévenir que guérir »

A Rennes toujours, mais du côté de la maison d’arrêt des hommes, à Vezin, l’UFAP demande le 10 février que les coupe-liens dont seront dotés les personnels pour trancher rapidement les draps, lacets ou autres effets dont se servent les détenus pour se suicider, ne soient pas remis aux personnels.

« L’UR UFAP UNSa JUSTICE  de RENNES dénonce les futures mises en place des coupe -liens dont l’ensemble des Personnels, exerçant dans les détentions, seront dotés. Si cet outil pourrait être utile pour enrayer une tentative de suicide par pendaison, il pourrait tout autant être utile à des fins dangereuses à l’encontre d’un membre du Personnel », explique le syndicat.

« Ce coupe-lien, tranchant comme un rasoir, peut sectionner un doigt, une oreille, voire la gorge … !!! Et, avec la population pénale d’aujourd’hui, mieux vaut « prévenir que guérir ». Au regard de la multiplication des agressions et des modes employés pour s’attaquer aux collègues, cette arme blanche, pouvant néanmoins devenir létale, ne fera qu’augmenter la tentation d’agression par nos pensionnaires », plaide le syndicat, qui demande que les coupe-liens soient mis en sécurité dans les bureaux des gradés et autres postes protégés.

Rennes-Vezin : impunité des détenus et surpopulation

La maison d’arrêt de Rennes est aussi surpeuplée car FO corrige sèchement, preuves à l’appui, les incohérences des chiffres officiels : ainsi, il y a 189 matelas au sol (103 en MA1, le reste en MA2), et la capacité opérationnelle est inférieure de 146 places aux prévisions de la direction interrégionale. Résultat : 156 % de taux d’occupation pour la maison d’arrêt réellement contre 146.1% pour la direction.

Le 10 février, FO Pénitentiaire adresse une lettre ouverte à la direction de l’établissement, qui fait état, au 9 février, de 94 matelas au sol en maison d’arrêt 1 (155% de taux d’occupation) et 112 matelas au sol en maison d’arrêt 2 (151%).

« Ces chiffres sont tout simplement alarmants et inadmissibles. Cette situation inacceptable nuit fortement à la sécurité des agents et de l’établissement, sans même parler des conditions de détention qui y sont purement scandaleuses. Désormais se sont des cellules occupées par 4 détenus qui sont constituées au niveau des 2 Maisons d’Arrêt du CP Rennes-Vezin. Cela ne s’arrangera pas dans les jours qui viennent puisque déjà 30 détenus sont en attente d’affectation au Quartier Arrivants », écrit le syndicat.

Toujours à Rennes-Vezin, un détenu qui en a violemment tabassé un autre ce 5 février en promenade – un coup de poing qui met la victime à terre et deux coups de pied dans le visage, entre autres – est condamné à 15 jours ferme de quartier disciplinaire, mais n’en effectue que deux, constate FO Pénitentiaire.

« Comment ce détenu violent peut-il sortir du Quartier Disciplinaire après seulement deux jours de prévention et en disposant d’une sanction à effectuer à une date indéterminée alors même que le Quartier Disciplinaire dispose de plusieurs places libres ??? Alors que l’acte a été reconnu par l’agresseur et filmé par nos caméras, comment cette personne peut-elle se retrouver en détention classique deux jours plus tard ? Alors que nos Maisons d’Arrêt sont pleines à craquer avec plus de 170 matelas au sol, comment peut-on laisser instiller un tel sentiment d’impunité ? », s’interroge le syndicat.

Maison d’arrêt de Brest : surpopulation et agressions

A la maison d’arrêt de Brest, le 11 février, un détenu, R., reçu en audience, a agressé un officier. Ce dernier, tabassé, a été secouru par ses collègues, signale l’UFAP. Le 19 février, l’établissement était bloqué par ses agents, qui dénoncent surpopulation et agressions en hausse. Le 30 janvier, c’est un surveillant qui a été agressé par un détenu au quartier 3/3, ce dernier, au profil psychiatrique lourd, a tenté de l’étrangler, signale FO dans un communiqué.

« Du fait d’un taux d’occupation qui dépasse l’entendement avec pas moins de 47 matelas au sol, des agressions sur personnels en constante augmentation, 4 depuis le début janvier, les personnels ne peuvent rester les bras croisés à se languir sur leur sort. Avec un tel taux d’occupation, nous pouvons d’ores et déjà indiquer par expérience que, si rien n’est fait, la situation va encore se dégrader, les agressions se multiplier parce que la détention sera ingérable », relève l’UFAP qui « regrette qu’il ait fallu arriver à une situation de blocage d’établissement pour se faire entendre ».

Des prisons surpeuplées dans toute la direction interrégionale

FO Pénitentiaire a dressé le tableau statistique de la suroccupation des prisons – fondé sur l’écart entre la capacité théorique (nombre de places ou de lits) et le nombre de prisonniers effectivement accueillis, avec des matelas au sol dans les cellules ou des lits superposés au mieux. Cependant ce taux est souvent bidouillé par l’administration : « Taux qui, soit dit en passant, laisse perplexe quand on connaît les méthodes de calcul ! On y intègre des quartiers femmes sous peuplés, des quartiers mineurs partiellement vides, des cellule quartier arrivant pourtant non ouvert etc… Tout est bon pour minorer les chiffres ! », s’insurge FO-Pénitentiaire.

En Bretagne les taux d’occupation sont de 170% à la maison d’arrêt de Brest, 167% à Lorient-Ploemeur, 128% à Nantes, 142% à Rennes, 201 % ( !) à Saint-Brieuc, 120% à Saint-Malo et 176% à Rennes. Hors Bretagne, Laval avec 194% approche aussi la sursaturation. Seuls Cherbourg (67%) et Rouen (90%) sont occupées en-dessous de la capacité théorique. Il y a aussi 44 matelas au sol à Brest, 30 à Lorient, 12 à Vannes, 101 à Nantes et même 158 à Rennes-Vezin.

Les nouvelles places de prison promises par Macron se font franchement attendre… Résultat, à Lorient qui a fini par dépasser les 200% d’occupation, il y a eu un blocage des personnels exaspérés par la promiscuité et les agressions qui en découlent… A Vannes où il y avait début février 95 détenus pour 45 places à la maison d’arrêt, les personnels ont bloqué le 3 février, en demandant « le transfert rapide de 20 détenus (dont les profils difficilement gérables dans notre structure archaïque, les interdits du 56 et les personnes venues de la région parisienne) ».

Louis Moulin

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