Quatre épidémies qui ont touché la Bretagne dans l’Histoire

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Choléra, dysenterie, variole, peste, si pour nous aujourd’hui ces noms ne sont plus notre quotidien, ils sont responsables de millions de morts à travers l’Histoire. L’animateur de la chaîne Istoerioù Breizh revient sur quatre de ces épidémies qui ont touché la Bretagne.

Des catastrophes qui n’ont pas épargné la Bretagne où une bonne partie de la population fut décimée par la grande peste noire du XIVe siècle et souffrit à plusieurs reprises du choléra au XIXe siècle.

La deuxième pandémie mondiale de choléra, originaire d’Asie, est arrivée en Bretagne… par la diligence. La maladie aurait été transmise par un certain Catel, marin à Alger et passé par Nantes où il tombe malade. Il voyage ensuite pendant 36 heures, vomissant abondamment, notamment sur ses voisins.

Le choléra est une toxi-infection due à une bactérie qui ne sera découverte qu’en 1854. Elle produit des diarrhées brutales et des vomissements entraînant une déshydratation des patients. Une victime peut ainsi produire entre 10 et 20 litres de diarrhée par jour ! La contamination se fait par voie orale, notamment avec de l’eau ou des aliments souillés. Les matières fécales sont particulièrement contagieuses.

La grande pandémie de 1832

De mauvaises conditions d’hygiène, l’absence d’assainissement ou des dépôts d’ordures non ramassés peuvent donc contribuer fortement à sa diffusion. Or, en la matière, la Bretagne du début du XIXe siècle était loin d’être un exemple d’après l’avis de nombreux voyageurs décrivant la saleté des villes bretonnes de l’époque. La région est donc particulièrement exposée lorsque la deuxième pandémie de choléra arrive des Indes et d’Asie. Elle touche l’Europe fin 1831, en particulier Paris où son arrivée a provoqué un certain émoi, notamment chez les autorités. Président du Conseil et soutien majeur de Louis-Philippe, Casimir Perier meurt ainsi du choléra le 13 mars 1832. Une victime célèbre parmi des milliers d’anonymes.

Le préfet du Finistère a demandé au maire de Quimper, début avril 1832, de prendre des mesures d’assainissement, particulièrement dans les quartiers du centre où s’amassent de nombreux tas de fumier, tout en relativisant la menace pour éviter la panique collective. « Le choléra ne doit pas susciter de craintes excessives », écrit-il aux maires du département. Tandis qu’un médecin quimpérois, le docteur Lejumeaux de Kergaradec, indique publiquement que le choléra n’est pas contagieux…

On implore Santik Du

Néanmoins, des mesures sont prises. La marine nationale inspecte des navires suspects. Des cargos norvégiens sont ainsi mis en quarantaine à Concarneau. Dans les églises, on prie les saints, en particulier Santik Du, saint Jean Discaleat, particulièrement vénéré en Cornouaille pour avoir lutté contre la peste au Moyen Âge. À Quimper, des instructions sont placardées en français et en breton.

Le premier contaminé, Catel, est descendu à Quimper le 12 mai. Paniqué, le propriétaire du Lion d’or, où il loge, appelle les autorités et le maire ordonne qu’il soit amené à l’hospice. Catel est transporté à travers les rues et les marchés de Quimper où il diffuse la maladie. Il est examiné puis ausculté par les médecins locaux sans aucune précaution. On dilue même son sang dans de l’eau destinée à des canards qui ne semblent éprouver aucune gène… Pourtant, dès le lendemain, deux femmes de l’hospice tombent malades.

Dès lors, le choléra va ravager la basse Bretagne, faisant de nombreuses victimes chez les plus pauvres qui vivaient dans des logements insalubres et ne disposaient que de peu de moyens pour se soigner. Ainsi, le 29 juin, une mendiante aveugle qui avait refusé toute aide, meurt sans traitement dans un taudis de Quimper. Les esprits s’échauffent : on parle d’un empoisonnement pour se débarrasser des indigents. Par ailleurs, des charlatans font des bénéfices en vendant des remèdes plus ou moins miraculeux contre le choléra.

Sudatorium et hôpitaux de campagne

Les autorités mettent à disposition un étonnant sudatorium, un appareil destiné à faire suer les patients, remède censé éliminer la maladie. Des hôpitaux de campagne sont également montés. Les médecins militaires sont mis à contribution. C’est particulièrement le cas à Brest où les moyens mis en place par la Marine limitent l’épidémie. Le choléra y est arrivé le 9 juin dans le quartier de Pont-de-Terre. En juillet, le quartier de Recouvrance est touché avec près d’une centaine de victimes sur les sept cents recensées dans la cité du Ponant.

D’une manière générale, les campagnes restent épargnées, ce qui n’est pas le cas des villes moyennes où l’on recense rapidement des contaminés (Douarnenez, Guingamp… ). À Morlaix, la population féminine représente 65 % des victimes. Très impliqué dans la lutte contre la maladie, le maire Rivoalllan y laisse la vie.

Peu à peu, la maladie s’éloigne mais elle a fait de nombreuses victimes et provoqué un profond choc dans la population. Ainsi, on a recensé plus de 200 victimes à Quimper, à un rythme de 4 à 5 décès quotidiens.

La Bretagne n’en avait pas fini avec le choléra qui revint faire plusieurs centaines de morts en 1834, puis à la fin des années 1850 et dans les années 1880. Peu à peu, les mesures d’hygiène et d’assainissement ont permis de faire reculer cette maladie qui tue encore, de nos jours, des patients dans les régions les plus pauvres de la planète. Le choléra a marqué le paysage de plusieurs régions européennes où l’on a ainsi pris l’habitude de badigeonner de chaux les murs des habitations, pour détruire les miasmes, donnant ainsi leur couleur blanche – et un certain cachet – aux maisons traditionnelles.

Source

Crédit photo : DR
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