Coronavirus. Quelles conséquences possibles pour l’économie française et les Français ?

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Le plus révélateur du choc et de la panique provoqués par ce virus, c’est le dérapage de toutes les bourses mondiales. En un rien de temps, toutes les places ont dévissé, phénomène amplifié par l’arrêt de l’économie chinoise et par le coup de sang saoudien sur le prix du brut. En quelques jours, c’est plus d’une année de hausse des bourses mondiales qui a été effacée ! Daniel Moinier, du site Economie Matin, explique les conséquences possibles de cette pandémie de coronavirus pour l’économie française et les Français.

Il faut remonter à 1991, date de la première guerre du Golfe pour constater une telle hécatombe du marché du brut. Celui-ci a chuté de 38 dollars presque d’un coup, passant de 69 à 36 dollars. C’est la conséquence du désaccord entre Saoudiens et Russes pour limiter la production et maintenir les cours qui ont provoqué cette chute. Et cela ne s’est pas arrêté avec la chute la plus spectaculaire jamais connue de 12,28 % du jeudi 12 mars 2020.

Voir le graphique ci-dessous :

L’Arabie saoudite pourra certainement s’en sortir car elle bénéficie d’un coût d’extraction des plus faibles avec un pétrole très accessible. Les Russes sont protégés par des réserves très importantes, tandis que les Américains ont des coûts de production qui ont fortement baissé, ce qui leur a permis de passer en 10 ans de 9 à 17 % de part du marché mondial.

Ce sont les autres concurrents, plus petits producteurs, qui vont réellement souffrir, ayant besoin d’un cours supérieur à 40 dollars pour survivre. Tels le Nigéria, l’Irak, l’Algérie, l’Angola, l’Iran, etc. Tout dépendra du temps qu’il sera nécessaire d’attendre pour revenir à un fonctionnement normal.

Cette baisse va profiter aux automobilistes, mais relativement moins puisque qu’elle ne se répercute que quatre fois moins : 5 % pour 20 % de baisse du pétrole, en cause les taxes.

Les grands secteurs qui pourront être les plus touchés

En premier, le transport aérien avec un coût de 113 milliards de pertes estimé par le Lata (L’Association internationale du Transport Aérien).

Ensuite ce pourrait être tout le secteur automobile. Compte tenu de la place de la Chine dans l’économie mondiale, le ralentissement, voire l’arrêt de certaines productions perturbe les chaînes logistiques de ses clients. Les approvisionnements de pièces automobiles vont se raréfier et perturber rapidement les chaînes de montage et en plus avec des coûts qui risquent de gonfler. Deuxième facteur d’inquiétude, les constructeurs qui réalisent 30 à 40 % de leurs ventes en Chine. Les premiers touchés devraient être Daimler, BMW, General Motors, Volkswagen. Les ventes dans ces pays ont chuté de plus de 90 % dans un temps record. D’autres sur place, tels GM, Nissan, Toyota restent fermés, ainsi que de nombreux fournisseurs qui stoppent leurs lignes de production dans le monde entier, Jaguar, Land Rover…

Puis le secteur du tourisme dont le secteur représente à lui seul plus de 7 % du PIB. À peine remis de la grève des transports de fin 2019, il est touché de plein fouet.

Pour l’hôtellerie, c’est déjà plus de 20 % de chiffre d’affaires perdu avec de nombreuses annulations de réservations.

Pour le secteur de la restauration, c’est pareil mais bien pire pour les traiteurs. Cela s’est amplifié surtout sur Paris par l’arrêt des touristes asiatiques qui représentaient 32 % de la détaxe. Maintenant fermés.

La question cruciale qui se pose, compte tenu de la propagation de l’épidémie dans le monde entier : est-ce-que les investisseurs vont continuer de soutenir les industries et surtout celles qui paraissent les plus fragiles ?

Pourtant, la question est incontournable. Chacun a déjà pu faire de nombreux parallèles avec la crise de 2002-2003 provoquée par le virus du SRAS et constater qu’à l’enjeu médical s’ajoute bien un enjeu économique de taille et un casse-tête pour les investisseurs.

Heureusement que les autorités ont commencé à prendre des mesures temporaires d’accompagnement au plan budgétaire et monétaire afin que les secteurs actuellement en difficultés financières puissent s’en sortir.

En ce qui concerne la France trois mesures ont été annoncées :

La première : La prise en charge du chômage partiel. Le président a annoncé ce 13 mars qu’aucun salarié dans une entreprise touchée par une baisse d’activité ne sera laissé de côté. Celui-ci sera accessible à toutes les entreprises à partir d’un salarié, y compris les apprentis.

La deuxième : Les impôts et cotisations des entreprises seront suspendues en mars. Déjà 5 100 entreprises, représentant 80 000 salariés, ont fait la demande, soit un coût estimé à 242 000 millions d’euros.

La troisième : Emmanuel Macron vient de promettre un grand plan de relance en mettant en parenthèse le sérieux budgétaire, c’est-à-dire le dépassement de la barre fatidique des 3 %.

Autre secteur impacté, le transport maritime qui traverse une mauvaise passe. Les nombreux ports chinois fermés ont conduit à l’arrêt du départ des marchandises, surtout minerais, céréales, charbon, pièces automobiles et aussi des conteneurs. La visibilité est considérablement réduite pour un secteur qui en a particulièrement besoin compte tenu des distances et temps de livraison.

Le secteur pétrolier est aussi très touché avec un pétrole descendu avec un brut à 56 dollars au premier trimestre, soit 6 dollars de moins que prévu. Et cela risque de ne pas s’arranger avec la baisse de l’économie mondiale.

Tout le secteur du sport est aussi en crise puisque toutes les compétitions sont arrêtées. En fait, tous les secteurs seront impactés à cause de l’arrêt programmé de toutes les activités. Nous ne sommes pas encore comme l’Italie mais on s’en rapproche.

Dans ces conditions, il est très difficile de faire des prédictions sur la solidité des entreprises, commerces, etc., si l’on ne connaît pas la durée de cette épidémie. Tout dépendra des niveaux d’aides distribuées par l’État. Ce qui contribuera à lancer des emprunts qu’il faudra bien rembourser un jour !! Heureusement que les taux sont au plus bas.

Pour essayer de rassurer et « relativiser », la grippe fait, selon l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) de 290 000 à 650 000 décès par an dans le monde. En France, pour la saison 2018-2019, elle a fait 8 100 morts. La grande différence, c’est que ce virus est inconnu et que nous n’avons aucun recul, pas de vaccin, ni de médicament encore trouvé ou testé, contrairement à la grippe.

Ce qui n’empêche pas d’être très prudent, vigilant pour soi mais surtout pour les autres en respectant toutes les consignes sans arrêt répétées.

Photo : DR
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