Peste, typhoïde : les grandes épidémies qui ont décimé Nantes dans le passé

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Nous avons relaté hier la grande peste de Londres vue par Samuel Pepys. La Bretagne a aussi connu des épisodes tragiques. Nantes pansait encore les blessures infligées par les guerres contre la France à la fin du règne de François II quand elle fut frappée, en 1501, par une épidémie de peste. Celle-ci tua quatre mille habitants, soit plus d’un dixième de la population. La peste unécidiva en 1522 et en 1523.

Une autre grande épidémie eut lieu en 1529. Ange Guépin la décrit ainsi dans son Histoire de Nantes :

En 1529, la misère est extrême, et bientôt à la porte de l’hôtel de Briord, à celle de l’évêque, autour des maisons des principaux bourgeois, se presse une foule affamée qui demande du pain : c’est au mois de décembre, le froid et l’humidité se réunissent encore contre cette populace pour l’exterminer. Les galetas, les lieux publics, où s’assemblent les malheureux, sont bientôt remplis de malades ; partout ou ils se trouvent entassés, l’odeur putride de leurs vêtements en lambeaux qu’ils sèchent à la chaleur de la foule, et la présence d’un grand nombre d’individu, suffisent pour vicier l’air et le rendre mortel à ceux qui le respirent. Quelques jours encore, et l’on voit couchés pêle-mêle sur une paille fétide, des hommes sains, mais fatigués par les privations; des malades dont les yeux fixes et caves, l’extrême faiblesse, la position sur le dos, l’odeur infecte d’excréments, indiquent la fâcheuse situation, et des cadavres qui respiraient encore il n’y a qu’un instant. Les fossoyeurs ne suffisent plus; dès-lors, à l’insalubrité de rues sales et tortueuses, larges quelquefois de 7 à 8 pieds, souvent moins ; aux habitudes arriérées de l’époque, se réunit l’infection de maisons remplies de morts et de mourants, et celle des immondices jetées par les fenêtres, dont les émanations sont toujours plus dangereuses pendant les épidémies.

Face à l’aggravation de la situation, on décide des mesures de confinement :

Les classes plus élevées souffrent à leur tour; la contagion gagne, s’attaque aux riches bourgeois, aux nobles et au clergé. Les uns, pour détourner ce fléau, adressent au ciel des prières impuissantes; d’autres quittent la ville; la communauté des bourgeois s’occupe presque seule des mesures de salubrité. Par ses ordres, on fait sortir les malades pour les conduire aux hospices ; l’on enferme sous cadenas ceux qui veulent rester chez eux.

Le confinement paraît d’abord efficace. Hélas, sa levée se passe mal. Il faut le renforcer :

Cependant la violence de l’épidémie diminue, et déjà l’on se félicite des succès obtenus ; mais bientôt le mal, que l’on avait cru vaincre en le limitant dans quelques localités avec des mesures juridiques, reprend des forces ; l’infection, concentrée dans ces prisons, s’échappe par mille issues ; et, l’année suivante, l’on est réduit à décréter la peine de mort contre les malades et les convalescents qui se présenteraient en public.

Et un malheur n’arrive jamais seul :

En 1532, nouveaux malheurs : à la maladie épidémique se joint la syphilis, qui se présente sous mille formes, toutes plus horribles et plus cruelles les unes que les autres : ce fut ainsi pendant quatre années consécutives; mêmes précautions insuffisantes et mêmes souffrances pour le peuple ; la peste, la misère et l’ignorance semblaient faire pacte pour désoler notre cité.

D’autres épidémies sévirent en 1549, 1552, 1569, 1583, 1586, 1596, 1597, 1602,1603, 1612, 1624, 1625, 1631, 1632, 1633, 1637 et 1662. La maladie finit par reculer grâce à des mesures énergiques ainsi résumées par Ange Guépin :

Le dessèchement des marécages de l’Erdre, l’élargissement des rues, la salubrité toujours croissante, produit d’une hygiène mieux entendue, l’abaissement du prix des choses de seconde nécessité, telles que les tissus et les chapeaux, une police meilleure, et l’excellente position des quartiers nouveaux, nous ont préservés jusqu’ici depuis bien des années, et nous préserveront sans doute encore à l’avenir de toutes les épidémies dont les causes sont bien connues.

Le bon docteur Guépin exprime en revanche un certain scepticisme vis-à-vis des mesures de confinement :

On cadenassa les maisons qui renfermaient des malades ; il fut prescrit d’y passer par les fenêtres tout ce dont leurs habitants pourraient avoir besoin. Les mêmes mesures furent prises aussi pour toutes les maisons dans lesquelles il y avait eu des malades. Les convalescents devaient passer dix à douze jours à la maison de la Touche, avant de pouvoir rentrer dans le droit commun (…). Quelques-unes de ces mesures étaient prudentes, mais la séquestration complète des malades ne pouvait qu’aider aux progrès de la maladie, en condamnant des personnes saines à vivre dans un air vicié ; et, par suite, en transformant un grand nombre de maisons en foyers d’infection. Cependant la maladie céda, parce qu’il est dans la nature de toutes les épidémies de cesser, au moins momentanément, au bout de quelque temps ; mais ce ne fut qu’après avoir fait des ravages et moissonné un grand nombre d’habitants, que des mesures plus prudentes eussent pu préserver. C’est à dessein que nous revenons sur les maladies contagieuses et sur les moyens hygiéniques mis en usage à cette époque. En lisant ce qui précède, nous sommes indignés des mesures violentes que prenaient nos pères pour se préserver des épidémies. (…) Nous devons remarquer encore que jamais la séquestration et les mesures les plus rigoureuses n’ont entravé les maladies contagieuses dans leur marche.

Avec des accents très contemporains, Guépin déplore aussi l’effet psychologique des mesures autoritaires :

Une sévérité excessive appelle l’attention des esprits faibles, exagère à leurs yeux les dangers de l’épidémie ; la peur du mal fait naître le mal de la peur, et prédispose singulièrement à subir les fâcheuses influences d’une atmosphère qui renferme des miasmes dangereux. (…) Les ordonnances du bureau de ville de Nantes, en 1602, loin de calmer les inquiétudes des habitants, contribuèrent à les augmenter.

La dernière grande épidémie nantaise signalée par Ange Guépin est une épidémie de typhoïde. Elle date du terrible hiver 1793-1794, sous la Terreur :

Malgré les noyades et les exécutions, les prisons restaient pleines. De l’entassement des détenus et de la malpropreté de leurs salles, naquit une épidémie qui fil de grands ravages, surtout à l’Entrepôt ; plusieurs centaines d’enfants y périrent dans l’espace de quelques jours. Les malades que l’on en extrayait, sentaient tous, an rapport de M. Laënnec et de plusieurs autres médecins, l’odeur de cadavre, à tel point qu’on souffrait de les approcher, et qu’ils communiquaient la maladie dans les lieux où ils séjournaient quelque temps. 24 hommes, qui avaient passé la nuit au corps-de-garde de cette prison, en furent tous attaqués, et la plupart succombèrent. Vers la fin de janvier 1794, l’on comptait à l’hospice grand nombre de lits qui avaient reçu successivement 50 moribonds. Les matelas étaient imprégnés de leur odeur putride, et la mortalité s’élevait de 30 à 40 chaque jour, à 1’Entrepôt seulement. (…) Il serait difficile de dire au juste combien de personnes sont mortes de cette maladie, véritable empoisonnement miasmatique ; mais on peut avancer sans crainte d’exagération qu’elle a moissonné plus de cinq mille individus. Pendant que la terreur et tous les fléaux réunis régnaient dans notre ville, Carrier adressait aux généraux qui commandaient dans la Vendée, les ordres les plus sanguinaires.

E.F.

Extraits de : Histoire de Nantes, par Ange Guépin (1805-1873), Nantes, C. Mellinet, 1839. L’ouvrage peut être consulté sur Google Livres ou sur Numelyo (bibliothèque municipale de Lyon).

Illustration : dessin de P. Hawke pour l’Histoire de Nantes d’Ange Guépin.
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