« Faire tout ce que le monde fait » est la règle de nombre de sites web mainstream. Il suffit de réécrire les dépêches de l’AFP… Heureusement, il y a des exceptions.

Un « bâtonnage » quasi obligatoire

Dans les différents sites évoluant sur la toile, il y a à boire et à manger. C’est ce que nous explique Sophie Eustache dans son ouvrage Bâtonner, comment l’argent détruit le journalisme (Éditions Amsterdam). Pour elle, le « bâtonnage » est devenu quasi obligatoire pour les rédactions généralistes web. Le principe : récrire une dépêche fournie par une agence (AFP, Reuters, Associated Press) en la remaniant légèrement si on a le temps. Une fois enregistrée cette réalité, on comprend mieux le pourquoi de l’affaire : différents médias, en apparence d’opinions politiques opposées, publient des articles identiques. Facilité, rapidité et réduction des coûts obligent.

Une méthode terrifiante

Donc les grands sites pratiquent une forme de productivisme exacerbé : plus un média engrange des vues et des clics par article, plus ses revenus publicitaires augmentent ; on a donc besoin de journalistes ardents à la tâche, capables de produire beaucoup – la qualité et l’originalité important peu. D’après Mediapart (5 mars 2020), « les logiciels de calcul d’audience et de performance ont peu à peu gagné du terrain dans les rédactions, au point de largement empiéter sur le travail des journalistes. Dans les plus grandes rédactions françaises trônent à présent plusieurs écrans pour diffuser en direct l’audience du média. Bien souvent, il y est indiqué le nombre de visiteurs sur le site ainsi que les articles qui ont eu le plus de succès, les plus cliqués mais aussi ceux qui rapportent le moins de visiteurs. Une méthode terrifiante qui fait clairement comprendre aux journalistes l’importance de la rentabilité de leurs papiers ».

Des articles standardisés

Alors qu’un journaliste de titre papier, nous dit-on, passe au moins une journée en moyenne à la rédaction d’un article, un journaliste web y consacre en moyenne trente minutes. Une pression à la production et à l’audience qui plane constamment au-dessus de la tête des rédacteurs. Certes, mais à partir du moment où les journalistes ne vont pas sur le terrain recueillir l’information et enquêter, à partir du moment où ils ne quittent pas leurs bureaux, occupés qu’ils sont à retravailler les dépêches, à partir du moment où l’on passe au stade industriel en ne publiant que des articles standardisés, on voit mal comment il pourrait en être autrement. La presse est soumise aux mêmes contraintes que les autres secteurs de l’économie.

Reste la grande question : les lecteurs sont-ils prêts à payer des abonnements pour des contenus relevant du « copier-coller » ? Il paraît que c’est de moins en moins vrai. D’où la mauvaise santé financière de certains sites.

Les lecteurs de Breizh-info ont de la chance

Sophie Eustache aurait pu ajouter que les médias de la toile souffrent des mêmes maladies que les médias papier : platitude des sujets publiés, priorité donnée aux lieux communs, respect du politiquement correct et des « puissants » ; ce qui n’enthousiasme pas les lecteurs à la recherche d’un « autre ton » et de sujets qu’on ne trouve pas ailleurs. Les lecteurs de Breizh-info ont donc de la chance. Avec des moyens modestes, une équipe de rédacteurs travaille à sortir un produit original, indépendant et souvent piquant. En s’efforçant de respecter une règle d’or : précis, exact, complet sur tout sujet traité. Et en se souvenant que le journalisme est d’abord une activité artisanale : chaque article est une pièce unique. À Breizh-info, on ignore le travail de « desk ». Pas de dépêches, que du « fait maison ». Autre mauvaise habitude de B.I. : on appelle un chat un chat.

Bernard Morvan

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