Nicolas de Lamberterie (Visegrád Post) après les attaques contre la Hongrie : « Il y aurait beaucoup de choses à dire sur l’État de droit en France… » [Interview]

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Ces derniers jours, la Hongrie de Viktor Orbán a fait l’objet d’un tir groupé d’attaques et de critiques au niveau européen. En l’espace de quelques jours, le Conseil de l’Europe faisait connaître ses inquiétudes sur l’État de droit en Hongrie, 13 États-membres de l’UE ont signé une déclaration visant (sans la nommer) la Hongrie, la Cour de Justice de l’UE condamnait la Hongrie (ainsi que la Pologne et la Tchéquie) pour ne pas avoir accepté de quotas de migrants, tandis qu’une partie significative du PPE se réunissait pour demander l’exclusion du Fidesz d’Orbán du parti du centre-droit européen (ce à quoi ce dernier a répondu qu’il n’avait pas le temps de s’occuper de tels sujets durant la pandémie).

Nicolas de Lamberterie, journaliste à TV Libertés et au Visegrád Post basé à Budapest, analyse la situation politique et sanitaire en Hongrie en répondant aux questions de Breizh Info.

Breizh-info.com : Vous avez récemment rappelé quelques vérités sur les pleins pouvoirs que s’est attribués M. Orbán. Concrètement, en quoi les ordonnances en France sont-elles plus autoritaires ?

Nicolas de Lamberterie (Visegrád Post) :

À vrai dire, les prétendus « pleins pouvoirs », Viktor Orbán les a déjà en raison de sa « super-majorité » constitutionnelle des 2/3 du Parlement, obtenue trois fois de suite lors des scrutins législatifs de 2010, 2014 et 2018.

Le Parlement hongrois a activé le 11 mars l’article 53 de la Constitution hongroise relatif à l’état de danger. D’une durée de 15 jours, l’état de danger a ensuite été prorogé pour une durée non définie, au terme d’une magistrale péripétie politicienne d’Orbán (à ce sujet, consultez l’article de Yann Caspar). C’est le caractère non-défini dans le temps qui a fait l’objet des crispations et des débats, que ce soit au sein de l’opposition hongroise (à l’exception des parlementaires du parti nationaliste Mi Hazánk) ou de la presse étrangère.

Concrètement, cet état de danger donne la possibilité aux dirigeants hongrois de gouverner par ordonnance (dans les mesures liées à l’épidémie) plutôt que de passer par un vote du Parlement, qui je le rappelle est largement acquis aux partis de gouvernement (le Fidesz et son allié le KDNP, qui lui est totalement inféodé). Cela ne change donc rien.

L’Autriche voisine a même officiellement demandé à la Hongrie de mettre un terme à l’état de danger à la fin du danger. L’idée est judicieuse : c’est ce que prévoit expressément la Constitution hongroise, c’est ce qu’Orbán a annoncé faire, et c’est ce que peut à tout moment faire le Parlement par un vote à la majorité simple.

Pour résumer de façon un peu provocante, je constate que l’aide médicale face au virus vient de Chine, de Russie, voire même du Venezuela et de Cuba, tandis que l’assistance juridique pour apprendre à lire la Constitution de votre propre pays vient de l’Occident (qui peut éventuellement facturer les honoraires de ses précieux conseils en volant votre matériel médical sur le tarmac des aéroports).

Une autre mesure a fait scandale : sanctionner les fausses informations relatives à l’épidémie susceptibles de mettre en danger la vie des personnes ou d’entraver les actions des autorités. Les adversaires (en Hongrie et à l’étranger) de Viktor Orbán ont évidemment crié à la censure de la presse. Rien de plus faux, ceux qui connaissent la Hongrie et sa langue savent à quel point les critiques du Premier ministre peuvent être virulents, dans des termes qui pourraient leur valoir des amendes pour injures au chef de l’État en France. Concrètement, cette disposition a permis d’arrêter et de sanctionner un internaute qui était parvenu à répandre la fausse information d’une mise en quarantaine imminente de Budapest, ce qui est typiquement le genre d’information susceptible de générer des mouvements de panique et de faire circuler le virus. Le Danemark vient de prendre des mesures similaires à la Hongrie, sera-t-il lui aussi qualifié de dictature ?

Je rappelle qu’en France, des mesures ont été prises (tardivement) à l’approche de la mi-mars, et ce n’est que le 23 mars que l’état d’urgence sanitaire a été voté par le Parlement français. Par conséquent, on pourrait aller jusqu’à dire, si on voulait être malhonnête, que le gouvernement français a restreint les libertés constitutionnelles des Français avant même d’avoir mis le pays en état d’urgence sanitaire. Tout ceci est assez risible, encore qu’il y aurait beaucoup de choses à dire sur l’État de droit en France, quand on fait le bilan des innombrables violences et illégalités ordonnées par le pouvoir depuis la crise des Gilets Jaunes.

Breizh-info.com : Comment expliquez-vous l’acharnement médiatique occidental contre Viktor Orbán ? La Hongrie a-t-elle des ennemis de l’intérieur ?

Nicolas de Lamberterie (Visegrád Post) : Cette hostilité est ancienne, et date globalement du retour au pouvoir triomphal d’Orbán en 2010 avec une majorité constitutionnelle des 2/3 du Parlement. On pourrait même remonter plus loin, mais 2010 reste la date clé.

À l’époque, Orbán vient de passer 8 ans dans l’opposition après avoir été une première fois au pouvoir entre 1998 et 2002. Les gouvernements libéraux dits de gauche avaient laissé le pays dans un état exsangue. En 2006, le Premier ministre Ferenc Gyurcsány avait reconnu avoir trafiqué les comptes publics (ce qui avait provoqué de violentes émeutes, sur lesquelles j’ai réalisé un documentaire) pour s’assurer sa réélection. À l’époque, Bruxelles avait fermé les yeux sur l’insincérité des comptes publics hongrois, mais aussi sur les violences policières ordonnées par le gouvernement. M. Gyurcsány a dès lors mis en œuvre une violente cure d’austérité. Puis la crise de 2008 est passée par là : n’oublions pas que la Hongrie a été le premier État à solliciter l’aide du FMI.

En raison de son profil conservateur, M. Orbán n’a pas bénéficié des mêmes largesses de Bruxelles, notamment en ce qui concerne le déficit budgétaire. D’un point de vue libéral et bruxellois, la bonne solution aurait été de poursuivre les politiques d’austérité consistant à ruiner les plus modestes et à déconstruire les services publics. Pour remettre le pays sur les rails, Viktor Orbán a préféré mettre en œuvre une politique économique qualifiée de « non-orthodoxe », consistant notamment à mettre en place une taxation exceptionnelle sur un certain nombre de secteurs (notamment la banque ou la téléphonie mobile), essentiellement occupés par des multinationales qui réalisent (encore de nos jours) de très conséquents profits en Hongrie, en payant très peu d’impôts. Par sa politique, Orbán est parvenu à rembourser par anticipation le crédit du FMI, et a invité cette aimable institution à quitter le pays, sa présence étant devenue sans objet.

Un biographe de Viktor Orbán m’a confié que les histoires d’inscription du caractère hétérosexuel du mariage dans la nouvelle Constitution hongroise mise en œuvre par Orbán n’étaient que bien peu de choses en comparaison de la colère des PDG de ces multinationales, qui sollicitaient leurs chefs de gouvernement pour mettre la pression sur cet insupportable dirigeant populiste qui osait réclamer une contribution fiscale sur leurs profits coloniaux.

Souvenons-nous aussi que lorsqu’Orbán a voulu mettre dans la nouvelle Constitution le droit de regard des autorités sur les activités de la Banque centrale nationale, il a essuyé un « Nein ! » très ferme et la monnaie hongroise a fait l’objet d’attaques boursières sévères, ce qui a contraint le Premier ministre à reculer sur ce point.

Outre la bataille des gros sous, sur laquelle Orbán a obtenu quelques succès mais a également été contraint à certaines concessions, il y a donc également cette guerre anthropologique entre ceux qui se veulent préserver l’humanité qui a existé jusqu’à présent, et les promoteurs de la post-humanité privée de ses racines identitaires et de genre. La crise des migrants de 2015 ou la suspension des privilèges exorbitants jusqu’alors accordés à la CEU (l’université de George Soros, qui pouvait délivrer des diplômes américains à Budapest alors qu’elle ne dispose pas d’université-mère aux États-Unis) s’inscrivent dans cette guérilla anthropologico-culturelle.

J’en profite pour signaler aux lecteurs que les activités du Parlement hongrois ne sont pas du tout suspendues, contrairement à ce que l’on a pu lire ici ou là, puisqu’il est prévu prochainement de soumettre au vote des députés une modification des registres dans l’état civil, où le sexe à la naissance sera indiqué à la place du sexe. En clair, cela mettrait un terme à la possibilité de changer de sexe.

Quant à ce que vous appelez les « ennemis de l’intérieur », l’utilisation de ce vocabulaire est évidemment une question de point de vue. Mais il est certain que face à Orbán, l’objectif numéro un de l’opposition unie (qui rassemble une gauche très libérale et libertaire, des gens se réclamant du centre-droit et l’ancien parti nationaliste radical Jobbik) est un réalignement complet euro-atlantiste face aux quelques déviations mises en œuvre par Orbán. Une partie des opposants au gouvernement hongrois en ont d’ailleurs appelé à une solution européenne face au virus, plutôt qu’à une solution nationale comme Orbán la met en place.

Breizh-info.com : Quelle est la situation sanitaire en Hongrie ?

Nicolas de Lamberterie (Visegrád Post) :

La situation est relativement bonne, en tous cas meilleure qu’en Italie, en France ou en Espagne. Pendant que M. Macron se pavanait au théâtre avec son épouse le 7 mars, Viktor Orbán préparait déjà activement la défense des Hongrois, alors que le nombre de cas était beaucoup plus faible en Hongrie qu’en France (y compris en pourcentage de population).

Bien que la Hongrie dispose d’un des meilleurs taux de lits d’hospitalisation disponibles, le gouvernement hongrois est souvent pointé du doigt par son opposition et une partie de l’opinion publique au sujet de l’état du système de santé, et ne peut politiquement se permettre d’échouer (à ce sujet, je vous invite à lire l’analyse de Yann Caspar).

Je ne vais pas ici refaire le film du virus en France, mais on voit bien que les autorités sont passées brutalement de l’insouciance aux mesures extrêmement restrictives et aux sanctions.

En Hongrie, des mesures de bon sens ont été prises à temps, avec des adaptations ponctuelles :

– une communication sérieuse dès le début de la crise, informant la population des dangers présents et à venir (Orbán a déclaré que le pic de contamination est à attendre en juillet, et le retour à la normale n’est pas à attendre avant la fin d’année),

– une acquisition précoce de matériel médical,

– une communication de vérité (interrogé sur le manque de masques ou de matériel, Orbán a expliqué sans détours que le matériel était en cours d’acquisition, et que comme en période de rationnement il serait progressivement distribué selon l’importance des besoins),

– fermeture des frontières aux étrangers (avec des « couloirs humanitaires » pour les camions et les Roumains ou Bulgares ne faisant que traverser le pays pour rentrer chez eux, avec des itinéraires et des stations-services qui leur sont réservés),

– restrictions progressives des possibilités de sortie des individus, qui n’ont pas été surpris et ne se sont pas ainsi précipités en nombre dans les supermarchés ou les gares (comme en Italie ou en France),

– fermeture adaptée des commerces (les commerces non-alimentaires ou non-pharmaceutiques sont fermés à partir de 15h00, tandis que l’ensemble des commerces ont des plages horaires réservées aux seniors de 9h à 12h)

Pendant ce temps, en France, des millions de personnes sont confinées, verront leurs salaires et leurs congés payés lourdement amputés, et ne peuvent même pas se rendre dans un magasin de bricolage pour effectuer des travaux chez eux. Et si jamais ils osent une randonnée en montagne, les hélicoptères de la gendarmerie sont là pour les traquer et les sanctionner !

De façon plus générale, il est plus aisé pour un gouvernement de gérer une situation de crise et de prendre des décisions difficiles lorsque sa légitimité est forte, et ne repose pas que sur la matraque et la répression.

Breizh-info.com : Comment se comportent les Hongrois en termes de confinement ? Globalement, quelle est la situation au sein de Visegrád ?

Nicolas de Lamberterie (Visegrád Post) : Globalement bien, tout comme je le crois de nombreux Français. Les attentes sont néanmoins importantes en ce qui concerne les annonces à venir pour les mesures économiques, car les Hongrois ont un niveau de vie plus modeste que les Français, et beaucoup sont économiquement impactés par la situation.

Parmi les quatre pays du groupe de Visegrád (Hongrie, Pologne, Slovaquie, Tchéquie), c’est la Tchéquie qui est la plus touchée. Ces pays ont bénéficié de plusieurs phénomènes : des mesures plus précoces, un virus qui a eu une arrivée plus tardive, une population davantage responsabilisée qui sait de l’héritage soviétique que l’État peut parfois être défaillant voire malveillant. À ce sujet, je vous invite à prendre connaissance de l’analyse d’Olivier Bault, spécialiste de la Pologne et du V4.

Breizh-info.com : Quel regard portent-ils sur la France notamment et sur ses décisions ?

Nicolas de Lamberterie (Visegrád Post) : Pour être tout à fait honnête, à l’heure actuelle les Hongrois (comme d’autres) ne se préoccupent que modérément de ce qui se passe en France. Les regards se sont davantage portés sur les pays les plus en difficulté (en particulier l’Italie), ou ceux qui sont le mieux parvenus à contenir la crise (la Corée du Sud).

Toutefois, il est assez bien compris qu’un pays comme la France, qui a un gouvernement très attaché à l’ouverture maximale des frontières, n’a pas été un modèle de gestion sanitaire de la crise.

Breizh-info.com : La Hongrie vient d’être sanctionnée récemment par l’Union européenne par rapport aux quotas de migrants. Une sortie de l’UE est-elle envisageable ? Qu’est ce que la Hongrie aurait à y perdre ?

Nicolas de Lamberterie (Visegrád Post) : Une sortie de l’UE n’est absolument pas à l’ordre du jour, que cela plaise ou non. Comme la plupart des pays postcommunistes, la Hongrie est dans une situation de dépendance économique très importante vis-à-vis de l’Occident (en premier lieu de l’Allemagne) et de soumission géopolitique à l’OTAN.

La « grande braderie à l’Est » qui a suivi la fin du communisme fait que désormais l’essentiel de l’industrie présente en Hongrie est allemande ou étrangère, et son arrêt actuel en raison de la crise du virus est particulièrement préjudiciable à la Hongrie. Il faut bien comprendre que cette présence nécessite l’appartenance au marché commun et à l’espace Schengen.

Pour ceux qui visualisent mal ce qu’est Schengen, je les invite à passer une fois en voiture la frontière roumano-hongroise : étant donné que la Roumanie est membre de l’UE mais pas de l’espace Schengen, des contrôles frontaliers ont lieu à cette frontière. Vous pourrez y voir des files interminables de poids-lourds, parfois sur plusieurs kilomètres, qui peuvent mettre des dizaines d’heures à entrer dans l’espace Schengen. Pas besoin d’être polytechnicien pour comprendre que tout ceci a un coût. Notons à ce sujet que si la Roumanie n’est pas membre de Schengen, cela s’explique principalement par la concurrence redoutable que le port de Constanța pourrait offrir à celui de Rotterdam.

La stratégie hongroise consiste actuellement non pas à envisager une sortie de l’UE mais à l’élargir pour avoir le maximum de partenaires et de contrepoids face à l’Europe occidentale. C’est pour cela que la Hongrie s’est efforcée d’obtenir le poste de Commissaire européen à l’élargissement et à la politique européenne de voisinage, puisqu’elle cherche à se rapprocher des pays des Balkans. Je me souviens d’un secrétaire d’État hongrois, Balázs Orbán, déclarant dans une conférence publique « La sortie du Royaume-Uni nous met dans la merde » (sic). Tout en respectant la décision du peuple britannique, le gouvernement hongrois n’a pas caché son dépit de voir partir les Britanniques qui constituaient un contrepoids à l’hégémonie germano-française.

Cette vérité, qui correspond à l’analyse des intérêts nationaux hongrois faite par ses dirigeants, est susceptible de décevoir un certain nombre de souverainistes, mais je ne crois pas utile de la cacher.

Bien qu’actuellement fortement sous domination atlantiste, la Hongrie s’est toujours trouvée au milieu d’un triangle de grandes puissances : le monde germanique, le monde russe, le monde turc. À cela, on peut désormais ajouter les deux superpuissances lointaines que sont les États-Unis et la Chine.

Viktor Orbán s’efforce depuis une décennie de mener une politique d’ouverture à l’Est pour essayer de rééquilibrer un peu cette situation. Il maintient de bonnes relations avec Poutine ou Erdoğan, et s’efforce de diversifier les investissements : durant la décennie qui s’ouvre, les Russes vont agrandir la centrale nucléaire de Paks, tandis que les Chinois vont construire le chemin de fer rapide pour relier Budapest et Belgrade (dans le cadre de leur stratégie de nouvelle route de la soie).

Mais tout ceci prend du temps, surtout au vu des moyens modestes de la Hongrie (moins de 10 millions d’habitants, une population vieillissante, pas d’accès à la mer, et des tensions avec les pays voisins au sujet des minorités hongroises qu’Orbán a remarquablement contribué à diminuer mais qui peuvent être facilement réactivées par des stratégies de provocation).

Dans une conférence donnée il y a un peu plus de deux ans, le juriste franco-hongrois Yann Caspar expliquait que la stratégie des centre-européens consistait à gagner du temps et à profiter des faiblesses d’un camp pour se tourner vers l’autre : « Orbán ne veut pas remettre en cause ce cadre économique et juridique, mais à chaque fois qu’il y a une brèche il s’enfonce dans la brèche, et dans une grande souplesse, dans un jeu déroutant, il impose certains thèmes pour pouvoir obtenir des concessions. C’est cela la stratégie politique de Viktor Orbán. »

Breizh-info.com : Quelles perspectives voyez-vous, en tant que journaliste, à la suite de la crise sanitaire et au regard de la crise économique qui se profile ?

Nicolas de Lamberterie (Visegrád Post) : N’étant pas économiste de formation et ne disposant pas d’une boule de cristal, je me garderai de prédire la date et les formes de la future apocalypse économico-financière que certains prédisent, redoutent ou désirent. Je crois voir plusieurs phénomènes se profiler, mais je ne vous fais ici part que de mes réflexions personnelles en tant que citoyen, et dont l’importance dépendra également de la durée de la crise et des mesures restrictives.

Tout d’abord, on peut s’attendre à un renforcement de la puissance de la grande distribution et des GAFA, en premier lieu d’Amazon (qui peut remercier les autorités françaises d’avoir fermé l’ensemble des commerces non alimentaires !), au détriment des petits commerçants de proximité. La crise du coronavirus va peut-être accélérer de 5 à 10 ans cette tendance.

A contrario de ce terrible renforcement, nous pouvons espérer une envie de retour à la proximité, que ce soit pour les circuits alimentaires ou productifs. Le fait que l’Occident ne soit plus capable de produire de simples masques, ses médicaments ou d’autres équipements devrait nous interroger.

On peut aussi s’attendre à ce que dans cette crise, les oligarques jouissent d’opportunités pour renforcer leur fortune en mettant la main sur diverses entreprises, infrastructures, valeurs boursières ou propriétés immobilières vendues au rabais. Tandis que les plus démunis verront leur précarité renforcée.

Autre phénomène qui me semble vraisemblable : le renforcement drastique de la surveillance des citoyens, tracés par le biais de leurs téléphones portables et autres appareils connectés.

Plus réjouissant en revanche est le coup d’arrêt mis au business Airbnb qui a transformé les cœurs de nos villes en musées desquels les autochtones, de Barcelone à Budapest, ont été chassés par la hausse vertigineuse des prix du logement. Plutôt que de faire des « city-break » bobo d’un week-end, les gens vont peut-être redécouvrir le plaisir simple et écologique de visiter ce qui est proche de chez eux.

Les vraisemblables difficultés financières entraîneront-elles des saisies sur l’épargne des citoyens ? Je l’ignore, mais l’exemple chypriote peut le faire redouter. Je ne peux donc que recommander à ceux qui ont de l’épargne de la diversifier pour limiter la casse en cas de saisies ou de faillites.

Dans l’immédiat, où que vous soyez, soyez prudents et prévoyants face au virus. Certains de mes amis, pourtant jeunes (la trentaine à peine passée) et en bonne santé ont attrapé le virus et passé plusieurs semaines pénibles à l’hôpital. En évitant aussi bien la psychose que l’insouciance, je recommande avant tout la plus grande prudence.

Propos recueillis par YV

Crédit photo : DR
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