Nantes Métropole compte fêter au mois d’octobre 2020 une distinction qui lui a été décernée en septembre 2019 ! Il s’agit du prix « Capitale européenne de l’innovation 2019 ». Ce prix fait partie des opérations promotionnelles lancées par la Commission européenne. Il en existe bien d’autres : Prix de la ville la plus accessible, Capitale européenne de la culture, European Border Breakers Award, Prix de l’Union européenne « Mies van der Rohe » pour l’architecture, Prix de littérature de l’Union européenne, Prix du patrimoine culturel de l’Union européenne, Prix européen de la promotion de l’esprit d’entreprise, etc.

Tout cet appareil honorifique coûte très cher. Comme les autres, le prix Capitale européenne de l’innovation est organisé avec une extrême minutie bureaucratique. Les villes candidates doivent établir des dossiers de candidature détaillés, épluchés ensuite par des « experts indépendants » (mais désignés par la Commission européenne ; bien que leurs fonctions soient en principe gratuites, ils bénéficient de special allowances à foison).

La ville gagnante de l’année reçoit un prix d’un million d’euros, et chacune de ses cinq dauphines 100 000 euros. Les autres candidates (vingt-deux en 2019) en sont pour leurs frais. Entre les récompenses monétaires, le temps passé par les fonctionnaires municipaux et par ceux de la Commission, les allowances des experts, les frais de déplacement, les coûts techniques et la cérémonie de remise des prix, le prix coûte chaque année plusieurs millions d’euros aux contribuables.

Pas de promo pendant la campagne électorale

Le prix, dit le communiqué officiel de la Commission européenne, « a été attribué à Nantes en reconnaissance de sa capacité impressionnante à exploiter l’innovation pour améliorer la vie de ses citoyens et de son modèle de gouvernance ouverte et collaborative ». Ce libellé ronflant désigne en premier lieu les Grands débats ouverts aux citoyens. Ils ont porté sur la Loire, la transition énergétique et la longévité. Mais pas sur le CHU ou le stade de la Beaujoire : on ne débat pas de sujets qui fâchent.

Cette récompense européenne n’a fait l’objet que d’un bref communiqué de Nantes Métropole, le 26 septembre 2019. Pourquoi cette discrétion inhabituelle ? Parce qu’il est interdit aux collectivités locales de se livrer à une « campagne de promotion publicitaire » de leurs réalisations dans les six mois précédant les élections – or le premier tour des municipales était convoqué le 15 mars. Johanna Rolland avait sans doute oublié ce détail en déposant la candidature de Nantes ! L’interdiction posée par l’article L.52-1 du code électoral est assortie d’une amende de 75 000 euros. Il vaut mieux ne pas trop jouer avec le feu.

Mais il eût été trop triste de manquer une telle occasion de mettre en valeur l’héritière de Jean-Marc Ayrault. Nantes Métropole a donc décidé de faire sa promotion après les élections. Hélas, le coronavirus est venu bousculer son calendrier. Il a fallu renvoyer la fête aux 8, 9 et 10 octobre. Soit quelques jours après la désignation de la ville gagnante du prix Capitale européenne de l’innovation 2020 ! Sous réserve bien sûr qu’il ne soit pas nécessaire de recommencer les municipales…

L’armée mexicaine métropolitaine

Sans craindre le ridicule d’une célébration aussi anachronique, Nantes Métropole compte faire les choses en grand et convier le grand public. Elle veut un événement « innovant dans sa forme et dans sa programmation, illustrant le “pas de côté” nantais, l’esprit décalé qui fait l’identité de la métropole ». Comme si une année entière de décalage entre le prix et les festivités n’était pas déjà un pas de côté suffisant ! Elle recherche actuellement une agence de communication événementielle chargée de « concevoir un concept événementiel », « établir une scénographie » et « mettre en œuvre matériellement l’ensemble ». Pour une facture de 150 000 euros HT maximum.

À la facture du prestataire s’ajoutera le temps passé par les fonctionnaires de Nantes Métropole. Car, pour un événement d’une importance aussi considérable, on a désigné une « équipe projet événement » pléthorique. Autour de la directrice général du développement économique et de l’attractivité internationale, elle réunira pas moins de six directeurs de Nantes Métropole, une directrice de Nantes Saint-Nazaire développement, une cheffe de projet, une chargée de communication, deux coordinateurs, deux responsables de mission et deux chargées de mission. Total, seize cadres moyens ou supérieurs. Qui n’auront certainement rien de mieux à faire dans une ville bientôt confrontée aux terribles conséquences économiques du coronavirus.

E.F.

Illustration : extrait du communiqué officiel de la Commission européenne
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