Nous l’avons déjà évoqué sur Breizh-info, Michel Onfray et son équipe lancent un nouveau journal papier, qui rencontre déjà du succès eu égard de la ruée vers la souscription (7810 contributeurs) : Front Populaire, une revue trimestrielle, « objet éditorial hybride, à mi-chemin entre le magazine et le livre. Les lecteurs pourront ainsi se le procurer aussi bien chez leur libraire favori que dans les maisons de la presse. Une façon pour nous d’être présents dans tout le pays, aussi bien dans les grandes villes qu’à la campagne »

Ses concepteurs expliquent le concept : « Il tient en une formule: ne pas prendre les Français pour des enfants. Depuis le début de la crise du coronavirus, le pouvoir nous parle comme si nous savions à peine lire et écrire. C’est parce que nous voulons résister à cette petite musique crétinisante qui fait tant de mal à la République que nous avons l’ambition d’une revue de haute tenue et ouverte au débat »

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Pour discuter de cette nouvelle revue, mais également pour faire un tour de l’actualité, nous nous sommes entretenus avec Michel Onfray, infatigable philosophe et écrivain, sans doute ce qui se fait de plus prolifique en matière d’écriture et de réflexions avec Alain de Benoist sur les dernières décennies, et qui a bien voulu répondre à nos questions.

Breizh-info.com : Michel Onfray, pourquoi avez vous décidé de lancer la revue Front Populaire ? Quelles autres plumes vous entourent dans ce projet ?

Michel Onfray : Pour l’heure, on ne donne pas les noms, Stéphane Simon et moi, nous les révèlerons au fur et à mesure…  Nous avons le projet de fédérer les souverainistes de droite et de gauche et d’ailleurs et de nulle part, car archipel gagnerait à devenir une île.

Breizh-info.com : A une époque où la presse papier décline, comment entendez vous, avec votre revue au moins, inverser la tendance ?

Michel Onfray : La presse décline parce qu’elle appartient à quelques milliardaires qui utilisent les journaux pour défendre leurs projets populicides. Or beaucoup gens ont compris qu’il n’y avait aucun intérêt à payer pour lire des tracts politiques et des publicités pour un projet politique qui les étrangle. Si l’on sort de ce schéma, le lectorat est au rendez-vous.

Breizh-info.com : Que répondez vous à ceux qui vous accusent de récupérer un mouvement historique de gauche ?

Michel Onfray : Nous savons que cela déplaît à tel ou tel qui avait l’intention de récupérer la référence à ses fins pour la prochaine élection présidentielle… A ceux-là, je dis qu’un grand choix leur est encore possible : 1793, Robespierre, Marat, Fouquier-Tinville, Carrier… Nous leur laissons ces références qui sont bien plutôt les leurs que Front Populaire.

Breizh-info.com : Contrairement à des philosophes qui aiment se parler à eux mêmes et s’écouter, vous avez cette extraordinaire capacité d’adapter votre intelligence et votre capacité d’analyse et de réflexion à des publics très différents dans le but de faire passer votre message. Comment parvenez vous à opérer cette synthèse ?

Michel Onfray : Dans mon milieu modeste quiconque faisait le savant sans l’être perdait son crédit pour toujours… Ne pas se faire comprendre n’était pas un signe de génie ou d’esprit supérieur mais de confusion mentale. C’est une leçon qu’on retient.

Breizh-info.com : Très souvent, les journalistes qui vous interrogent semblent surpris de vous voir évoluer, y compris intellectuellement et au niveau des idées, comme si tout devait être figé. N’est-ce pas pourtant le propre de l’homme intelligent, que d’évoluer au contact du milieu dans lequel il vit et s’épanouit ? Finalement, est-ce vous, qui avez évolué, ou bien ne sont-ce pas certains de vos camarades, de gauche libertaire notamment, qui refusent de voir le monde tel qu’il est aujourd’hui ?

Michel Onfray : Je ne crois pas qu’on puisse tirer gloire de penser comme quand on avait quinze ans. Si une vie de travail pour acquérir de la culture, du savoir, de la lucidité, des informations ne permet pas d’aller au-delà de ses idées d’adolescent, c’est qu’on n’a pas beaucoup travaillé…

Par ailleurs on ne peut penser le monde d’aujourd’hui avec les catégories forgées dans un temps où il n’y avait ni ordinateurs, ni téléphones portables, ni réseaux sociaux, ni  sida, ni menaces islamiques, ni voitures électriques, ni gestation pour autrui, ni domination de l’Europe libérale, ni théories du genre…

Breizh-info.com : Sur la pandémie de coronavirus, comment réagissez vous à cette fascinante pandémie dont résulte une peur collective mondiale que certains, dont le Professeur Raoult, jugent totalement irrationnelle ? N’est-ce pas finalement l’aboutissement, l’avènement d’une société du spectacle, au sein de laquelle les masses ne sont plus que des marionnettes à qui l’on a appris à ne plus réfléchir, à ne plus prendre de recul, à ne plus synthétiser l’information ?

Michel Onfray : C’est planétairement et dans tous les continents que la réponse est celle du confinement. La mondialisation a fait que nous vivons sous le règne de l’impossible communauté avec des individus qui ne sont plus que revendicatifs de leurs droits sans aucun souci de leurs devoirs. Personne ne pense plus en terme de communauté, de bien public, d’intérêt général, donc de république : chacun veut sauver sa peau, quoi qu’il en coûte. Le narcissisme fait la loi, l’égotisme triomphe. Dans la société égocentrée du selfie et des « amis » des réseaux sociaux, la peur que l’on constate est celle de l’individu qui se découvre soudain mortel.   

Breizh-info.com : Comment imaginez-vous ce « monde d’après » qu’évoquent ceux qui nous dirigent. Y’a-t-il toujours des raisons d’espérer des changements radicaux,  un monde meilleur finalement ? Quel rôle entendez vous jouer, ou à quoi entendez vous contribuer, dès à présent, vous qui avez toujours exprimé votre sympathie, ici pour les Gilets jaunes, là pour des mouvements collectifs entendant réformer profondément notre société ?

Michel Onfray : Le monde d’après sera le monde d’avant avec la gueule de bois en plus pour ceux qui auront pensé que ce monde d’après serait différent. Ce que mes amis et moi souhaitons, c’est fédérer une énergie souverainiste qui, pour l’heure, part dans tous les sens. Ensuite, on verra. Chaque chose en son temps.

Breizh-info.com : Enfin Michel Onfray, un mot sur la question de l’immigration, fondamentale aux yeux des peuples qui, en Europe notamment, votent depuis des années et de façon croissante pour des partis qui la rejettent en bloc. Pourquoi les élites continuent-elles de fermer les yeux sur le sujet selon vous ? Comment la civilisation européenne peut-elle survivre à la disparition progressive d’une population autochtone, y compris sur des décennies, au profit d’autres populations venues du reste du monde ? Quelle est la clé pour se sortir de ce pétrin qui nous attend, et qui surtout, attend nos enfants ?

Michel Onfray :  Poser la question de l’immigration a été interdit ou criminalisé pendant des années par les anciens gauchistes de Mai 68 qui, par internationalisme, ont poursuivi leur travail de destruction des nations et des Etats sans se douter qu’ils ne travaillaient pas pour la révolution des peuples et des prolétaires mais pour la révolution de ceux qui aspirent à gouverner les peuples sans l’avis des peuples. Or, il s’agissait moins de la révolution des prolétaires que de la révolution des propriétaires qu’ils étaient devenus entre deux… Or, quand elle n’est pas accompagnée d’une politique d’intégration puis d’assimilation,  l’immigration est un outil de sape des nations  et de paupérisation généralisée. L’islamo-gauchisme se montre un actif idiot utile du capital. Voire : dasa des extrêmes-droites…

La clé pour en sortir ? Elle n’existe pas. Le naufrage a commencé : il nous reste juste à mourir avec élégance, debout…  

Propos recueillis par YV 

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